Etude INRIA : Les Français et le numérique, entre exploration, vigilance et révolte

L’INRIA a publié sa première étude sur le comportement des Français vis-à-vis du numérique et la compréhension de leurs usages (“communiquer”, “se soigner”, “voyager” ou encore “se divertir”).

La première édition de son baromètre sur “Les Français et le Nouveau Monde numérique” est réalisée par l’institut de sondages TNS Sofres auprès de 1200 Français de plus de 14 ans, en entretiens face à face.

Les résultats ont été publiés sur le site de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique,
ainsi que les sociologues attachés au projet.

Globalement, les Français sont très curieux (à 71%), et même enthousiastes (57%) envers ces technologies.

La proportion des personnes inquiètes à cause de l’évolution technologique (37%) n’est pas à négliger.

Et même celle de ceux qui se sentent exclus (17%), selon Guenaëlle Gault, responsable de l’étude chez TNS Sofres.

L’étude s’est donc attachée à faire apparaître des groupes-types d’usagers du numérique, en fonction de leur utilisation des technologies numériques, et de la confiance qu’ils leurs accordent :

Au rang des plus enthousiastes figurent les “grands explorateurs” (18% des Français), qui sont jeunes (moins de 34 ans), plutôt des hommes, rattachés à la catégorie CSP+ et urbains.

Ils font totalement confiance au numérique et en maîtrisent tous les outils.

Ils sont opposés aux “révoltés du numérique” (10%), qui ont généralement plus de 65 ans, habitent à la campagne et appartiennent aux catégories modestes.

Ils rejettent les nouvelles technologies qui leur sont proposées et ne sont pas en mesure de comprendre qu’ils en utilisent déjà sans le savoir“, considère l’étude à leur sujet.

L’INRIA a créé une application qui permet aux internautes curieux de découvrir à quelle catégorie ils appartiennent.

(La suite page 2 : les craintes que suscite le numérique)
Le numérique provoque des craintes, qui ne sont pas insurmontables

Si les Français sont très familiers des applications mis à disposition à travers leurs objets numériques du quotidien, ils restent très vagues sur l’impact des nouvelles technologies liées à  la vie en société et à l’économie.

Ainsi, lorsqu’on leur demande de citer ce qu’évoque pour eux le numérique, les réponses vont généralement vers les “devices” : de la TV connectée aux téléphones en passant par les appareils photos numériques et l’informatique individuelle.

Pas de citations pour la démocratie ou la transparence par exemple.

On vit le numérique, mais on le pense pas” résume Guenaëlle Gault. “On manque de compréhension” sur cet univers affirme-t-elle.

Ce qui explique peut-être que 87% des français voient un effet positif au numérique pour l’ouverture au monde, mais que 40% lui prêtent un effet négatif pour la liberté individuelle et le respect des droits (contre 30% un effet positif).

Pour diminuer la perception de risque, il faut plus de transparence, il faut retrouver le contrôle. Pour ça il faut pouvoir comprendre ce qu’il se passe [dans nos appareils et programmes],” propose Dominique Cardon, sociologue travaillant pour le compte des Orange Labs (France Telecom).

Il suggère notamment de généraliser les tableaux de bord (ou dashboards), permettant de voir et gérer les informations nous concernant échangées sur les réseaux.

Les Français considèrent aussi que le numérique est excellent pour développer les relations professionnelles et amicales. Mais ils sont plus réservés vis-à-vis de l’impact sur les relations familiales et amoureuses.

Pour réussir la migration vers le pays du numérique, les Français demandent une meilleure protection de la vie privée, un encadrement des jeunes assorti à une meilleure éducation, et la mise en place de codes déontologiques.

Selon Michel Cosnard, P-DG de l’INRIA, l’éducation serait le vecteur plus important pour développer “le bien-être numérique.”

Nous saluons en 2012 l’entrée des sciences du numérique au lycée“, ajoute-t-il.

Ce baromètre sur “Les Français et le Nouveau Monde numérique” est destinée à être renouvelé chaque année, en guise de suivi.

Dans une dizaine d’années, le monde sera entièrement interconnecté et les objets se parleront entre eux“, prédit Michel Cosnard.