Uber : justice dans le collimateur et concurrence dans le rétroviseur

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Les procédures judiciaires axées sur les questions de salariat se multiplient contre Uber, tandis que des alliances se forgent entre ses concurrents.

Tous les moyens sont bons pour attaquer Uber ?

Des procédures judiciaires aux alliances stratégiques, on aura encore pu constater, ces derniers jours, l’étendue des initiatives dirigées contre l’entreprise américaine valorisée à plus de 60 milliards de dollars.

Aux États-Unis, la pression s’est accentuée avec une nouvelle procédure en justice.

Jeudi dernier, la New York Taxi Workers Alliance, qui dit représenter plus de 5 000 chauffeurs Uber, a porté plainte au nom de dix d’entre eux, considérés comme des indépendants et par là même « privés » de certaines garanties associées au statut de salarié.

Parmi ces garanties figurent un salaire minimum, une couverture maladie, le paiement des heures supplémentaires et le remboursement de frais (dans le cas présent, les dépenses associées à la maintenance du véhicule et au carburant).

Qui se ressemble…

L’angle d’attaque est le même que dans cette affaire qu’Uber a récemment soldée en débloquant 100 millions de dollars pour s’épargner un procès à l’intersection de deux plaintes déposées respectivement en Californie et dans le Massachusetts.

Le débat sévit aussi en France, où l’Acoss, caisse nationale du réseau des Urssaf, est allée en justice pour tenter d’imposer à Uber le régime salarié – et obtenir les arriérés de cotisations sociales associés.

Uber défend farouchement le statut d’indépendant, sur lequel se fondent sa structure de coûts et son modèle économique. La société de Travis Kalanick dénonce par ailleurs le fait qu’une association représentant à l’origine des taxis ait pris le leadership sur ce dossier.

Du côté de la Taxi Workers Alliance, on a répondu en accusant Uber de faire signer illégalement à ses chauffeurs des accords les empêchant de monter des recours collectifs en justice. Tout en ajoutant que le fonctionnement de la société dirigée par Travis Kalanick a « nui à des milliers de chauffeurs » depuis le lancement de ses services à New York en 2011.

Crowdfunding

En France, Actif VTC est sur la même ligne.

L’association, qui dit fédérer entre autres 350 chauffeurs Uber, veut engager une action auprès du Conseil des prud’hommes. Pour la financer, elle fait appel aux internautes via la plate-forme WeJustice.

À 55 jours de la fin de la campagne, le compteur en est à 162 euros sur  5 000 recherchés.

Actif VTC dénonce un « salariat déguisé » : Uber « fixe les prix sans consulter les chauffeurs, et leur interdit d’ailleurs de percevoir des pourboires », « fixe les conditions d’exercice comme le nombre de courses devant obligatoirement être acceptées ou encore certaines exigences de standing »…

L’association s’alarme plus globalement d’une précarisation du secteur : le revenu mensuel d’un chauffeur VTC en France oscillerait, en moyenne, entre 1 500 et 1 800 euros net, pour 60 à 70 heures de travail par semaine, déduction faite des cotisations sociales et des frais.

Quatre mousquetaires

En matière d’alliances, c’est entre l’Asie et les États-Unis que ça se passe, avec Grab, Lyft, Didi et Ola.

Les quatre groupes ont fait part, la semaine passée à l’occasion de la Code Conference, de l’avancée de leurs travaux de mutualisation destinés à se développer de manière plus agile face à la puissance d’Uber.

En pratique, les utilisateurs de Grab vont pouvoir commander un trajet avec Lyft lorsqu’ils voyageront aux États-Unis (couverture : 200 villes). Vice versa pour les Américains utilisateurs de l’application Lyft et qui se rendent dans une trentaine de villes d’Asie du Sud-Est.

Lyft a déjà un accord de ce calibre avec Lyft, pour l’heure appliqué seulement outre-Atlantique.

Crédit photo : kenary820 – Shutterstock.com


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