Duel Apple/Adobe autour de la VAO

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Le logiciel Photoshop d’Adobe ne sortira pas avant quatre mois au mieux dans sa version carbonisée pour Mac OS X. Le logiciel que Steve Jobs disait pouvoir faire porter sous X en deux semaines n’en finit pas de prendre son temps pour tourner sur le nouveau système. Un bras de fer entre Adobe et Apple catalysé par la vidéo numérique ?

L’éditeur Adobe est-il en train de traîner des pieds pour mettre à disposition de ses clients son logiciel phare Photoshop, le plus attendu par la profession de l’édition papier et en ligne ? La question mérite d’être posée alors que Bruce Chizen, le PDG de la firme, a affirmé dans une interview à nos confrères américains de CNet que la pièce maîtresse du marché des Mac dans le domaine de la PAO (Publication Assistée par Ordinateur, le marché de référence pour Apple) ne serait pas proposée pour Mac OS X avant le deuxième trimestre 2002, soit entre avril et juin prochain… “Nombre d’utilisateurs du Mac attendent Photoshop, que nous avons l’intention de livrer durant le second trimestre de l’année prochaine. Nous pensons que de nombreux clients achèteront non seulement Photoshop, mais aussi Mac OS X, de nouveaux Mac et de nombreuses autres applications Adobe pour OS X”, précise Bruce Chizen. Le logiciel était attendu par les plus impatients pour janvier 2002 à l’occasion de MacWorld San Francisco. Pour défendre la carbonisation, étape de transformation des logiciels Mac OS classiques vers Mac OS X, Steve Jobs avait soutenu lors d’une de ses keynotes qu’un programme comme Photoshop ne demanderait pas plus de deux semaines de travail. Le retard de livraison d’Adobe paraît donc surprenant, d’autant plus que le raisonnement des graphistes pour un passage à Mac OS X repose essentiellement sur la présence ou non de Photoshop sur la plate-forme : “En tant que designer, j’attends qu’Adobe porte ses logiciels sur OS X avant de l’utiliser dans mon activité de tous les jours”, précise un professionnel américain cité par Cnet.

Cette annonce en demi-teinte ressemble fort à une poursuite de la guerre non déclarée que se livrent Apple et Adobe (voir édition du 26 juillet 2001) : tout semble se jouer autour de la transition vers un nouveau métier d’excellence tenu par le Mac. Traditionnellement, la PAO est une référence pour la firme de Cupertino, mais depuis deux ans (voir édition du 11 janvier 1999), les deux sociétés se sont engagées sur le prochain marché de l’édition, celui de la vidéo assistée par ordinateur (VAO). Un énorme gâteau qui couvre les domaines du cinéma, de la vidéo professionnelle ainsi que de la vidéo amateur, et que les deux firmes se disputent. Partis presque en même temps grâce à deux fleurons logiciels – Final Cut Pro racheté à Macromedia pour Apple, et Premiere pour Adobe (voir édition du 12 décembre 2000), les deux firmes se portent en sous-main des coups douloureux pour proposer une intégration de la chaîne vidéo de bout en bout. Il s’agit pour elles de permettre l’importation, le travail sur les données et leur restitution sur divers médias et formats de vidéogrammes numériques.

Avantage à Apple

Apple est en avance dans ce domaine (surtout grâce à Final Cut Pro) où elle propose également des solutions complètes permettant de graver des DVD, et dispose de l’avantage de maîtriser matériels et logiciels. Mais Adobe suit avec une licence auprès de Sonic Solutions lui permettant de proposer la même fonction sur ses prochains produits. Le combat n’est pas neutre puisque Adobe a joué la carte de l’infidélité en proposant ses produits de PAO sur PC, au moment où Apple était dans la pire des postures. Cette stratégie a permis à l’éditeur d’augmenter sensiblement ses revenus, bien que le marché professionnel de la PAO reste le domaine incontesté du Mac. “Dans une perspective professionnelle de création, le vrai créatif ou le vrai designer est toujours sur Macintosh”, affirme Bruce Chizen. Une forme d’expiation ? Difficile à dire. Toutefois, le frein mis au lancement de Photoshop, déjà dans un état de préparation avancé selon le site de rumeurs Think Secret, s’il est dû en partie à la mauvaise qualité du code fourni aux éditeurs jusqu’en août par Apple, a un air de menace ou de vengeance. Adobe sentirait-il que les bénéfices les plus intéressants migrent vers le marché de la VAO, qui glisse peu à peu aux mains d’Apple ? Et tenterait-il de chercher à obtenir un partage du marché avec la firme ? Le lancement d’un produit, concurrent de DVD Studio Pro, autour des fonctions de gravure de DVD serait à l’état d’évaluation, selon Chizen, pour que les professionnels puissent éditer leur travail dans Premiere, le modifier dans Photoshop et éditer un DVD. Aux Etats-Unis, ce cheminement est déjà pris par les agences publicitaires pour proposer rapidement des propositions de publicités télévisées. “La difficulté sur le Mac, c’est que nous affronterions Apple et leur solution professionnelle pour DVD. Si nous pensons qu’ils ont un avantage concurrentiel, alors probablement nous choisirons de ne pas les affronter”, précise Chizen.


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