Airbnb visé par une plainte conjointe des hôtels et des agents immobiliers

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Les professionnels des secteurs de l’immobilier et de l’hôtellerie s’unissent contre Airbnb et les autres plates-formes numériques de réservation.

La pression s’accentue, en France, sur Airbnb.

La plate-forme américaine intermédiaire pour la location de logements – qui pivote progressivement vers un modèle d’agence de voyages – est visée par une plainte qui doit être déposée ce lundi au parquet de Paris.

Les syndicats d’exploitants hôteliers (AhTop, GNI-Synhorcat) et les associations professionnelles de l’immobilier (Fnaim, SNPI, UNIS) font front commun, représentant plus de 800 plaignants, d’après le JDD.

L’ensemble des « plates-formes numériques de réservation » sont concernées par cette procédure qui fait suite à une première action enclenchée en novembre 2015 sous la houlette de l’AhTop (Association pour l’hébergement et un tourisme professionnels), au nom d’une concurrence déloyale.

Jouer avec les mêmes cartes

Me. Guillaume Navarro, du cabinet Gide Loyrette Niel, estime que le Service national d’enquête a réuni, dans ce cadre, suffisamment de preuves justifiant l’engagement de poursuites.

Airbnb et consorts sont notamment pointés du doigt pour une infraction à la loi Hoguet du 2 janvier 1970 sur l’activité immobilière. Le texte, à commencer par l’article 3, soumet l’exercice des agents immobiliers à la détention d’une carte professionnelle.

Autre grief : l’absence d’immatriculation sur un registre public. Le code du tourisme l’impose pour les opérateurs de voyages, avec un renouvellement tous les trois ans.

Troisième point : les plates-formes s’exonèreraient de l’agrément qu’il leur incomberait, au sens de l’article L. 314-1 du code monétaire et financier, de solliciter auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel pour fournir, « à titre de profession habituelle », des services de paiement.

Les plaignants prétendent également qu’Airbnb offre des garanties financières sans détenir le statut d’assureur, en infraction aux dispositions du code monétaire et financier.

Des ouvertures en Europe

Dans ce combat que certains qualifient de querelle des Anciens et des Modernes, Airbnb se montre plus ou moins coopératif. Le dossier taxe de séjour en est l’illustration.

La plate-forme venue des États-Unis a cédé du terrain ces dernières semaines dans plusieurs villes d’Europe. Par exemple à Londres, où, depuis le 1er janvier 2017, les propriétaires ne peuvent plus, sauf autorisation spécifique, effectuer des locations « courte durée » d’un logement entier plus de 90 jours par an. Même situation à Amsterdam, avec une limite fixée à 60 jours.

D’autres négociations ont été amorcées l’autre côté de l’Atlantique. Tout particulièrement à New York, où quiconque loue, pour moins de 30 jours consécutifs, un logement entier qu’il n’occupe pas, s’expose à des sanctions pécuniaires.

Comment évaluer l’impact d’Airbnb sur l’activité du secteur hôtelier ? Le baromètre annuel de HRS Global Solutions (solutions hôtelières pour les entreprises), relayé par Challenges, fournit quelques indicateurs.

À Paris, le tarif moyen de la nuit d’hôtel a baissé de 4,3 % en 2016, à 132 euros, contrastant avec la stabilité enregistrée en 2015 et qui faisait elle-même suite à quatre ans de progression ininterrompue.

Le contexte sécuritaire est évoqué, tout comme les grèves et les manifestations, ainsi que la concurrence d’autres capitales européennes dans le milieu de game. L’influence d’Airbnb est plus floue : elle représenterait moins de 5 % du segment des voyages d’affaires ; et, sur le loisir, ne serait pas nécessairement négative pour les hôtels, drainant une nouvelle clientèle.

En illustration, Brian Chesky, cofondateur et directeur général d’Airbnb.


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