Google veut capter le trafic DNS et accélérer le Web

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Google teste un nouveau service en lien avec l’infrastructure du World Wide Web: Google Public DNS. Quelles sont ses intentions ? Un expert de l’AFNIC propose ses réflexions à ce sujet.

Et si Google rachetait Internet ? Hypothèse farfelue ? En tout cas, Google a l’art de laisser planer le doute. Car le groupe Internet s’attaque au système DNS, un élément vital du World Wide Web qu’il compte accélérer.

Pour rappel, les serveurs DNS permettent de résoudre une adresse IP en nom de domaine (exemple: le nom de domaine “itespresso.fr” correspond à l’IP 62.128.130.61).

Le service baptisé Google Public DNS, actuellement en cours de test, vient s’ajouter à la grande liste de services qui prêtent à polémique, à l’instar de Google Street View dans le domaine de la cartographie (en exploitation commerciale).

D’ailleurs, des questions subsistent sur l’intérêt de Google à proposer un outil – surnommé parfois DNS menteur – déjà proposé par certains prestataires indépendants (comme Open DNS) ou des fournisseurs d’accès (SFR-Neuf) qui se rémunèrent grâce à la publicité sur les pages de requêtes qui ne trouvent pas de réponses.

La guerre du DNS

Stéphane Bortzmeyer, architecte réseau à l’AFNIC (organisme pour le nommage Internet en France),  a donné un avis complet sur le nouveau service par le biais de son blog,

“Google l’emporte sur OpenDNS, non seulement en honnêteté mais aussi en vitesse. Il n’y a donc vraiment aucune raison pratique d’utiliser OpenDNS”, estime-t-il.

Il faut dire que le service Open DNS est notamment connu pour ses pratiques de namespace mangling (manipulation de l’espace des noms de domaine) que dénonce l’AFNIC.

Rien de tout cela chez Google pour l’instant, le moteur précisant d’ailleurs qu’il ne conservera les données de navigation pendant une durée de 24 à 48 heures.

Le spécialiste de la recherche sur Internet déclare qu’il souhaite uniquement donner à l’utilisateur “la réponse exacte à la requête formulée par son ordinateur sans que soit pratiqué le moindre blocage, filtrage ou redirection qui pourrait compromettre son expérience de navigation”.

Autre argument : la sécurité, largement mise en avant par le moteur. “Google promet que ses résolveurs* mettent en œuvre toutes les bonnes pratiques actuelles, ce qui est la moindre des choses” écrit Stéphane Bortzmeyer.

L’expert reste néanmoins perplexe quant aux prétendues bonnes intentions de Google.

“Externaliser son courrier à Gmail (ou son DNS à Google DNS), est une chose. Externaliser tous ses services en est une autre. Cela revient à avoir la même entreprise qui serait à la fois votre banque, votre médecin, votre épicier et votre garagiste…”, commente Stéphane Bortzmeyer.

En guise de conclusion, l’expert spécule sur les pistes que Google pourraient explorer pour en tirer profit : exploiter l’information recueillie pour améliorer le moteur de recherche, vendre cette information (sous l’angle “quels sont les domaines les plus consultés/utilisés”)…

* DNS Resolvser (littéralement “résolveur DNS” en français) : Application permettant de trouver l’adresse IP correspondant au nom d’un serveur hôte.

Le DNS made in Google, mode d’emploi
Actuellement en version de test, le service DNS peut être utilisé sur n’importe quel ordinateur. Les adresses sont 8.8.8.8 comme DNS primaire et 8.8.4.4 comme DNS secondaire. Sur le site officiel du service (en anglais), Google livre tous les détails pour configurer les serveurs sur un poste de travail fonctionnant sous Windows, Mac OS X ou Linux.

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