Blockchains et crypto-monnaies : Bercy alerte au nom du blanchiment

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La cellule de renseignement Tracfin pointe les risques de blanchiment de capitaux que pose le développement des blockchains et des crypto-monnaies.

Des plates-formes de change en matières premières aux cartes prépayées permettant les retraits en espèces, les outils susceptibles de favoriser le blanchiment de capitaux en combinaison avec les crypto-monnaies se multiplient.

C’est l’un des enseignements à tirer d’un rapport (document PDF, 79 pages) publié ce mardi par Tracfin.

La cellule de renseignement rattachée à Bercy mentionne de nombreux cas d’utilisation conjuguée de monnaie électronique et de monnaie virtuelle au sein d’une même opération. Une superposition qui témoigne généralement « d’une volonté d’opacification ».

Pour illustrer le cas des cartes de paiement adossées à des portefeuilles en crypto-monnaies, référence est faite à l’interpellation, le 17 février 2016, d’un cybercriminel français qui proposait, contre un paiement en bitcoins, des numéros de carte bancaire volés.

Les recettes des ventes étaient retirées en distributeurs automatiques ou dépensées pour l’achat de matériels informatiques sur Internet.

Systèmes opaques

Pointant le degré élevé d’anonymat et la « portabilité maximum » qu’offre un tel dispositif, Trafic affirme que « le risque [de blanchiment] ne peut être limité que par un haut niveau de conformité des sociétés émettrices [des cartes de paiement] quant à leur obligations de vigilance ».

Or, ce « n’est pas acquis » dans le cas de la vingtaine d’opérateurs identifiés à ce jour – la moitié ayant recours au même établissement de monnaie électronique « immatriculé dans une place off-shore méditerranéenne ».

Non sans souligner que la coopération de ces émetteurs avec ces autorités n’est « pas systématique », Bercy déplore que « les services d’enquête peinent à identifier les porteurs, d’autant que ceux-ci maximisent souvent les précautions avec l’utilisation du réseau Tor et de réseaux privés virtuels (VPN) ».

Concernant les plates-formes de change en matières premières, est cité le cas d’un individu résidant en France et qui a blanchi des revenus en bitcoins issus de la vente de coordonnées bancaires volées. Il a, pour ce fait, utilisé une plate-forme « immatriculée dans un pays de l’UE ».

Le paramètre blockchain

Au-delà des crypto-monnaies, la cellule Tracfin attire l’attention sur les risques associés au développement des registres distribués (DLT, pour « Distributed ledger technology ») sous-tendus par des blockchains.

Certaines d’entre elles sont développées spécifiquement pour l’anonymat, notamment à travers la technique du « zero knowledge proof », qui consiste à éclater les données d’une transaction en un grand nombre de sous-ensembles ensuite mélangés entre eux.

Autre méthode : le « one time ring signature », basé sur un système de clés circulaires qui empêche d’identifier aussi bien l’émetteur que le destinataire d’une transaction.

Trafic évoque également une plate-forme non encore disponible en Europe à ce jour, mais qui « pourrait rapidement le devenir ». Elle permet, grâce à une étape intermédiaire de conversion en bitcoins, les transferts de fonds internationaux en monnaie, avec une identification uniquement par numéro de téléphone.

Les comptes de monnaie électronique ouverts sur le service peuvent être alimentés en espèces, auprès d’autres utilisateurs qui assurent la fonction d’agents de change. Ce même principe permet aux bénéficiaires de récupérer l’argent en espèces.


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