Elie Simon (Tagsys) : “La RFID va favoriser la lutte contre la contrefaçon”

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Le directeur général de ce fournisseur de solutions d’identification par fréquence radio évoque le potentiel de développement de ce marché

Avec le développement des applications sans fil, la technologie RFID (Radio Frequency Identification, identification par fréquence radio), qui existe depuis une vingtaine d’années, a le vent en poupe. Fournisseur de solutions RFID (stations, étiquettes, puces, antennes…), la société française Tagsys étend ses activités au niveau mondial. Elle a vendu plus de 40 millions de tags RFID dans le monde et la démocratisation de cette technologie lui donne des ailes. En avril 2005, elle a réalisé une nouvelle levée de 12,2 millions de dollars auprès de fonds d’investissement comme Endevaour et Elliot Associates (au total, elle a obtenu 43 millions de ses investisseurs). A l’occasion de la Convention RFID qui se déroule actuellement à Paris, Elie Simon, un ancien dirigeant de Sun qui vient de prendre les fonctions de directeur général de Tagsys, fait le point sur l’effervescence liée à cette technologie sans fil qui a vocation à entrer dans notre vie quotidienne.

Vnunet.fr : De quelle manière Tagsys a-t-elle abordé le marché de la RFID ?

Elie Simon : Nous sommes présents dans le domaine de l’item-tagging, c’est-à-dire l’étiquetage des objets. Ce marché se décompose en deux grandes parties : d’une part l’étiquetage sur des supports comme les palettes et les caisses dans le cadre d’activités de logistique, qui ne pose pas de soucis particuliers. Il faut se concentrer sur la partie de l’organisation. En revanche, pour la partie items en forte progression, la technique est plus complexe et plus sophistiquée.

De quels secteurs d’activité professionnelle vos clients sont-ils issus ?

Nous recensons 600 clients dans le monde, essentiellement aux Etats-Unis puis en Europe. Nous observons un démarrage en Asie. Les marchés industriels traditionnels sont les laveries industrielles et les bibliothèques. Nous sommes également présents sur des marchés de distribution à circuit fermé, dans lesquels le produit est attribué à un client puis revient dans l’entreprise une fois consommé. C’est le cas avec les bouteilles de Butagaz. Depuis le début de l’année, nous développons notre présence sur deux autres marchés, la mode et l’industrie pharmaceutique.

Quel est l’état du marché de la RFID en Europe et en France ?

C’est un marché fortement dominé par les Etats-Unis. En Europe, la croissance est moins forte que dans le reste du monde. Pourtant, l’Europe et la France sont partis en avance mais la courbe de rattrapage des Etats-Unis a été fulgurante. Aux Etats-Unis, la Federal Drug Administration (FDA) est en train de diffuser un mandat afin que les entreprises pharmaceutiques mettent en place en 2007 un système de traçabilité associé à leurs produits. Son homologue britannique, le National Health Service (NHS), semble s’orienter dans la même voie. Aux Etats-Unis, le groupe de grande distribution Wal-Mart mais aussi le ministère américain de la Défense ont été des précurseurs dans l’adoption de la RFID.

Reste-t-il des freins au développement de la RFID ?

J’en vois esssentiellement deux. Nous observons un manque patent d’ingénieurs spécialisés dans ce domaine afin de favoriser son déploiement. Il faudrait que cette technologie fasse l’objet d’un examen plus approfondi dans les cursus technologiques universitaires. D’autre part, il reste un problème de compatibilité entre le standard EPC et la norme ISO appliqués au niveau international. Mais ce problème est en cours de règlement.

Les prestataires high-tech n’ont-ils pas tendance à proposer des solutions RFID propriétaires ?

Cela ne s’exprime pas encore sous cette forme, nous n’avons pas recensé d’initiatives dans ce sens. Dans le domaine de la traçabilité, l’interopérabilité doit être universelle.

L’introduction de la RFID nécessite-t-elle une refonte importante du système d’information des entreprises ?

Les changements concernent l’intégration des données dans le système d’information, donc les processus de type Enterprise Resource Planning (ERP, progiciel de gestion intégré).

Où trouve-t-on le plus grand potentiel pour les applications RFID ? Du côté du monde professionnel ou du grand public ?

D’un point de vue volume, c’est clairement dans le B-to-C (Business-to-Consumer). Mais la technologie sera d’abord adoptée dans le monde du B-to-B (Business-to-Business). La RFID favorisant la traçabilité, nous allons trouver une courbe d’adoption de cette technologie dans les secteurs de production qui sont les plus menacés par la contrefaçon (textile, pharmacie, automobile…).

La RFID est parfois critiquée car elle serait susceptible de nuire à la vie privée des consommateurs. Qu’en pensez-vous ?

Il existe des technologies, appelées “Kill The Tag”, qui permettent de détruire la puce après usage (après les achats d’un client à la sortie d’un magasin par exemple). Ces outils prennent en compte ce volet de la protection de la vie privée. Les anecdotes liées à des abus de la RFID me semblent exagérées. Maintenant, il paraît nécessaire d’installer un cadre règlementaire ou d’autorégulation afin que la protection de la vie privée soit assurée.

RFID : la deuxième grande vague du sans-fil après le téléphone mobile
Selon une étude In-Stat publiée en début d’année, le marché des tags RFID serait le plus prometteur dans le domaine du sans-fil depuis le lancement des téléphones mobiles. Le cabinet d’études américain (rattaché au groupe de communication Reed Elsevier) a estimé que ce marché allait passer de 300 millions de dollars en 2004 à 2,8 milliards de dollars en 2009. La RFID devrait avoir des impacts importants dans la plupart des secteurs d’activité dans la perspective d’améliorer les processus industriels.

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