Haut débit : le choix des ondes radio

Mobilité

ATDI, discrète société française positionnée dans les domaines de planification et d’administration d’infrastructures réseaux de radiocommunications, pourrait bien jouer un rôle clé dans les deux ans à venir dans l’Internet haut débit en France. L’ART vient en effet de lui confier une licence d’expérimentation d’un an afin de tester la bande de fréquence radio autour des 40-41 GHz. Cette fréquence permettrait d’atteindre des débits de 4 Mbits/s. Autrement dit, la diffusion de programmes multimédias serait réalisable. Cette technologie, qui repose sur les ondes radio, peut-elle concurrencer la boucle locale radio ? Est-ce la fin prématurée de la BLR ? Enfin, à qui véritablement va-t-elle s’adresser ? Va-t-on connaître comme avec la boucle locale radio un changement au dernier moment du public visé ? Autant de points sur lesquels le DG d’ATDI, David Missud, nous apporte son éclairage.

VNUnet : L’ART vient de vous accorder une licence d’expérimentation sur la bande fréquence des 40-41 GHz. Quelle est la particularité de cette fréquence ?

David Missud :Cette nouvelle technologie de télécommunications est proche de celle de la boucle locale radio dans la mesure où elle utilise elle aussi des ondes radio pour l’accès à Internet. Toutefois, les débits proposés seront très différents. En utilisant la bande de fréquence des 40-41 GHz, les opérateurs pourront assurer un débit de 4 Mbits/s. Autrement dit, cette technologie dépasserait très largement ce qui se fait ou ce qui se fera dans un proche avenir. Pour le moment, nous en sommes encore à la phase d’expérimentation qui devrait durer une année. Après, ce sera à l’ART de se prononcer sur la commercialisation ou non de cette fréquence. En étant raisonnablement optimiste, on peut estimer que fin 2002, un appel d’offre sera lancé pour l’attribution de ces fréquences et que peu de temps après la technologie sera proposée.

VNUnet : Avec de tels débits, quelle sera la place de la BLR ?

David Missud :Les deux technologies ne s’adressent pas du tout au même marché. Aucun opérateur ne considère aujourd’hui sérieusement la piste de la boucle locale radio pour les résidentiels. Cette technologie est extrêmement coûteuse à mettre en place pour un opérateur, entre 20 000 et 50 000 francs par abonné. En revanche, elle semble correspondre aux besoins des entreprises. La bande de fréquence des 40 GHz se destine au contraire au grand public.

VNUnet : Qu’est-ce qui empêchera les entreprises de l’utiliser ?

David Missud :Les entreprises cherchent à rassembler leurs solutions autour d’une seule offre. Or cette fréquence ne permet pas de faire de la téléphonie, ce qui en limitera son adhésion auprès des entreprises. En fait, techniquement, cela serait possible, mais c’est avant tout une décision politique. Aujourd’hui, la téléphonie est possible sur la BLR et ce ne serait pas intelligent de créer une offre supplémentaire qui viendrait effectivement concurrencer de manière directe la boucle locale radio.

VNUnet : Avec un débit de 4 Mbits/s, que sera-t-il possible de faire ?

David Missud :Il reste bien sûr encore à définir les services, mais d’ores et déjà on peut imaginer regarder en streaming un film de la qualité d’un DVD sur son PC. L’internaute surfera par exemple avec un débit de l’ordre de 1 Mbit/s, et lorsqu’il voudra regarder un film, jouer ou écouter de la musique, il aura alors la possibilité d’avoir du très haut débit. C’est ce que l’on appelle le débit garanti ajusté à la demande. La vidéoconférence aujourd’hui assez médiocre sera véritablement possible avec un tel débit.

VNUnet : La technologie nécessite-t-elle de nouveaux équipements ?

David Missud :Au delà des 10 GHz, on est obligé de travailler à vue. C’est-à-dire que la station de base doit être visible de l’antenne des particuliers. On retrouve donc le principe de la BLR. Toutefois, un certain nombre de points diffèrent. Plus on monte en fréquence, plus les antennes sont petites, donc il sera nécessaire de

changer ces antennes. Concernant le rayon d’action des stations de base, il diffère lui aussi de la BLR. Le 40 GHz est en effet sensible à la pluie. Alors que la couverture de la BLR est d’un rayon maximum de 3 à 6 km, le 40 GHz peut tomber à 2 km, pour atteindre aussi un maximum de 6 km. Malgré tous ces investissements, cette fréquence devrait être moins chère que les autres accès haut débit. C’est du moins ce que nous annoncent les équipementiers.

VNUnet : Est-ce que la technologie sera suffisamment bon marché pour couvrir véritablement les zones rurales ?

David Missud :Même si la bande de fréquences des 40-41 GHz sera moins coûteuse que la BLR, on retrouve cette même problématique en ce qui concerne les zones à faible densité de population. Cette nouvelle technologie devrait concerner principalement des villes ayant une population d’environ 100 000 habitants [il y a, à ce jour, 37 villes de plus de 100 000 habitants en France, Ndlr].

VNUnet : Quand débuteront les premiers tests ?

David Missud :Notre station de base sera opérationnelle courant juin. Notre expérimentation concernera le 8ème arrondissement de Paris. Outre la technologie, nous essayerons véritablement de travailler à l’intégration de nouveaux services. Il s’agira de travailler sur le streaming, de mettre au point par exemple un portail de diffusion de films et bien d’autres choses…

VNUnet : Vous pensez donc qu’en matière de haut débit, ce sera la technologie de référence ?

David Missud :Concernant le rapport qualité/prix, cela ne fait aucun doute. Il est certes possible de faire du 50 Mbits/s avec de la fibre optique, mais à quel prix ? Aujourd’hui, une ligne spécialisée à 2 Mbits/s coûte tout de même 20 000 francs par mois. Concernant l’ADSL, on plafonne autour de 1 Mbit/s. Reste la technologie X-DSL qui peut atteindre un débit de 6 Mbits/s, mais sa portée est de l’ordre des 300 mètres… Quant aux satellites, le prix est encore trop prohibitif et surtout cela ne permet pas véritablement d’offrir les mêmes débits en voie ascendante que descendante. Cette avancée technologique ne concerne pas seulement la France. Singapour a déjà attribué des licences 41 GHz et la Grande-Bretagne voulait déjà déployer cette technologie début 2001. Aujourd’hui, tout le monde l’envisage sérieusement.

VNUnet : Si l’ART décide de lancer un appel d’offre sur cette bande de fréquences, serez-vous candidat ?

David Missud :Nous avons deux solutions. Soit on décide de revendre l’expertise que nous avons acquise au cours de l’expérimentation, soit effectivement nous postulons à une licence. Dans le dernier cas, nous nous allierons alors avec des partenaires. Mais aujourd’hui, les deux choix sont envisagés.


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