Interconnexion : OVH dit non au peering payant de SFR

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OVH s’oppose à une facturation du peering (interconnexion réseaux) poussée par SFR. Son patron suggère même une certaine influence d’Eric Besson en sous-main. Enquête.

Si la récente affaire entre le fournisseur d’accès Orange et l’opérateur de transit IP Cogent a fait couler beaucoup d’encre, une nouvelle polémique pointe le bout de son nez entre OVH et SFR cette fois-ci.

Dans un message publié sur les forums destinés aux clients de a société, Octave Klaba, fondateur et directeur technique d’OVH, laisse entendre que SFR souhaiterait entamer des “discussions” autour de la mise à niveau de l’interconnexion directe (peering privé) entre les réseaux de l’opérateur et celui de l’hébergeur.

“Il y a 2 jours, nous recevons un e-mail de la part de SFR disant ‘on souhaite discuter avec vous sur l’évolution du
peering privé’ (…) Ce que veut dire en substance ‘on souhaite vous facturer le peering’ (…)” ,
commente Octave Klaba.

Pour un acteur comme OVH (numéro 2 en Europe sur le marché de l’hébergement), le peering est une composante majeure de son infrastructure mais aussi de son modèle économique : l’interconnexion sert à la fois à améliorer la qualité de connectivité à son réseau mais aussi, dans une certaine mesure, à abaisser les coûts d’achat de transit IP à des opérateurs tiers.

Au regard des prix discount pratiqués par l’hébergeur, un paiement de l’interconnexion directe vers les fournisseurs d’accès Internet (FAI) pourrait entraîner un bouleversement de son business model.

Qui doit payer ?

On l’a vu avec la polémique Orange-Megavideo-Cogent : les FAI veulent désormais faire payer les hébergeurs et éditeurs de contenus ou leurs intermédiaires comme les réseaux de diffusion de contenus (content delivery network ou CDN) type Akamai.

Principale raison invoquée : une relation de plus en plus asymétrique dans l’échange de trafic (plus de trafic envoyé dans un sens que dans l’autre).

En ce qui concerne OVH, les interconnexions (peering) avec Orange, Free, SFR, Numericable et Bouygues Telecom “sont gratuites mais avec une utilisation raisonnable”, selon le point de vue d’Octave Klaba.

En d’autres termes : il s’agit de respecter un ratio de trafic proche de l’égalité dans un sens comme dans l’autre.

Si l’on suit ce raisonnement, l’utilisation “raisonnable” serait donc dépassée, contraignant SFR à mettre à niveau son infrastructure et faire payer OVH pour cela.

“Depuis 1 an, le trafic a augmenté de moins de 10%” , rétorque Octave Klaba. Preuve à l’appui en publiant un graphique correspondant à l’interconnexion régionale directe avec SFR sur Lyon.

Interconnexion régionale à Lyon entre OVH et SFR / Graphique annuel / Source OVH

Le dirigeant poursuit : “Cette croissance de moins de 10% correspond à la croissance de SFR qui a gagné de nouveaux clients et ces nouveaux clients viennent chercher le contenu sur les sites de nos clients.”

Il va même jusqu’à avancer que contrairement à des éditeurs ou hébergeurs concurrents, sa société n’est pas “un acteur sur l’hébergement des vidéos et donc l’augmentation de la bande passante est très faible en France”.

Avant d’ajouter : “Il ne se passe même rien. Sur les 360 gigabits par seconde qu’Ovh écoule, moins de 20% va vers les fournisseurs d’accès français.”

(Lire la suite de l’enquête page 2)


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