F. Boutissou : “Erenis divise par deux les coûts d’accès au très haut débit”

Mobilité

L’opérateur alternatif, qui mêle fibre optique et VDSL, a levé 22,5 millions d’euros. Son PDG fait le point sur les développements.

Entouré d’un large cercle d’investisseurs ayant participé à un tour de table de 22,5 millions d’euros, Erenis, l’opérateur alternatif qui s’appuie sur le couple fibre et VDSL pour proposer des offres ultra haut débit, compte accélérer son déploiement dans Paris et la proche couronne (voir édition du 6 février 2006). Après le départ de Patrick Leleu survenu en fin d’année dernière, le cofondateur Frédéric Boutissou a repris les fonctions de PDG de la société. Il fait le point sur les prochains développements d’Erenis dans un contexte de fort développement de la fibre optique pour couvrir la capitale (voir édition du 4 janvier 2006).

Vnunet.fr: Dans quelles circonstances Patrick Leleu a quitté ses fonctions au sein d’Erenis ?

Frédéric Boutissou: Patrick Leleu a quitté ses fonctions de PDG il y a environ deux mois. J’ai repris ses fonctions. Il est vrai que Patrick Leleu est resté peu de temps chez Erenis [NDLR, il était officiellement arrivé chez Erenis en août 2005]. Je ne souhaite pas donner de précisions sur son départ. A l’origine, Patrick Leleu avait rejoint Erenis pour l’accompagner dans son tour de table. Pour différentes raisons, cela ne s’est pas fait comme nous le souhaitions mais ce tour de financement a pu être finalisé comme prévu. Après trois ans, le projet d’Erenis a atteint toute la mâturité nécessaire à son épanouissement, quels que soient les hommes qui pilotent.

Cette levée de fonds intervient dans un contexte d’effervescence de l’ultra haut débit sur Paris. C’est un point positif pour vous ?

Erenis existe depuis trois ans et ce nouveau tour de table va nous permettre d’accélérer notre développement. Nous sommes partis à l’avance et nous allons donner un coup d’accélérateur au développement d’Erenis. Nous avons raccordé 900 immeubles dans onze arrondissements parisiens. Cela représente environ 30 000 logements raccordables. Nous espérons atteindre les 85 000 logements d’ici la fin de l’année. En avril, nous lancerons également des offres spécifiques à destination des TPE et PME.

Comment allez-vous investir la télévision haut débit ?

Erenis va se concentrer sur le développement d’un service vidéo disponible en avril. Nous serons le premier réseau à proposer de la télévision haute définition à travers notre set top box sous MPEG-4/HD conçue par Netgem. Nous allons lancer une offre gratuite de télévision incluant les 18 chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT), ainsi que 10 à 15 autres canaux audiovisuels français ou étrangers. Nous discutons avec Canalsat et TPS pour intégrer leur bouquet à notre offre. En complément, nous proposerons des mini-bouquets thématiques (cinéma, sport, musique?). Nous proposerons également des offres spécifiques. Par exemple, nos clients de la communauté chinoise du XIIIème arrondissement de Paris, dans lequel Erenis est bien implantée, nous demandent un accès à des chaînes de télévision de leur pays.

Comment assurez-vous la commercialisation de vos offres ?

Nous effectuons de la communication ciblée et du marketing direct dans les immeubles qui sont raccordés à notre réseau. Les premiers résultats sont encourageants. Après six mois d’installation dans un immeuble, entre un tiers et un quart des occupants deviennent clients d’Erenis, ce qui fait de nous le premier réseau alternatif derrière France Télécom. Nous disposons d’une équipe commerciale en charge de la relation clientèle. Cela va évoluer en 2006 : nous avons été labellisés par la Ville de Paris autour du projet de création de quartiers numériques à très haut débit. En raccordant au fur et à mesure des immeubles mitoyens, Erenis crée des concentrations très fortes dans certains quartiers. C’est le cas autour de la place d’Italie dans le XIIIème arrondissement ou la zone située entre Porte Bagnolet et Porte de Vincennes. Nous pouvons commencer dans ce cas à nous intéresser à des relais de distribution locaux.

D’un point de vue technologique, quel est l’avantage d’exploiter le couple fibre + VDSL ?

Le très haut débit repose toujours sur de la fibre. Ensuite, il existe des déclinaisons comme la FTTH (Fiber to the Home) pour emmener la fibre jusqu’au domicile, la FTTB (Fiber To The Building) mais aussi la FTTC (Fiber to The Curb) que France Télécom a testée afin d’emmener la fibre jusqu’au niveau du sous-répartiteur. L’enjeu est de réduire la boucle locale afin d’accèder au très haut débit. Nous avons retenu le modèle FTTB compte tenu des contraintes pour les connexions dans les logements. Notamment, l’accès au réseau local dans le logement pour lequel nous avons choisi de réutiliser le réseau téléphonique déjà existant et qui est très performant. Du coup, l’installation de l’équipement d’Erenis chez nos abonnés est très peu intrusive. En plus de l’aspect pratique, la FTTB présente un avantage économique non négligeable. La FTTH suppose d’utiliser des équipements et des techniques de raccordement très coûteux alors que la solution d’Erenis divise par deux les coûts d’accès au très haut débit.

Pour les abonnés finaux, cela se traduit-il par des offres “fibre + VDSL” moins chères que les formules “100% fibre” ?

Difficile à dire car il existe peu d’éléments pour comparer. CitéFibre reste très expérimental sur Paris. Dans l’agglomération de Pau (Pyrénées-Atlantiques) qui a déployé un réseau de fibre optique, les chiffres officiels sont très défavorables en termes de capitaux investis par abonné. Mais nous sommes persuadés que les clients sont prêts à payer pour des services premium liés à l’ultra haut débit. Par exemple, dans un réseau d’accès aux Etats-Unis, l’option Haute Définition (HD) est facturée aux abonnés 10 dollars par mois. D’autres exemples de services payants vont apparaître comme un outil de publication de contenus personnels qui va bénéficier d’un upload supérieur.

Qu’attendez-vous de la VDSL 2 qui va arriver en juin sur votre réseau ?

La normalisation est en bonne voie et devrait être disponibles dans les dix prochains mois. Mais nous rencontrons un problème technique : les équipements n’existent pas en l’état actuel. Honnêtement, nous sommes déjà capables de monter à 50 Mbit/s dans 90% des cas. Avec la VDSL2, tout s’améliore de manière linéaire mais nous devons davantage nous préoccuper du volet des services que de la montée en débit.


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