BlackBerry : un ticket surveillance VIP pour la police canadienne ?

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BlackBerry laisse planer le doute quant à la teneur de sa collaboration avec la police canadienne sur des opérations de cyber-espionnage.

Dans quelle mesure BlackBerry a-t-il aidé les services de police canadiens à intercepter et à déchiffrer des communications effectuées via son application de messagerie BBM (ex-BlackBerry Messenger) ?

Toujours pas de réponse claire malgré l’intervention du CEO John Chen.

L’intéressé affirme que sa société « a répondu aux demandes qui lui ont été faites dans le cadre de la loi ». Mais il n’aborde pas la problématique soulevée la semaine passée par une enquête croisée de Vice et Motherboard.

Les deux médias américains ont mis en lumière un projet baptisé Clemenza et dans le cadre duquel la Royal Canadian Mounted Police (RCMP) est parvenue à récupérer la clé « maîtresse » utilisée sur les smartphones BlackBerry pour protéger les communications.

Cette surveillance a permis d’inculper six personnes soupçonnées d’avoir participé au meurtre d’un membre de la famille Bonanno, connue dans le milieu du crime à New York.

John Chen en fait son argument, rappelant que « dans ces situations difficiles, le principe de base [de BlackBerry] est de faire ce qui est le plus juste pour les citoyens, sans dépasser les limites éthiques et légales ».

Il ajoute : « Comme je l’ai déjà dit*, les entreprises ne devraient pas faire passer leur réputation avant le bien commun ». On aura discerné la pique adressée à Apple, qui défend bec et ongles le chiffrement de ses iPhone face à la police fédérale américaine, de San Bernardino à New York.

Le dirigeant assure par ailleurs qu’aucun BlackBerry connecté à un serveur d’entreprise n’a pu être touché, lesdits serveurs générant leur propre clé de chiffrement. Et de mentionner, pour illustrer le concept de « limites éthiques », le choix fait par l’entreprise de quitter le Pakistan, où le pouvoir lui réclamait un accès à ses serveurs.

Pour autant, on ignore toujours de quelle manière la RCMP s’est procuré la clé, si elle peut encore l’exploiter en l’état actuel et à quelles données elle a eu accès.

Pas plus d’informations sur l’éventuelle obtention de la clé par d’autres agences, sachant que les quelque 3 000 pages de documents relatifs à l’opération Clemenza tendent à montrer que les relations sont… plutôt bonnes entre les forces de l’ordre et BlackBerry.

* L’année passée, John Chen avait formellement rejeté l’idée que des entreprises IT dussent refuser d’accéder à des demandes « raisonnables » émises par les autorités « dans le cadre de la loi ».

Crédit photo : wk1003mike – Shutterstock.com


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