Début du procès autour de l’invention de l’hyperlien

Mobilité

Qui peut revendiquer l’invention du lien hypertexte ? C’est la question à laquelle devra répondre la conclusion du procès qui oppose l’opérateur British Telecom au fournisseur d’accès Prodigy. Le premier s’appuie sur un brevet datant de 1976 pour réclamer des royalties au second qui, bien entendu, refuse de les lui accorder.

C’est le 11 février que débutent les audiences préliminaires du procès qui oppose British Telecom (BT) au fournisseur d’accès Internet (FAI) américain Prodigy. L’opérateur britannique s’appuie sur un brevet datant de 1976, mais ressorti en juin 2000 seulement, pour revendiquer l’invention du lien hypertexte, lequel constitue la base de la consultation du Web (voir édition du 21 décembre 2000). Un brevet qui lui permet aujourd’hui de mettre en accusation Prodigy, l’un des premiers FAI du territoire nord-américain, racheté depuis par SBC Communications, deuxième opérateur de téléphonie locale. Prodigy compte aujourd’hui plus de 3,6 millions de clients.

Le procès a lieu dans le district de White Plains (Etat de New York) où a été fondée Prodigy en 1984. Les professionnels de l’industrie du Net ont les yeux braqués sur cette affaire qui fera probablement jurisprudence. Si BT obtient gain de cause, le cabinet d’avocats Kenyon & Kenyon prévoit d’attaquer d’autres FAI. Des centaines de millions de dollars sont en jeux. Ironie du sort, seules les sociétés américaines sont susceptibles d’avoir à dédommager BT puisque le brevet logiciel n’est, pour le moment, reconnu qu’aux Etats-Unis. Celui de BT court d’ailleurs jusqu’en 2006. En Europe, les discussions (l’absence de discussions, ironiseront certains voir édition du 9 novembre 2001) sur la brevetabilité des “formules mathématiques” sont en cours.

Une paternité contestée

La communauté informatique et scientifique risque de mal supporter une éventuelle victoire de BT. Officiellement, le lien hypertexte a été mis au point par Tim Berners-Lee au début des années 90 et son équipe du CERN de Genève. Plus précocement, l’inventeur de la souris Douglas Engelbart avait, dès 1968, fait une démonstration d’un système de “chaînage de vues” qui peuvent “sauter de l’une à l’autre”. Certains informaticiens font remarquer que dès 1945, Vannevar Bush, un chercheur du MIT (Massachusetts Institute of Technology), avait imaginé Memex (pour Memory Extender), un système de stockage documentaire basé sur des associations. Et du côté de Leonard De Vinci, rien à déclarer ?


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