L’aventure Blackphone tourne mal

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Geeksphone et Silent Circle, qui s’étaient associés pour développer le Blackphone, règlent actuellement leurs comptes en justice.

Le Blackphone est à l’agenda de la Cour suprême de l’État de New York.

Plus de deux ans après s’être associés pour développer ce smartphone Android présenté comme « ultra-sécurisé », le constructeur espagnol Geeksphone et l’éditeur britannique Silent Circle règlent leurs comptes en justice.

De l’eau a coulé depuis la création, le 5 décembre 2013, de la coentreprise de droit suisse SGP Technologies, devenue par la suite Blackphone, du nom du produit dont elle avait présenté la première version en février 2014, à l’occasion du Mobile World Congress.

À l’époque, la joint venture était détenue à parts égales par les deux partenaires. Le 26 décembre 2014, une première restructuration de capital était intervenue : Silent Circle reprenait 3 % de la participation de Geeksphone… avant d’en reprendre l’intégralité, quelques semaines plus tard (accord signé le 26 février 2015).

Dans ce cadre, l’éditeur britannique s’était engagé à verser 30 millions de dollars à la société espagnole.

La majeure partie de cette somme – 25 millions de dollars en l’occurrence – avait été versée dans la foulée de l’accord. Le reste devait être réglé au plus tard le 30 avril 2016. Or, Geeksphone assure n’avoir toujours rien reçu.

Erreur de casting

La plainte enregistrée le 24 juin dernier par la justice américaine illustre les relations délicates que les deux partenaires ont entretenues des mois durant, sur fond d’accords de distribution « pourris » plongeant Silent Circle dans la dette.

Les trois contrats signés avec BigOn Telecommunications (Dubaï), Kumion (Corée du Sud) et Telcel/América Móvil (Amérique latine) devaient permettre d’écouler 250 000 exemplaires du Blackphone.

Dans la pratique, les deux premiers sont tombés à l’eau, les revendeurs n’ayant pas la capacité de tenir leurs engagements. Dans le troisième cas, seulement 6 000 unités ont été commandées, loin des 100 000 attendues.

Silent Circle affirme qu’avec les campagnes marketing lancées en Amérique latine et les embauches lancées en parallèle, les pertes se sont creusées. Sans compter le lancement commercial du Blackphone 2 en septembre 2015.

L’entreprise a alors cherché à lever des fonds. Elle dit avoir été approchée, en février 2016, par un « investisseur majeur » prêt à injecter 20 millions de dollars… mais dont les conditions – notamment un cash flow positif dans les 12 mois – n’ont pu être satisfaites.

Blackphone 3 ?

À défaut d’un tour de table, Silent Circle avait adressé, en mars, une lettre à Geeksphone pour solliciter son indulgence et demande une restructuration de la dette de 5 millions de dollars.

Refus catégorique de l’intéressé, qui souligne, dans sa plainte, que Silent Circle avait « les clés en main », l’essentiel des décisions ayant été prises par ses soins à l’époque où les deux entreprises détenaient des parts égales au capital de la SA Blackphone.

Au mois de mai, Matt Niederman, avocat général de Silent Circle, avait haussé le ton, accusant, entre autres, Geeksphone d’avoir été insolvable au moment de constituer la joint venture… et d’y avoir transféré ses coûts, sans contribuer à hauteur de sa participation. Tout en soulignant que juste après avoir revendu ses parts, Geeksphone a arrêté les smartphones pour pivoter vers les « wearables ».

Du côté de Geeksphone, on exige le paiement de ces 5 millions de dollars, additionnés d’intérêts à un taux de 12 %. On réclame également des données financières sur Silent Circle aussi longtemps que le dû n’aura pas été versé.

Le défendant confirme à Forbes ne pas songer à se placer en procédure de faillite. Au contraire, la sortie d’un Blackphone 3 « moins coûteux à produire » est envisagée, sachant par ailleurs que des ponctions salariales ont été effectuées en plus de suppressions de postes (une vingtaine déjà cette année sur un effectif de 120 collaborateurs).

Crédit photo : Blackphone SA


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