Apple verrouille son interface utilisateur

Mobilité

Un nouveau brevet d’Apple sur un élément de son interface fait couler beaucoup d’encre sur la Toile. Y a-t-il une stratégie de la firme derrière ce document ?

On savait le constructeur de Mac très à cheval sur la contrefaçon de ses machines (voir édition du 16 octobre 2000). Plusieurs décisions de justice lui ont d’ailleurs donné raison. Mais Apple verrouille également un à un depuis quelques années les éléments caractéristiques de son interface graphique. Il faut dire que la concurrence lorgne régulièrement sur Aqua, l’interface de Mac OS X (voir édition du 8 janvier 2003). Apple dépose donc brevets sur brevets couvrant sa légendaire “expérience utilisateur” (voir encadré). Parmi eux, le brevet “manipulation de fenêtres et d’éléments visuels transparents”, déposé le 5 novembre 2003. vient d’être remarqué par le site MacPlus et repris rapidement sur Internet. Il concerne le degré de transparence des fenêtres inutilisées dans Mac OS X, et les possibilités de les manipuler. Y est associé un contrôle vocal. Apple a fourni à sa communauté de développeurs les clés pour profiter de cette caractéristique dès l’automne 2003. Or voilà qu ce brevet fait surface alors que les premières images de la prochaine version de Windows Longhorn circulent sur Internet, notamment grâce au site Extremetech. On y découvre des effets de transparence similaires. Leur apparition concomitante dans les logiciels de Microsoft et Apple repose la question de l’invention d’éléments de l’interface utilisateur.

En fait, le brevet en question est loin d’être le seul du portefeuille d’Apple : la firme a verrouillé l’interface d’iTunes et de l’iPod. Mais aussi des thèmes de l’interface graphique, des menus d’application, la dynamique des fenêtres de son système, les dossiers à ouverture automatique, l’interaction des sons et du système d’exploitation, et même sa célèbre corbeille? Passons sur la gestion de droits, la configuration d’un ordinateur à distance ou localement et l’utilisation du dock. Le nombre de brevets enregistrés dans ce domaine atteint des sommets. Plus que l’apparence, c’est l’interaction qui est mise en avant dans ces brevets. Une sacrée bombe à retardement pour d’éventuels contrefacteurs, et un argument de poids dans d’éventuelles négociations avec des pairs. Car dès aujourd’hui, un système d’exploitation qui entendrait introduire des éléments innovants couverts par les brevets de la firme, pourrait se voir attaquer en justice.

plus de concurrence

Pour comprendre ce qui pousse Apple à cette stratégie de protection par brevets interposés, il faut remonter à 1992. Cette année-là, la Pomme n’avait pas su faire prévaloir ses droits sur son interface graphique lors d’un procès contre Microsoft. Il était reproché à la firme de Seattle d’avoir appliqué à son système d’exploitation Windows des recettes inaugurées sur des ordinateurs Apple, comme le Lisa et le Macintosh, au début des années 80. La décision de justice avait alors établi que “l’utilisation de multiples fenêtres et d’icônes, la manipulation d’icônes, l’utilisation de menus et l’ouverture ainsi que la fermeture d’objets à l’écran, faisaient tous partis de données non protégées”. Apple avait pourtant utilisé la législation américaine du copyright pour ces innovations. Mais la décision de justice doit être remise dans son contexte : à l’époque, la concurrence des cloneurs dopait le marché de l’informatique. La justice avait alors tranché en faveur d’un “plus de concurrence”, même si dans les faits, Apple était flouée. Depuis, cette date est considérée comme une défaite dans “la guerre de l’interface utilisateur” que se sont livré les deux éditeurs. A telle enseigne que ce jugement est vu comme l’un des plus importants de l’histoire des “droits d’auteurs informatiques” aux Etats-Unis. Une mauvaise expérience qui semble avoir mis du plomb dans la tête d’Apple, après lui en avoir mis dans l’aile.

Encadré


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