Interview : Béatrice Gherara : « Kokoroe veut monétiser tous les talents »

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Co-fondatrice de Kokoroe, Béatrice Gherara présente cette plate-forme  web proposant une grande variété de cours particuliers, et qui entend « disrupter » le monde de l’éducation. 

Itespresso.fr – Kokoroe signifie « savoir » en japonais. Quelle est votre ambition ? « Uberiser » le monde de l’éducation ?

Beatrice Gherara – L’idée de Kokoroe est née lorsque mon associée, Raphaëlle Covilette, a cherché à suivre des cours d’italien pour préparer un voyage à Rome. Il y avait soit quelques professeurs particuliers, perdus sur LeBonCoin, soit des cours en ligne assurés par des logiciels. En cherchant un peu, nous avons réalisé qu’il n’y avait aucune plate-forme spécialisée dans les cours particuliers, pour mettre en relation enseignant et élèves.

Nous nous sommes bien évidemment inspirées de succès tels que Uber, AirBnb ou BlablaCar et notre ambition est d’identifier tous les talents, y compris les plus originaux, et de les mettre en relation avec des élèves souhaitant acquérir de nouvelles compétences ou tout simplement concrétiser un vieux rêve.

 

ITespresso.fr – Vous avez déjà plus de 2500 enseignants. Quels sont ceux rencontrant le plus gros succès ?

Beatrice Gherara – Kokoroe veut monétiser tous les talents, aussi bien des enseignements classiques comme l’histoire, les langues ou les mathématiques, que des compétences plus atypiques comme l’apprentissage du skate board, du boogie-woogie, de la cuisine moléculaire, du Ukulele voire de l’art de cracher du feu !

En France, on juge souvent les gens sur leur seul diplôme. Or tout le monde dispose d’un talent et peut le monétiser au travers de cours particuliers via Kokoroe.

 

ITespresso.fr – A l’heure des MOOC et des applications, la plupart de vos cours sont proposés par des personnes physiques, à leur domicile. Pourquoi cette approche « low tech » ?

Beatrice Gherara – Les Mooc sont de belles vitrines pour les grandes universités américaines mais ils ont des taux d’abandon très élevés, de l’ordre de 85%, principalement en raison du manque d’interactions physiques entre les enseignants et les individus. Les Américains évoluent d’ailleurs déjà vers les SPOC (ndlr : small private open class)

Sur kokoroe, nous pensons que le succès d’un apprentissage repose précisément sur la relation qui peut se construire entre l’enseignant et son élève. Cela peut passer par une rencontre dans la vraie vie, pourquoi pas au domicile de l’enseignant ou de l’élève, mais également par des outils numériques comme Skype ou Facetime. L’important c’est d’amorcer cette interaction. C’est par exemple pour cela que nous demandons à un photographe professionnel de prendre une photo un peu décalée de chacun de nos enseignants, pour briser la glace.

 

ITespresso.fr – L’économie du partage est parfois décriée car elle contribue à précariser les prestataires. Quelle relation entretenez vous avec vos fournisseurs ?

Beatrice Gherara – Nous sommes une plate-forme de mise en relation, qui prélève 2,5 euros  et 10% des revenus de chaque prestation ce qui nous permet d’offrir des tarifs nettement plus compétitifs que les grands noms du cours particulier, dont les marges atteignent parfois 50%.

La plupart de nos enseignants ont déjà une activité, et ne recherchent qu’un complément de revenu. Mais certains réalisent déjà près d’une quinzaine d’heures par semaine, ce qui se rapproche d’un plein temps. Kokoroe est par ailleurs très apprécie par des enseignants, dont les diplômes ne sont pas forcément reconnus sur le marché français, ou dont les expertises, parfois trop pointues, ne sont pas proposées par les organismes d’enseignement traditionnels. Pour ces professeurs atypiques, Kokoroe est vite devenu indispensable.

 

ITespresso.fr  – Votre plate-forme se limitera t-elle aux seuls apprentissage ou pourriez vous un jour proposer d’autres prestations ?

Beatrice Gherara – Nous resterons focalisées sur le monde de l’éducation mais rien ne nous interdit d’imaginer des partenariats avec d’autres plates-formes. Les heures de voyage en co-voiturage pourraient par exemple servir à apprendre une langue étrangère…

Au delà de ces synergies ponctuelles, je pense que nous avons également un boulevard à exploiter dans l’analyse des données. Un peu comme peut faire Criteo dans l’univers publicitaire avec ses algorithmes, nous pourrions analyser les centres d’intérêts de nos membres, identifier des besoins non exprimés et leur proposer des cours auxquelles ils n’auraient jamais pensé.

 

ITespresso.fr  – Kokoroe annonce cette semaine une première levée de fonds de 250 000 euros auprès de prestigieux business angels. Quelles sont vos ambitions ?

Beatrice Gherara – Oui, la startup a été créée en début d’année , nous avons eu la chance d’être hébergés par l’incubateur Microsoft et d’avoir rencontré Julien Codorniou de Facebook, qui nous a rapidement soutenu et aux côtés de plusieurs entrepreneur prestigieux comme Xavier Niel (Iliad Free), Daniel Marhely (Deezer), Olivier Gonzalez (Ex Twitter France) et Cyril Aouizeratte (Urban Tech).

Notre ambition est d’agrandir notre communauté, qui compte déjà 2500 enseignants, et d’accélérer la croissance de la plate-forme, qui enregistre une croissance de 20% chaque mois.

 

ITespresso.fr  – Si vous aviez un conseil à donner à Najat Valaud-Belkacem, l’actuelle ministre de l’éducation, quel serait il ?

Beatrice Gherara – Qu’il faut réveiller le Mammouth ! (rires). L’enseignement est probablement le plus beau métier du monde mais cette expérience est parfois mal vécue par les élèves  (on peut sauter « à cause d’enseignants démotivés » pour éviter les généralités). Kokoroe permet de renouer en douceur avec l’apprentissage et de tester pleins de disciplines différentes. La nouvelle génération est composée de slasheurs, qui veulent vivre plusieurs vies en parallèle, et Kokoroe peut les aider à concrétiser ou à monétiser leurs passions.

Elise, Raphaelle et Beatrice
Elise et Raphaëlle Covilette, Béatrice Gherara par Christina Heydon

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