Apple colmate les fuites avant MacWorld

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La firme de Cupertino a lancé ses avocats sur deux personnes soupçonnées d’avoir diffusé, l’été dernier, des documents internes confidentiels. Les poursuites engagées, un mois avant MacWorld San Francisco, seraient destinées à empêcher d’éventuelles nouvelles fuites avant les prochaines annonces de la firme.

A peine un mois avant la prochaine fête du Mac, MacWorld San Francisco, événement habituellement propice au lancement de nouveaux produits, Apple lance une grande opération “mains propres”. Son objectif paraît clair : couper l’herbe sous le pied d’éventuelles nouvelles taupes au sein de la firme. Deux personnes sont visées : un employé en sous-traitance, Jose Lopez, qui aurait dévoilé les schémas de l’actuel PowerMac G4 quelque temps avant sa présentation, et une personne non identifiée, une femme semble-t-il, auteur de photos du même produit. Pour le moment, c’est sur Jose Lopez que le constructeur concentre son attaque. Il le poursuit pour vol de secrets de fabrication et communication non autorisée de dessins, d’images et de détails de conception. L’été dernier, des dessins avaient, certes, été publiés sur les forums d’un site de rumeurs et avaient fait le tour du monde en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Idem pour les célèbres photos du PowerMac G4 à trappes métalliques, prises par un inconnu dénommé Doe1 dans les plaintes portées en justice : “J’ai reçu ces photos par e-mail d’une personne que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve”, nous a confié Lionel de MacBidouille, le site français sur lequel les images ont été publiées initialement. “L’e-mail, en plus des photos en question, ne contenait que ces mots : ‘Est-ce que tu arrives à voir quelque chose ?'” Le site avait, à l’époque, publié les clichés et déclenché les foudres de Cupertino. On y distinguait les parties internes comme externes du futur Power Mac.

But non avoué de l’opération coup de poing : préserver le plus possible les effets de manche du patron de la Pomme ! Et quoi de mieux pour marquer les esprits que l’action en justice… Chez Apple, c’est en passe de devenir une traditionet il faut à tout prix colmater les fuites, sources d’informations confidentielles sur les futurs produits. Depuis 1999, les actions légales du constructeur se sont intensifiées, s’attachant à traquer les sources internes comme externes et chacun se souvient du célèbre Worker Bee (voir édition du 8 août 2001) ou de la chasse aux sites publiant des informations indélicates sur un éventuel nouvel iMac (voir édition du 30 septembre 1999). “L’innovation fait partie de l’ADN d’Apple, la protection des secrets commerciaux est cruciale, notre succès en dépend”, a indiqué un représentant d’Apple à Cnet. “Notre politique consiste à engager des actions légales dès que cela s’avère nécessaire pour préserver la confidentialité et garantir notre propriété intellectuelle.”

La force du “buzz marketing”

La politique répressive d’Apple s’avère plutôt mal maîtrisée : Cupertino cherche à étouffer les sites et les personnes susceptibles de dévoiler des secrets sur les machines et concepts en cours d’élaboration, les stratèges vivent dans la crainte du pillage des innovations. Une tribu d’avocats, basée à Washington (Arent Fox, Kintner, Plotkin Kahn PLLC) sont chargés des démarches, une antenne anglaise poursuivant les indélicats en Europe. Trois conséquences néfastes à ce culte du secret et à ces pressions : elles incitent Apple à utiliser une forme de communication proche, elle aussi, de la rumeur et ce n’est pas toujours réussi (voir édition du 8 janvier 2002)  elles épuisent les plus motivés des réalisateurs de sites dédiés au Mac ; elles favorisent l’espionnage auprès des employés et des sous-traitants de la marque. Dommage ! Quand on connaît l’intérêt du buzz marketing, cette technique de bouche à oreille qui laisse en haleine les activistes d’une marque comme les médias, on se demande si Apple ne devrait pas en jouer plutôt qu’en souffrir…


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