Anti-terrorisme : « coopération » Internet et télécoms renforcée avec l’Etat. Jusqu’où ?

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Manuel Valls a consulté les acteurs du Net (Apple, Facebook, Google, Microsoft et Twitter) pour approfondir les outils de veille et les systèmes d’alerte en cas de menaces terroristes.

Il suffira juste de cet épisode pour comprendre pourquoi les réseaux sociaux sont autant scrutés par les autorités en charge de l’ordre public. Quel que soit le pays.

Selon CNN, la jeune femme qui a participé la semaine dernière à la fusillade de San Bernardino (Californie) – désormais présenté comme un acte de terrorisme – a prêté allégeance à Daech…via Facebook.

En France, la surveillance sur le Web s’intensifie. Jeudi 3 décembre, le Premier ministre Manuel Valls et Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique, a convoqué un pool d’acteurs influents de l’Internet et des réseaux sociaux (Apple, Facebook, Google, Microsoft, Twitter) pour une « séance de travail ».

Sujet du jour : la lutte contre la radicalisation et le terrorisme. Car on ne peut plus ignorer que Daech diffuse sa propagande djihadiste, communique et recrute des nouveaux membres par le biais des réseaux sociaux.

Les groupes Internet sont encore plus sollicités par les services de l’ordre depuis les attentats parisiens du 13 novembre. La « coopération » a été renforcée. Il faudrait plutôt parler de fil rouge. « Désormais, toutes les demandes transmises par les autorités françaises avaient pu être traitées en moins de 90 minutes », précise le communiqué qui synthétise les point évoqués lors de cette réunion de travail.

« Certains acteurs du Web estiment qu’ils sont contraints notamment par la Constitution américaine et son premier amendement, qui garantit la liberté d’expression », déclare Axelle Lemaire dans une interview accordée aux Echos. « Il existe des dispositions différentes du droit français. Mais je crois que les temps ont changé, l’amélioration de la coopération avec eux le prouve. »

Parmi les points principaux, le gouvernement souhaite « pérenniser et compléter les dispositifs d’urgence mis en œuvre le 13 novembre ».

Les opérations sur Twitter avec les hashtags de solidarité #PorteOuverte et #RechercheParis la nuit du drame ont été appréciées. Tout comme l’activation du bouton Safety Check sur Facebook, qui a permis d’avoir des informations plus rapidement sur les personnes de son entourage qui avaient été mis en sécurité dans la région parisiennes.

Les acteurs télécoms seraient également mis dans la boucle. « Avec la Fédération française des télécoms (FFT), nous avons abordé la question de la gestion des réseaux pour pallier toute saturation en cas de crise. Ainsi que la possibilité d’envoyer des SMS ciblés sur des usagers géolocalisés en fonction des lieux atteints par des attaques terroristes », précise Axelle Lemaire dans l’entretien accordé aux Echos.

La lutte contre le pouvoir d’influence de Daech sur Internet se poursuit. Manuel Valls compte « définir et mettre en œuvre une stratégie offensive de contre-discours qui cible spécifiquement les activités de Daech en ligne ».

Le premier ministre compte donc dépasser l’approche de sensibilisation initiée en début d’année à travers le site Stop-djihadisme.gouv.fr pour mieux cibler l’ennemi sur Internet.

Cette cyber-lutte sera élargie aux développeurs et experts des entreprises du numérique. Ces derniers « pourront élaborer des outils qui faciliteront l’implication de la société civile dans la lutte contre la propagande terroriste ».

Un point d’avancement entre le gouvernement et les acteurs Internet concernés est d’ores et déjà prévu fin janvier 2016.

De son côté, le ministère de l’Intérieur travaille sur des hypothèses visant à limiter les échanges susceptibles d’échapper au radar des services de polices et de renseignement selon LeMonde.fr : restriction sur les réseaux Wi-Fi ouverts, blocage des réseaux d’anonymisation (comme TOR) et fourniture des clés de chiffrement des outils de communication interpersonnelle (messageries, Skype….).

Signalement des contenus illicites : comment être plus réactif ?

Il est fort probable que le volume de signalements des contenus illicites (comme les appels à la haine) ou les messages d’incitation au terrorisme qui se propagent sur Internet va croître comme on a pu l’observer après les attentats liés à Charlie Hebdo en janvier.

Des moyens pour établir plus rapidement le contact avec les services de police sont également en cours d’étude.

Car le degré (variable) de réaction est un des points-clés dans cette bataille. Des failles persistent entre le signalement d’un message vidéo de haine et sa suppression par Facebook, pointe Ubergizmo. Le réseau social se défend de tout laxisme et rappelle qu’il dispose d’équipes dédiées en veille 24 heures sur 24. « Le terrorisme n’a pas sa place sur Facebook.

Mais on regarde le contexte et pas seulement la vidéo: s’il s’agit de dénoncer, on considère au contraire que ces messages sont pédagogiques et on le garde, sauf si le gouvernement le demande. » On a beau regarder les arguments de défense de Facebook : ce n’est jamais clair car les réclamations sont regardées au cas par cas avec une certaine subjectivité qui nous échappe.

Google pourrait également se réfugier sous le prétexte « d’On ne peut pas plaire à tout le monde ». Fin novembre, le groupe Internet a pris le temps de discuter avec Xavier Bertrand, député Les Républicains de l’Aisne et candidat aux régionales dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, qui qualifie le moteur « d’imam Google » en référence à la facilité pour trouver des vidéos pro-djihadistes via ses services (notamment YouTube).

Malgré des outils de détection automatiques et des moyens humains pour éviter de tomber sur ce genre de contenus haineux, Google n’arrive pas à juguler le flux de propagande pro-Daech.

« Google n’a pas apporté de réponse satisfaisante et doit aller beaucoup plus loin », a justifié Xavier Bertrand, cité par Le Figaro.

Plus récemment, la petite phrase de Nicolas Sarkozy, Président du parti Les Républicains, a suscité aussi une certaine perplexité au regard de la confusion engendrée avec cette déclaration: « Quand on consulte des images de pédophilie, on est un pédophile. Quand on consulte des sites djihadistes, on est djihadiste. »

Difficile d’aborder ce sujet sereinement avec du recul au regard du contexte d’état d’urgence et en pleine période électorale.

(Crédit photo : Gouvernement.fr)


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