Elysée 2017 : Twitter veut capter l’effervescence politique

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Twitter France monte un dispositif spécial pour couvrir l’actualité bouillonnante liée à la campagne présidentielle. Gare aux risques de débordement via les réseaux sociaux.

« Le carrefour d’info, de discussion et de débat citoyen ». C’est ainsi que Damien Viel, Directeur général de Twitter France, fait la jonction entre la politique et l’app communautaire qualifiée de plateforme de « news live ». Un statut qui s’accentue après le rachat de Periscope.

A l’instar de ce que l’on observe aux Etats-Unis dans la course à la Maison Blanche opposant Hillary Clinton à Donald Trump, Twitter veut être au centre des médias pour les prochaines échéances électorales courant 2017 en France : la présidentielle (23 avril et 7 mai) suivie des législatives (11 et 18 juin).

Pour contribuer à l’effervescence médiatico-politique, la branche hexagonale de la société Internet américaine a mis en place un nouveau compte dédié @TwitterPolFR et a ouvert un site Web thématique : https://aucoeurdesdebats.fr/.  Il permettra de décortiquer les volumes de tweets en temps réel autour des principaux débats télévisés des primaires et de l’élection présidentielle.

Le plateforme communautaire fournira aussi sa propre contribution en invitant des personnalités politiques. Arnaud Montebourg, candidat à la primaire de la gauche, sera le premier invité (mardi 18 octobre).

Le dispositif global multi-média spécial Elysée 2017 reste à peaufiner, admet Damien Viel lors d’une conférence de presse organisée dans les locaux parisiens de la société.

Simultanément, le réseau social a également établi une collaboration avec l’Ecole de journalisme de Sciences Po : une équipe spéciale d’étudiants, qui disposera de sa propre Twitter Room, interviewera les candidats à la présidentielle qui se rendront à Sciences Po et des experts et chercheurs en science politique.

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« Des formats éditoriaux seront calibrés pour le mobile », précise Alice Antheaume, Directrice Exécutive de l’Ecole de journalisme de Sciences Po

Risques de débordements

Damien Viel compte s’appuyer sur le côté conversationnel de Twitter pour « connecter directement les candidats à leurs électeurs ». Tout en poursuivant : « On va au-delà des codes traditionnelles de la politique et des élections et engager les gens à participer et à aller voter. »

Une belle profession de foi pour « que la liberté d’expression puisse s’exercer » mais quid de la gestion des risques de débordements comme les dénigrements voire les appels à la haine via Twitter ?

Damien Viel veut rassurer sur le « sujet majeur de la protection des utilisateurs » (15,1 millions de visiteurs uniques en France selon un pointage Médiamétrie de septembre). Il considère Twitter comme « une plateforme technologique neutre et d’information en direct, de plus en plus en vidéo ». Et balaie l’idée qu’elle serve de « miroir déformant des débats ».

Pourtant, au regard des tendances de sujets qui remontent à la rentrée (immigration, lutte anti-terrorisme, sécurité policière…) et amplifiés par des déclarations alarmistes de certains candidats aux primaires comme Nicolas Sarkozy ou de personnalités médiatiques comme Eric Zemmour, Twitter risque de se transformer en un défouloir.

Une ambiance électrique sur laquelle surfe déjà une « fachosphère » protéiforme (décriée par Libération) et le Front National, grand adepte des canaux de communication électronique pour relayer les positions de Marine Le Pen et de sa garde rapprochée.

Damien Viel rappelle qu’en cas de signalement de dénigrement sur Twitter, les contenus choquants seront supprimés ou les comptes supprimés. Même topo pour les sessions live de Periscope.

On se souvient que la cellule de communication de l’Elysée avait perdu la maîtrise de l’exercice video live de Periscope lors d’une visite effectuée début mars par le Président de la République François Hollande dans les locaux de Showroomprivé.

Là aussi, Damien Viel appelle à la vigilance avec l’usage de Periscope. « Il faudra pondérer des discours qui n’ont pas leur place (…) Comme sur Twitter, il existe une possibilité de signalement. »

Un filtrage pourra être effectué mais uniquement a posteriori de la session live. Néanmoins, l’app Periscope intègre désormais un système pour modérer les commentaires des internautes pendant les diffusions en direct.

Damien Viel préfère voir les usages positifs de la plateforme comme le recours au fact checking (le fait de vérifier en temps réel les propos des responsables politiques interviewés).

Twitter jouera un rôle important selon Harris Interactive

C’est une première en France : Twitter a commandé une étude* sur le thème  » Twitter dans la vie politique et les campagnes électorales » réalisée par Harris Interactive et commentée par Jean-Daniel Lévy, le Directeur du Département Politique & Opinion de l’institut de sondages.

Il est intéressant de signaler au préalable que les utilisateurs de Twitter « présentent une structure politique assez proche de l’ensemble de la population internaute ».

Parmi les principaux enseignements, on note que 53% des internautes interrogés mentionnent « qu’il leur arrive de voir des tweets sur le thème de la politique » directement sur Twitter ou relayés sur d’autres médias. Et 43% d’entre eux estiment que Twitter va jouer un « rôle important » dans les prochaines campagnes.

De là à agir comme une caisse de résonnance ? « Les messages diffusés dépassent les utilisateurs de Twitter », estime Jean-Daniel Lévy. Autre point souligné : les Français inscrits sur Twitter présentent un intérêt plus fort pour l’actualité politique en général (73%, et même 88% pour ceux qui sont actifs sur Twitter en matière politique, versus 67% pour les non-inscrits).

58% des internautes français inscrit sur le réseau social suivent des comptes Twitter de nature politique (des responsables ou des partis). 48% d’entre eux prennent le temps de liker des tweets de personnalités ou de formations politiques (dont 18% régulièrement).

On apprend aussi que 28% des Français utilisant Twitter déclarent avoir déjà suivi les résultats des élections par le biais de la plateforme.

Quitte à passer en mode underground ? En attendant les résultats officiels d’un scrutin, Twitter peut servir de canal « radio moquette » pour en savoir plus avant que les médias nationaux officiels (scrutés par le CSA) prennent le relais.

(Crédit photo NME : Damien Viel, Directeur général de Twitter France)


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