Altice : la patience des investisseurs a des limites ?

BourseEntrepriseFusions-acquisitionsLevées de fondsOpérateursRéseaux
altice-investisseurs
2 0

La dette contractée par Altice (44,7 milliards de dollars) et sa gestion du rachat de Cablevision aux États-Unis suscitent l’inquiétude des marchés.

Les investisseurs commencent à se montrer méfiants vis-à-vis de la situation financière d’Altice.

La dette contractée par la holding de Patrick Drahi avoisine désormais les 45 milliards d’euros, après de multiples acquisitions (SFR en France, Portugal Telecom, Suddenlink et Cablevision aux États-Unis…).

Assez pour susciter l’inquiétude des marchés : ce jeudi en début d’après-midi, l’action Altice cédait plus de 8 % par rapport au cours de clôture de la veille. Dans le même temps, le titre Numericable-SFR reculait de 1,65 % sur Euronext Paris, après une chute de 9,24 % hier en séance (plus forte baisse de l’indice SBF 120).

L’heure de marquer un arrêt dans les opérations de croissance externe ? C’est en ce sens que Dexter Goei, bras droit de Patrick Drahi, s’est exprimé dans une interview accordée à Bloomberg. L’intéressé évoque une « pause de 24 mois » qui doit permettre au groupe de se concentrer sur la rentabilisation des rachats effectués ces derniers mois.

En tête de liste, l’absorption de Cablevision, annoncée à la mi-septembre pour 17,7 milliards de dollars.

Cette transaction devait, à l’origine, être financée à l’appui de 14,5 milliards de dollars de dette existante et nouvelle, additionnés d’un reliquat de trésorerie du câblo-opérateur américain et de 3,3 milliards en numéraire issus des comptes d’Altice, comme le note NextInpact.

Elle impliquera finalement une augmentation de capital à hauteur de 2 milliards de dollars. Lancée ce jeudi 1er octobre, l’opération s’adresse aux investisseurs institutionnels. Altice émettra jusqu’à 70 millions d’actions de classe A et 24,8 millions de classe B, pour une clôture prévue le 5 octobre.

Vigilance accrue

D’après Les Échos, plusieurs managers d’Altice ont annoncé qu’ils souscriraient l’équivalent d’au moins 150 millions d’euros. Quoi qu’il arrive, Patrick Drahi ne perdra pas le contrôle de la holding : il en a modifié la structure capitalistique au cours de l’été pour couvrir cette éventualité.

En complément à cette levée de capitaux, Altice a émis, le 25 septembre, pour 8,6 milliards de dollars de dette nouvelle – qui s’ajoute aux 5,9 milliards de dette préexistante de Cablevision. Le tout à un taux moyen de 7,6 %, nettement supérieur aux 6 à 6,5 % que les investisseurs réclamaient en début d’année à Patrick Drahi pour lui prêter de l’argent.

La circonspection des agences de notation à l’égard d’Altice n’y est pas étrangère. Ce lundi, Standard & Poor’s a confirmé la note « B+ » avec perspective négative si le groupe ne respecte pas son engagement de réduction d’endettement au cours des trois prochains trimestres.

On note davantage d’optimisme du côté de Goldman Sachs. Dans un rapport consulté par Challenges, la banque d’investissement américaine constate que le marché de la dette d’Altice s’est effectivement tendu, mais que le groupe possède une capacité à rentabiliser très rapidement ses acquisitions grâce au « cost-cutting ». Il serait en mesure de réduire sa dette à 37,2 milliards de dollars d’ici à 2019, le résultat d’exploitation passant à 11,5 milliards de dollars, contre 9,6 milliards anticipés pour 2016.

Goldman Sachs estime par ailleurs que le marché sous-estime la capacité d’Altice à réduire ses ratios d’endettement.

Crédit photo : nito – Shutterstock.com


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur