Cozy Cloud : une vision « Self-data » de la relation client

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Forum du Numérique CXP : Cozy Cloud fait partie des finalistes du Trophée start-up. Zoom sur son approche de la relation client à travers le cloud personnel.

« Je voudrais remercier Facebook, qui démontre brillamment pourquoi il est essentiel d’avoir un cloud personnel qu’on contrôle ».

Sur son blog, Tristan Nitot joue d’ironie en référence à la décision du réseau social d’effacer, à compter du 7 juillet 2016, les photos des utilisateurs qui n’installeraient pas l’application Moments.

L’ancien président de Mozilla France poursuit son combat en faveur de la protection des données personnelles sous l’étendard Cozy Cloud.

Il avait rejoint, en mars 2015, cette start-up parisienne qui propose à tout un chacun de reprendre le contrôle sur des aspects cruciaux de sa vie numérique en réduisant sa dépendance aux GAFA (l’acronyme derrière le quatuor Google, Apple, Facebook, Amazon). Une problématique résumée en une question : « Peut-on passer sous silence le fait que Google en sache plus sur nous que notre famille et nos meilleurs amis ? »

Cette approche « Self-data » est mise eu œuvre au travers d’une solution de cloud personnel basée sur une plate-forme open source décentralisée, hébergée chez l’individu ou chez un tiers de confiance (Gandi, OVH…) et axée sur les services.

Au-delà de la gestion des e-mails, des contacts et de l’agenda, l’accent est mis sur l’automatisation des tâches du quotidien via un système de connecteurs qui permet d’agréger des données en provenance de nombreuses sources… et de leur donner du sens : lier des factures à des opérations bancaires, créer un programme de fitness personnalisé grâce aux informations issues de plusieurs objets connectés, garder une trace de ses trajets Uber et de son activité Airbnb, etc.

Pour les intimes

Dans tous les cas, les données en question ne sortent pas de l’environnement Cozy.

La start-up fondée en 2012 par Benjamin André et Frank Rousseau cherche à décliner ce modèle sous l’angle BtoB, en aidant les grands comptes à créer une « intimité numérique » avec leurs clients, sans inclure Microsoft, Google et consorts dans l’équation.

Ce « nouveau paradigme » a fait l’objet d’une expérimentation lancée avec EDF au printemps 2015. Il a, plus récemment, permis à Cozy Cloud de lever 4 millions d’euros.

La MAIF, qui a emmené ce tour de table, compte amorcer un premier pilote en 2017. Elle distribuera son espace client sur la marketplace Cozy Cloud.

Une fois installée par les sociétaires du groupe, l’application pourra accéder, sous réserve de consentement explicite, aux données agrégées sur l’environnement de cloud personnel. L’occasion, pour la MAIF, de personnaliser ses offres et de les diffuser « en aveugle », en l’occurrence sans avoir à stocker la moindre information.

Pour Olivier Rafal, ces débuts sont prometteurs : « Les grands comptes nous rebattent les oreilles avec la dématérialisation, mais elle n’est pas au service de l’utilisateur […]. Les lignes bougent avec Cozy Cloud et son offre de service au croisement du cloud et du coffre-fort numérique ».

L’expert « Innovative & transformational topics » chez PAC France était membre du jury du Trophée Start-up, organisé par le CXP dans le cadre de son Forum du Numérique, en partenariat avec Silicon.fr (l’une des publications du groupe NetMediaEurope, auquel ITespresso.fr est également rattaché).

Esprit Mozilla

Cozy Cloud a été sélectionné parmi les finalistes de cette compétition, quand bien même son produit reste, tout du moins sur certains aspects, en phase de développement. Le jury CXP a préféré tabler sur une implémentation incrémentale, en partie grâce à la communauté que la jeune pousse a su réunir. « On est dans un monde où il ne faut pas attendre d’avoir un produit fini pour le proposer », explique Olivier Rafal. De quelle communauté parle-t-on au juste ? De celle qui a aidé à concevoir une grande partie des applications et des connecteurs associés à Cozy Cloud – les derniers en date font la jonction avec vente-privee.com, récupèrent les événements Facebook et téléchargent les factures de Captain Train.

L’effort communautaire a d’autres facettes que Tristan Nitot a bien connues chez Mozilla : traduction de la documentation, test des nouvelles versions du service, conversation avec les utilisateurs sur les forums et le canal IRC, rédaction de tutoriels, organisation de réunions…

Dropbox ou Raspberry Pi ?

Le premier élan avait été donné en juin 2013, la version 1.0 de Cozy Cloud sortant en fin d’année. La plate-forme est aujourd’hui déployable sur Linux ou sur des cartes comme le Raspberry Pi 2 et la Pine64, pour ce qui est de l’autohébergement. Environ 500 utilisateurs ont choisi cette option, selon les équipes de la start-up, rencontrées dernièrement au festival Futur en Seine.

Solution plus simple en matière de paramétrage, quoique l’installation « en un clic » reste un horizon lointain* : louer un serveur privé virtuel chez un hébergeur. Les utilisateurs avancés peuvent aussi exploiter Cozy dans une machine virtuelle (VirtualBox et OpenVZ) ou dans un conteneur Docker.

Sur un plus long terme, on réfléchit à un modèle économique « à la Dropbox » : les clients des entreprises partenaires auraient la possibilité d’élargir leur espace de stockage moyennant paiement.

C’est dans cet esprit que les équipes de Cozy Cloud (une vingtaine de collaborateurs ; 25 « dans quelques mois ») travaillent sur un client de synchronisation multiplateforme.

Sur la roadmap technologique figure aussi une application mobile pour iOS. Ainsi qu’une ouverture du SDK au-delà de l’environnement Node.js, qui lui seul permet pour l’heure de développer des applications.

Le catalogue devra être à la hauteur pour convaincre les utilisateurs finaux de se « dégoogliser ». Et les hébergeurs de choisir Cozy Cloud pour proposer à leurs clients une solution clés en main de serveur personnel.

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un aperçu de la marketplace Cozy Cloud

* Cozy Cloud se base sur Node.js et CouchDB, pas encore aussi répandus que le couple PHP/MySQL, utilisé entre autres par le concurrent Owncloud. À ce propos, on consultera la page « Comparatif » sur le site Web de la start-up pour mieux saisir comment elle se différencie de la concurrence.


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