Internet, un réseau à liberté variable

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Contrôle, censure et arrestations arbitraires sont le lot quotidien des internautes qui se risquent à s’exprimer ou même s’informer sur la Toile dans certains pays totalitaires. Même sous les régimes démocratiques, la libre existence d’Internet n’est pas définitivement acquise, s’inquiètent les rapporteurs de l’association Reporters sans frontières.

“Internet est l’un des vecteurs les plus solides de la liberté. Il offre la vérité à ceux qui veulent la voir et l’entendre. On ne s’étonnera donc pas que certains gouvernements et organismes craignent Internet et sa capacité à faire connaître la vérité”, écrit Vinton G. Cerf, vice président de l’Icann dans son introduction au rapport de Reporters sans frontières intitulé Internet sous surveillance, les entraves à la circulation de l’information sur le réseau. Si dans les pays démocratiques, la liberté d’expression est, d’une manière générale, admise et respectée dans les limites d’un bon usage, tant sur la Toile qu’ailleurs, c’est loin d’être le cas dans nombre de pays.

42 internautes emprisonnés en Chine

En Chine, où le nombre d’internautes double tous les six mois, celui des “cyberdissidents” emprisonnés évolue en conséquence. Pas moins de 42 internautes sont ainsi emprisonnés, avec ou sans procès, pour avoir diffusé des “informations subversives” à l’égard du régime. Répression, contrôle, censure, blocage de sites, fermeture de cybercafés, le gouvernement chinois s’est doté de tout un arsenal juridique pour museler le réseau et punir les “cybercriminels”. Son voisin le Viêt-nam suit la même route. Malgré un faible taux d’équipement informatique de la population, comblé par une croissance rapide des connexion dans les universités et les cybercafés, “le Viêt-nam reste l’un des Etats de la planète les plus répressifs à l’encontre des cyberlibertés”, écrivent les rapporteurs de RSF. La aussi, surveillance, blocage de sites, contrôle des courriers électroniques constituent les bases de l’outil répressif. A titre d’exemple, Pham Hong Son, a été condamné à 13 ans de prison le 17 juin 2003 par le tribunal d’Hanoï. Accusé d’espionnage et de diffamation envers le gouvernement, ce médecin a dans les fait traduit et posté sur un forum un article issu d’un site américain et intitulé Qu’est-ce que la démocratie?.

Si l’Asie du Sud-Est est une des régions du monde parmi les plus répressives vis-à-vis des Internautes, elle est loin d’être la seule à vouloir museler le Réseau mondial. A Cuba, il ne fait pas bon l’utiliser pour s’informer. Le journaliste Mario Enrique Mayo Hernández en sait quelque chose. Accusé de vouloir porter “atteinte à l’indépendance et à l’intégrité de l’Etat” en surfant sur des sites américains, il a été condamné à 20 ans de prison avec trois autres de ses collègues le 4 avril 2003. D’une manière générale, l’accès au Net est très contrôlé sur l’île. “Les équipements nécessaires, y compris les plus récents, ne sont disponibles que dans les magasins d’Etat spécialisés, accessibles uniquement aux personnes autorisées”, notent les rapporteurs. Plus près de nous, le régime tunisien n’offre pas les meilleures conditions d’usage à ses internautes. Si “le discours officiel prône le développement rapide et une démocratisation exemplaire d’Internet […] les services de sécurité opèrent une surveillance implacable du cyberespace”, lit-on dans le rapport. “Censure des sites, interception des e-mails, contrôle des cybercafés, arrestations et condamnations arbitraires sont le lot quotidien des internautes.” Arrêté en 2002, le cyberdissident Zouhair Yahyaoui a été condamné à deux ans de prison. RSF vient de lui décerner son prix Cyberliberté. Au total, plus d’une cinquantaines d’internautes sont aujourd’hui emprisonnés dans le monde.

Mettre à mal le principe de protection des sources journalistiques

Si l’emprisonnement pour usage du Net n’est pas encore à l’ordre du jour dans nos contrées dites démocratiques, “l’adoption de lois antiterroristes a renforcé le contrôle des autorités sur le réseau et mis à mal le principe de protection des sources journalistiques”. RSF n’hésite pas à pointer les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Si certains justifient le renforcement des contrôles pour lutter contre le terrorisme, la pédophilie, le piratage de produits culturels, voire pour éviter l’hégémonie d’une langue ou d’une culture unique, “on sait malheureusement trop bien avec quelle constance les États autoritaires détournent des dispositions légitimes pour soumettre l’expression et l’information à leur contrôle exclusif”, écrit en conclusion Claude Moisy. L’administrateur de RSF s’inquiète notamment de certaines dispositions figurant dans la Déclaration de principes et le Plan d’action proposé au sommet de Genève comme l’usage d’Internet qui peut être “incompatibles avec la stabilité et la sécurité internationales et peut affecter négativement l’intégrité de l’infrastructure des États… ainsi que le fonctionnement de l’économie”. Une analyse qui n’est pas dénuée de tout fondement mais qui peut mener à toutes les censures du Net, y compris dans les régimes où la liberté d’expression est enviée dans le reste du monde.


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