Dailymotion : l’ingérence de l’Etat divise la classe politique

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“Heureuse initiative”, “question légitime” ou “dévers du ‘Made in France'”, l’ingérence d’Arnaud Montebourg dans l’affaire Dailymotion divise la classe politique.

A l’étude depuis fin 2012, le rapprochement entre Yahoo et Dailymotion a tourné court avec l’ingérence du gouvernement français dans le dossier.

“Heureuse initiative”, “question légitime” ou “dévers du ‘Made in France'”, l’intervention d’Arnaud Montebourg suscite la controverse.

La classe politique est divisée quant à la prise de position du ministre du Redressement productif, qui s’est opposé à l’entrée de Yahoo à 75% dans le capital de Dailymotion (avec une option pour monter à 100%).

Jean-François Copé est formel : il s’agit là d’une erreur stratégique. “La France fait rire les autres pays [avec sa] politique industrielle incompréhensible“, a assuré le président de l’UMP au micro d’Europe 1.

Et d’ajouter : “Dailymotion a vocation à se développer à l’étranger et ne peut y parvenir sans partenaires extérieurs“.

Mais certaines voix dissonent dans l’opposition. Illustration avec Henri Guaino, qui soutient la démarche sur RTL.

Le député UMP des Yvelines estime “légitime que l’État se pose ce genre de questions“.

Il nuance son propos : “Il faut donner à Dailymotion des moyens de se développer […], mais si on le laisse partir, on sait bien que c’est du savoir-faire français qui va disparaître, parce que les Américains vont le dissoudre“.

Jean-Luc Mélenchon adopte une position contraire sur BFMTV.

Le coprésident du bureau national du Parti de Gauche salue les déclarations d’Arnaud Montebourg : “Il s’agit de notre indépendance, de notre capacité à être souverains“.

Déplorant par ailleurs la “loi du fric [qui] l’emporte sur les circonstances“, il fait référence aux patrons “qui n’ont à l’esprit que le tiroir-caisse“.

Un avis partagé, mais tempéré par Benoît Hamon, qui s’était exprimé jeudi soir sur France Inter.

Le ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire niait tout interventionnisme et déclarait : “Nous ne laisserons pas échapper ce que nous considérons être l’une de nos pépites. Nous prenons des décisions pour protéger nos capitaux, nos créations, nos capacités d’innovation“.

Si l’Europe […] se dotait d’instruments pour protéger certaines de [ses] réussites […], elle serait beaucoup plus forte face aux Etats-Unis, à la Chine, aux pays émergents“, concluait-il.

Nicolas Dupont-Aignant, député de l’Essonne et président de Debout la République, s’est également prononcé en ce sens, sur son compte Twitter.

En revanche, tout le monde ne semble pas sur la même longueur d’onde au gouvernement.

Alors qu’Arnaud Monteboug évoquait une décision concertée avec Pierre Moscovici, celui-ci dément y avoir participé.

Ce n’est pas un dossier dans lequel j’ai été particulièrement impliqué, reconnaît le ministre de l’Économie. Nous avons eu une conversation sur le sujet, mais c’est resté extrêmement général […]. Je n’ai pas eu tous les éléments en ma possession“.

A Matignon, on réfute toutes bisbilles entre les deux ministres. “Il ne s’agit pas d’une décision, mais d’un objectif“, estime Najat Vallaud-Belkaem.

La porte-parole du gouvernement estime “naturel que l’État français, comme les autres États, défende ses intérêts, ses entreprises.

La position qu’a développée Arnaud Montebourg est celle du gouvernement“, conclut-elle.

L’État pourrait finalement investir dans Dailymotion via le Fonds pour la société numérique des PME.

La plate-forme créée voici 8 ans par Cédric Tournay en appelle effectivement aux pouvoirs publics pour accompagner son expansion à l’international, avec une enveloppe de 50 millions d’euros sur 4 ans.

Elle emploie aujourd’hui 150 salariés, dont 120 en France, pour 112 millions de visiteurs uniques par mois.

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