Free veut rester au-dessus de la mêlée des opérateurs alternatifs

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Sa maison-mère Iliad a fait le point sur ses résultats et sa stratégie. Au menu : dégroupage, V5 Freebox, Voix et TV sur IP, fibre optique…

Free tient à se montrer pugnace sur le marché du haut débit. Le groupe Iliad, qui exploite ce service d’accès, a présenté mercredi matin ses résultats financiers sur l’année 2005 (voir encadré en bas de l’article).

“Nous avons renforcé notre position de FAI numéro un alternatif”, considère Michaël Boukobza, Directeur général du groupe Iliad. Une posture qui permet de répliquer à Neuf Cegetel qui vient le titiller sur le haut du podium (voir article du 10 février 2006). Le manager du groupe Iliad a précisé que la “croissance” observée sur le premier trimestre 2006 est identique à celle observée à la même période l’année dernière. Mais il n’a pas donné de détails chiffrés.

Place aux bonnes performances : Free recense presque 1,6 million de clients ADSL à fin décembre 2005. 70% de la base d’abonnés sont exploités sur des lignes dégroupées mais la répartition des clients entre dégroupage total et dégroupage partiel n’est pas communiquée.

La location de la fibre optique par France Télécom jugée intéressante

Sur le front du réseau, Free annonce que la migration de son réseau vers l’ADSL 2+ est achevée. Tous les clients en dégroupage total du FAI peuvent bénéficier d’un débit pouvant atteindre 20 Mbit/s en ATM (comptez entre 17 et 19 Mbit/s en IP).

Free souhaite étendre le dégroupage de manière géographique en s’appuyant sur la nouvelle offre de location de fibre optique émise par France Télécom avec la bénédiction de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) qui a été rendue publique la semaine dernière. “C’est une offre satisfaisante. Nous sommes en train de l’étudier”, commente Michaël Boukobza. Mais Free n’adhère pas à l’idée de la fibre optique à domicile (fiber to the home, FTTH) et à la promesse du 100 Mbit/s malgré les premiers pas de France Télécom et d’acteurs alternatifs comme CitéFibre ou Erenis dans la région parisienne. Le FAI réitère sa volonté de donner la priorité à l’ADSL et au dégroupage cette année. L’une des principales réticences porte sur le modèle économique du FTTH jugé précaire.

VoIP, TV sur IP : les deux succès de Free en termes d’usage

En matière de voix sur IP, c’est Free qui vulgarise le plus ce concept en France. 1,3 million de ses clients utilisent la Freebox pour téléphoner. “L’acte de décès de la téléphonie traditionnelle commutée est annoncée”, prédit Michaël Boukobza.

C’est une très mauvaise nouvelle pour les opérateurs historiques européens comme France Télécom. Mais le groupe Iliad sera également touché par ce mouvement inéluctable à travers les services de téléphonie fixe OneTel et les cartes pré-payées Kertel. “Ces services vont subsister mais nous n’investissons plus dessus”, précise Olivier Rosenfeld, directeur financier du groupe.

Au 31 décembre 2005, OneTel comptait encore 298 000 abonnés facturés (contre 328 000 à fin juin 2005). Quant à Kertel, ce pôle a vendu 1,6 million de cartes au quatrième trimestre. “En baisse”, avait précisé Free dans sa première communication financière sur les résultats 2005 émise le 10 février.

Free peut se montrer également fier de ses efforts en matière de développement de la télévision par IP. Il recense 1,1 million d’abonnés qui regardent le bouquet gratuit Free TV. 195 000 d’entre eux ont choisi de prendre des options audiovisuelles payantes (menu de 63 chaînes à la carte, bouquets thématiques?). Le groupe Internet est fier de ses innovations technologiques en matière de télévision interactive comme le Freeplayer (un média center “maison”), la fonctionnalité multi-postes et la vidéo à la demande développée avec CanalPlay (groupe CanalPlus). Depuis son lancement en fin d’année dernière (voir édition du 12 décembre 2005), le groupe Internet recense 350 000 films consommés en VOD sur sa propre plate-forme.

Interrogé sur une éventuelle intégration des chaînes du groupe TF1 et M6 dans le bouquet Free TV, Michaël Boukobza reste peu disert. Free affirme être partant mais une saisine devant le Conseil de la concurrence et un problème notoire d’incompatibilité d’humeur entre dirigeants des groupes freine les négociations. “Il n’y a rien de nouveau du côté de la sphère des chaînes du groupe TF1. Quant au groupe M6, nous disposons de ses chaînes thématiques mais pas de la chaîne principale”, commente Michaël Boukobza. Compte tenu du bouleversement du paysage audiovisuel français avec le rapprochement de TPS et de Canalsat, le groupe Iliad espère que la situation va se débloquer.

Selon une récente indiscrétion de Satellifax, la chaîne M6 demanderait 5 millions d’euros par an pour une reprise par ADSL (ce qui concernerait notamment le bouquet Free TV). “Il serait suprenant qu’une chaîne hertzienne gratuite exige un paiement (?) De toute façon, notre groupe ne commente pas les rumeurs journalistiques”, affirme le directeur général.

Des perspectives modestes et pourtant?

Pour l’année 2006, Free prévoit de disposer d’une base de deux millions de clients haut débit, ce qui est un objectif modeste au regard de ses performances sur 2005. Rappelons que le service d’accès Internet haut débit avait atteint la barre du million d’abonnés en décembre 2004, en avance de ?six mois sur ses prévisions initiales (à l’origine, ce niveau devait être atteint en juin 2005). 75% de sa base d’abonnés sera exploitée en mode dégroupage d’ici fin 2006.

Sur le front des produits, on attend cette année le lancement de la V5 de la Freebox qui “sortira avant la rentrée des classes de septembre” selon Michaël Boukobza. “Les innovations, comme la télévision haute définition, seront ouvertes progressivement”, précise le représentant de Free.

A propos de la convergence fixe-mobile, Michaël Boukobza reste stoïque. “C’est un terme à la mode mais on ne fera pas d’effet d’annonce sur le sujet”, déclare-t-il alors son concurrent Neuf Cegetel teste un dispositif dédié autour du Beautiful Phone(voir édition du 25 novembre 2005). “C’est cher et complexe (?) Au-delà du principe de la facturation unique, le plus intéressant serait l’évolution de la tarification”, commente le dirigeant d’Iliad.

Quant à la licence nationale Wimax obtenue à la suite du rachat d’Altitude Télécom en juillet 2005 (voir édition du 5 septembre 2005), Michaël Boukobza a confirmé sa vision floue du véritable décollage de ce marché. “La technologie n’est pas mature. Nous attendons l’arrivée des puces WiMax d’Intel dans les portables prévues en 2008. A nous ensuite de produire un service au regard des équipements WiMax et qui répond aux besoins des utilisateurs”.

Les chiffres-clés du groupe Iliad en 2005
Indicateurs Résultats
Chiffre d’affaires 724,2 millions d’euros (+47% en un an)
Ebitda 224,3 millions d’euros(+99%)
Résultat net 68,9 millions d’euros (+69%)
Répartition des revenus Secteur Internet : CA de 578,1 millions d’euros (environ 80% du CA global), téléphonie traditionnelle (136 millions d’euros), autres (10,1 millions d’euros)
Revenu moyen par abonné haut débit 32,2 euros au quatrième trimestre 2005 (30,1 euros au premier trimestre 2005)

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