France Telecom : “Aucun acte malveillant recensé sur les câbles sous-marins”

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Le directeur adjoint de la stratégie réseaux internationaux chez l’opérateur revient sur les incidents de câbles sous-marins survenus fin 2008.

Les incidents sur des câbles sous-marins en mer Méditerranée survenus en fin d’année dernière ont entrainé des perturbations dans les communications par réseaux télécoms entre l’Europe, le Maghreb, Moyen-Orient et Asie, les raisons officielles ont laissé la place aux thèses et rumeurs en tout genre. Selon les premières constatations, les coupures auraient été causé par des mouvements sismiques ou accidentels (ancre de navires).

La rédaction de Vnunet.fr a souhaité comprendre comment de tels incidents peuvent survenir et quels sont les moyens mis en oeuvre par les gestionnaires de ces infrastructures sous-marines pour minimiser les impacts sur les télécommunications.

Philippe Recco, directeur adjoint de la stratégie réseaux internationaux chez France Telecom, a accepté de répondre à quelques questions. (Interview réalisée le 16 janvier 2009)

Vnunet.fr: Pourriez-vous nous expliquer comment vos services ont pris en charge les réparations après la détection de l’incident survenu fin décembre 2008 ?
Philippe Recco: Lorsqu’un ou plusieurs câbles sont coupés, la première mesure est de re-router le trafic sur d’autres câbles sous-marins ou sur des routes alternatives terrestres lorsqu’elles existent. Ce re-routage est mis en oeuvre pour les opérateurs qui ont choisi cette option de sécurisation, laquelle n’a rien d’obligatoire. Ce qui peut expliquer les interruptions de service ou les ralentissements Internet observés dans certaines régions ou avec certains opérateurs. Ces opérations sont préparées longtemps à l’avance dans le cadre de plan de secours pré-établis pour faire face à ces situations.

La diversité de routes du réseau de France Télécom a permis à la majorité de ses clients d’être relativement faiblement perturbés lors des coupures survenues en 2008 sur l’axe Europe-Asie. Dès localisation de la faute grâce à des mesures optiques et électriques depuis les stations terminales, au plus tard quelques heures après le constat de la coupure, la mobilisation des navires est assurée par l’autorité de maintenance compétente sur la portion de câble en cause.

Hors temps de parcours entre le port d’attache du navire et le site de la panne, une réparation dure en moyenne trois jours par faible profondeur (de l’ordre de 1500 mètres) et cinq jours au-delà. Le relevage du câble coupé permet ensuite l’analyse des traces des dommages et permet de donner des indications sur les causes probables : mouvement sismique, ancre ou engin de pêche type chalut, défaut d’isolement et corrosion de l’armure.

Vnunet.fr: Le thèse d’un acte malveillant est donc écartée ?
P. Recco: Comme l’ensemble des opérateurs européens, FT n’a jamais eu à faire à des actes malveillants.

Vnunet.fr: Combien de câbles possédez-vous à ce jour ? Et comment gérez-vous leur surveillance ?
P. Recco: France Télécom est co-propriétaire de plus de 50 câbles et a acquis de la capacité sur une dizaine d’autres câbles, ce qui représente plus de 300 000 kilomètres. Cette diversité est déjà en soi un moyen efficace de protéger la majeure partie du trafic en cas de panne, même simultanée sur plusieurs câbles. De plus, la plupart des opérateurs ont adopté une politique de prévention contre les croches. Dans notre cas, la cartographie des câbles sous-marins dans les eaux territoriales et jusqu’à 1500 mètres de profondeur est publique sur le site sigcables.com afin de protéger les câbles, tout en assurant la sécurité des usagers de la mer et prévenir les croches.

En outre, des campagnes d’information sont régulièrement organisées dans la presse spécialisée pour les professionels de la pêche. Enfin, France Télécom communique les positions des câbles au Service Hydrographique et Océanique de la Marine (SHOM) qui, entre autres, édite les cartes marines des approches côtières et est en liaison avec ses homologues européens au travers de l’International Hydrographic Organisation.

Grâce à ces mesures, il n’y a eu, sur les deux dernières années, que deux coupures sur les approches Métropole et DOM sous notre responsabilité. D’autres opérateurs privilégient des moyens de détection sophistiqués tels que des radars proches des stations sous-marines, voire des patrouilles navales ou aériennes afin de prévenir les interruptions.

Vnunet.fr: Avez-vous des projets en cours pour étendre votre réseau sous-marin ?
P.Recco: Nous sommes particulièrement impliqués sur le contient africain et dans l’océan indien. L’année 2009 verra la mise en service de “LION”, qui reliera l’île Maurice, l’île de la Réunion et Madagascar à l’Afrique d’une part, à l’Asie d’autre part, et par delà au reste du monde. Ce sera la première connexion de Madagascar par câble en fibres optiques, et une route alternative pour la Réunion et Maurice permettant la sécurisation de leurs communications. France Telecom, ses filiales, et de grands groupes de télécommunications de la région ont signé en décembre dernier un accord pour la mise en place d’un nouveau câble qui reliera l’Europe à l’Afrique de l’Ouest dans les prochaines années. Enfin, nous investissons régulièrement avec nos partenaires pour l’augmentation des capacités sur les câbles existants sur les routes Europe-Afrique (capacité multipliées par quatre) et Europe-Asie (capacité multipliée par deux). La région Caraïbes est aussi un enjeu majeur en 2009, où France Telecom prévoit de multiplier les capacités entre les Caraïbes et les Etats-Unis, en prolongement ensuite vers l’Europe avec un doublement de notre capacité transatlantique.


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