Bientôt un troisième opérateur global en France ?

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La fusion annoncée de Deutsche Telekom et Telecom Italia marque l’arrivée d’un troisième opérateur global en France, du moins sur le papier.

“Qu’est-ce qui est plus lent qu’un opérateur historique ? Deux opérateurs historiques !” Ce commentaire d’un observateur donne le ton. La fusion entre Deutsche Telekom (DT) et Telecom Italia ne laisse pas indifférent alors que le rapprochement doit encore franchir de nombreux obstacles. En tout état de cause, elle préfigure l’arrivée d’un troisième opérateur global en France. L’opération (qui se fera par échange d’actions) laisse en tous cas à DT suffisamment de liquidités pour d’autres acquisitions, le rachat le plus souvent évoqué étant celui de Sprint, le partenaire commun à France Télécom et à Deutsche Telekom dans Global One. Le choc de la nouvelle encore sensible, France Télécom se retrouve de facto sans stratégie planétaire, et ce au moment même où ATT, BT et Japan Telecom signent un nouvel accord.

Sur le marché français – où le “pacte de non agression” entre DT et France Télécom est dénoncé, quel que soit l’issue de l’opération – la fusion entre DT et Telecom Italia consacre la naissance d’un troisième opérateur global avec 9Telecom, filiale à 85% de l’opérateur italien. Cette situation met – potentiellement – fin au duopole entre France Télécom et Cegetel. L’opérateur historique est visiblement agacé alors que Cegetel se refuse à tout commentaire. Dans un communiqué laconique, France Télécom tempère un tant soit peu sa réaction en soulignant le côté positif d’une situation offrant “une plus grande liberté sur le marché international”. Un constat que partage Philippe Beliaeff, consultant chez TS Consulting qui estime que “l’opérateur allemand était un boulet pour France Télécom”.

Si ce rapprochement inquiète, n’oublions pas que les futurs mariés sont chahutés sur leurs marchés respectifs. Partenaire de longue date de France Télécom, DT a perdu 30% de parts un an après l’ouverture du marché allemand à la concurrence. Quant à Telecom Italia, il n’a pas su afficher une stratégie claire à l’international, nouant des ébauches d’alliances – tantôt avec AT&T, tantôt avec Cable & Wireless – qui n’ont jamais abouti.

Quoiqu’il en soit, “la violation des accords” tacites entre FT et DT ne sera pas sans conséquence de ce côté-ci des Alpes. 9Telecom devient le bras séculier de l’opérateur allemand dans l’Hexagone. Retardé par les difficultés de sa maison mère à trouver les moyens financiers, 9Telecom se trouve catapulté en tête de course avec France Télécom et Cegetel alors que l’entreprise démarre à peine en France.

Ses atouts en tant qu’opérateur global ? Des services dans la voix, la donnée avec un réseau “neuf”. Philippe Moity de DNS Telecom, estime que ce réseau peut modifier le paysage du marché de la donnée car, n’ayant pas encore de clients, “9Telecom n’a aucun problème de bande passante”. En revanche, 9Telecom ne peut prétendre devenir un opérateur global sans téléphonie mobile. Comptant Bouygues Telecom parmi ses actionnaires, 9Telecom pourrait se tourner vers ce dernier pour se réaliser pleinement sur ce terrain.

Autre point faible de 9Telecom : son retard commercial. Un handicap qui pourrait être surmonté en suivant l’exemple Tele2 et en déclenchant une guerre des prix pour monter plus rapidement en puissance. Si la fusion a bien lieu, Philippe Beliaeff estime que “9Telecom deviendra le bras armé de Deutsche Telekom en France”.


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