Conduite autonome : Travis Kalanick était-il au fait du « dossier Google » ?

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Google, qui accuse un ancien employé de vol de secrets industriels, prétend qu’Uber, qui l’a recruté par après, avait connaissance de l’affaire.

Travis Kalanick, le CEO déchu d’Uber, savait-il que l’ingénieur Anthony Levandowski avait en sa possession des secrets industriels dérobés à Google ?

Ce dernier l’affirme dans une motion transmise mercredi au tribunal de San Francisco chargé d’instruire le litige que les deux groupes se livrent sur la conduite autonome.

En page 10 figure un extrait d’un document que les avocats d’Uber avaient communiqué à la justice le 8 juin 2017.

On y apprend que le 11 mars 2016, Levandowski, qui ne travaillait pas encore pour Uber – il s’occupait alors de sa start-up Otto, spécialisée dans les camions autonomes – avait dit à Kalanick et à trois autres collaborateurs de l’entreprise avoir en sa possession « cinq disques » contenant des informations issues de chez Google.

Kalanick aurait refusé l’idée d’exploiter les données en question, si bien que Levandowski aurait détruit l’intégralité des supports.

La vérité des documents

Petite remise en contexte : en janvier 2016, après plusieurs années chez Google, Anthony Levandowski avait brusquement quitté le navire pour fonder Otto… dont Uber allait annoncer l’acquisition quelques mois plus tard ; en l’occurrence, en août.

Via sa branche Waymo dédiée à la conduite autonome, Google accuse son ancien employé de lui avoir volé des milliers de fichiers relatifs notamment à des technologies de télédétection par laser (lidar).

Uber ne nie pas ces faits, mais assure ne jamais avoir eu accès auxdits secrets industriels.

Du côté d’Anthony Levandowski, on s’est réfugié sous la protection du 5e amendement de la Constitution des États-Unis, qui permet à une personne de ne pas témoigner contre elle-même.

Dans ce contexte, Waymo estime que certains documents contiennent probablement les réponses à beaucoup de questions sur lesquelles l’ingénieur a refusé de s’exprimer. Notamment le rapport de diligence raisonnable associé à l’acquisition d’Otto.

L’heure tourne

Ce type de document synthétise les vérifications qu’un éventuel acquéreur réalise avant une transaction afin de se faire une idée de la situation d’une entreprise.

Pour éviter d’avoir à le dévoiler, Uber a invoqué le secret professionnel. La justice a rejeté cet argument, mais dans la pratique, le rapport ne lui a toujours pas été révélé.

Google insiste, dans sa motion, sur les nombreuses injonctions faites à Uber de transmettre des documents… et de « faire tout son possible » pour restituer les fichiers présumés volés.

La première de ces injonctions était tombée le 16 mars. Uber était prié, entre autres, de produire tout élément qui attesterait de la suppression, la destruction ou la modification desdits fichiers.

En l’absence de réaction, la justice avait fini par fixer un deuxième délai, au 31 mai… sans plus d’avancées, à en croire Waymo.

Au cœur du débat, la firme Stroz Friedberg, auteure du fameux rapport de diligence raisonnable susmentionné. Google estime qu’elle a probablement eu accès, lors de son enquête, à au moins une partie des éléments qu’Anthony Levandowski aurait exfiltrés.


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