Hartwig Tauber (FTTH Council) : “La fibre optique à domicile doit devenir un marché de masse en Europe”

Mobilité

Selon l’organisation fédérant des groupes industriels impliqués dans le déploiement de cette technologie à très haut débit, les enjeux sont considérables.

“L’Europe à la vitesse de la lumière”… Dans l’esprit de l’ European Fibre-To-The-Home Council, la lumière évoque la fibre optique quand elle est activée. Sous cette bannière fédératrice, cette organisation professionnelle, regroupant une quarantaine de membres issus des mondes universitaire et high-tech (avec Cisco, Alcatel ou Siemens), monte un séminaire sur le déploiement de la fibre optique en Europe qui se tiendra début février à Amsterdam*.

Créé en avril 2004, l’ European Fibre-To-The-Home Council a vocation à sensibiliser les pouvoirs publics sur les avantages liés à cette technologie à très haut débit. Hartwig Tauber, professeur à l’Université de Krems en Autriche et président de cette organisation, estime que le déploiement de la fibre optique en Europe est une nécessité pour être compétitif vis-à-vis des autres blocs régionaux.

Vnunet.fr : Pourquoi considérez la fibre optique à domicile (FTTH) comme la nouvelle génération des réseaux haut débit ?
Hartwig Tauber : La fibre donne accès à un niveau illimité de bande passante qui permet de passer du mégabit au gigabit, voire au térabit, sans remplacer l’infrastructure. C’est vraiment la technologie la plus sophistiquée à long terme pour exploiter à fond le haut débit et les services associés. Elle donne une garantie de satisfaction en termes d’usages. Si vous prenez par exemple le cas d’un foyer, le père peut regarder la télévision haute définition, la mère peut visionner un film à la demande et les enfants peuvent jouer en réseau. Seule la fibre permet de répondre convenablement à l’ensemble des activités liées au divertissement.

Dans quelle mesure l’Europe serait-elle plus compétitive si elle développait des réseaux d’infrastructures en fibre optique ?
Aux Etats-Unis et en Asie, la FTTH est déjà un marché de masse. Nous pourrions envisager une nouvelle ère où l’économie serait tournée vers le haut débit. Cela favoriserait l’essor du télétravail ou des vidéoconférences. L’avenir de l’Europe passe par l’industrie des services et le travail sur les connaissances. Je pense aux nouvelles formes de télémédecine, par exemple. C’est une vision de développement à moyen terme qui nous motive. Mais il est nécessaire de s’y engager maintenant.

En Europe, comment est introduite la FTTH ?
Clairement, nous ne nous situons pas dans un marché de masse mais nous avons dépassé le stade expérimental. En Europe, on recense 150 projets liés à la FTTH. La plupart d’entre eux sont montés pour couvrir une toute petite partie de la population (plusieurs centaines ou plusieurs milliers de foyers). Les Pays-Bas et la Belgique sont bien avancés dans ce domaine, compte tenu de la concurrence entre opérateurs (télécom, câble?) pour toucher directement le client à son domicile. Il est difficile d’établir un classement des cinq premiers pays impliqués en Europe mais on peut citer les cas du Royaume-Uni et de l’Italie. En France, je pense qu’il y a des opportunités pour des opérateurs dans ce sens, parallèlement aux projets soutenus par des collectivités.

Estimez-vous que la Commission européenne et les autorités de régulation des télécommunications des pays de l’UE soutiennent suffisament le déploiement de la fibre ?
Les initiatives sont très timorées. Le FTTH Council s’attache à transmettre des informations aux autorités européennes sur le potentiel de la fibre. Il n’y a pas réellement de ligne conductrice : certes, la Commission européenne émet des recommandations sur le haut débit mais ne précise quelles sont les technologies à adopter. Dans un document des autorités européennes datant de novembre 2004, il est stipulé que le réseau haut débit dont l’Europe aurait besoin est déjà en place. Je pense que cela ne reflète pas la réalité. La définition même de haut débit n’est pas claire au niveau européen.

La construction d’un réseau paneuropéen haut débit est-elle réaliste ?
Nous pouvons toujours en rêver (sourire). Sans un schéma conducteur clair qui porterait notamment sur les modalités de financement et sans réelle impulsion politique, cela me paraît difficile.

*”Europe at the speed of the light”, un séminaire organisé par European Fiber To The Home Council entre le 2 et 3 février 2005 au Grand Hotel Krasnapolsky d’Amsterdam.


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