Interview Bruno Delecour – FilmoTV : Netflix en France ? Inquiétant pour le marché de la VoD

ManagementNominationsRégulations
bruno-delecour-filmotv-vod-france

Le président de FilmoTV (plateforme de vidéo à la demande) explique comment sa société indépendante tient le coup face à des poids lourds comme Canalplay et bientôt peut-être l’Américain Netflix.

FilmoTV, société française dont la création remonte à 2008, exploite un service de vidéo à la demande (VoD ou video on demand en anglais). Interview de son président Bruno Delecour : positionnement, concurrence, projets 2014…La plateforme propose des systèmes de locations à la carte (à partir d’1,99 euro) ou d’abonnements en disposant d’un catalogue de 1500 films (9,99 euros par mois). Mais les résultats financiers ne sont pas précisés.

(Interview téléphonique réalisée dans la semaine du 16 au 20 décembre 2013, validée par FilmoTV).

ITespresso.fr : Comment FilmoTV se distingue-t-il dans l’offre abondante de la VOD légale en France ?
Bruno Delecour : FilmoTV a deux spécificités. La première est l’éditorialisation du contenu proposé. Nous sommes parti du constat que l’utilisateur se retrouvant devant une offre abondante de films  est souvent perdu. Nous souhaitons le guider, l’aider à choisir. Tous nos films sont donc sélectionnés, organisés, et accompagnés de contenus éditoriaux présentés par des spécialistes. Nous travaillons avec une cinquantaine de journalistes, provenant de tous supports (radio, presse, télé) spécialisés dans le cinéma et collaborant comme pigistes.

D’autre part, en plus de proposer de la location ou achat de films à l’unité, nous avons été pionnier sur le marché de la SVOD, ou vidéo à la demande par abonnement. Nous avons conçus un système par abonnement donnant accès à des centaines de films, sélectionnés pour les abonnés et rafraîchis chaque mois.

ITespresso.fr : Au final, comment cela affecte-t-il vos contenus par rapport à un ténor comme Canalplay (groupe Canal Plus) ?
Bruno Delecour : Nous ne souhaitons pas faire la même chose qu’eux car nous n’avons pas les mêmes moyens. C’est pour cela que nous avons choisi de créer un univers cinématographique avec énormément de contenus originaux. Il s’agit d’interviews de réalisateurs français ou étrangers, de comédiens, de spécialistes, d’émissions comme Le Bistro de l’horreur… Contenus dont nous sommes les producteurs. FilmoTV est une plateforme entièrement dédiée au cinéma et seulement au cinéma. Le spectateur attend d’y faire des rencontres et des découvertes et non de revoir un film déjà vu.

Pour une navigation simplifiée, nous avons créé 7 chaînes de cinéma à la demande qui s’adressent à toutes les personnes de la famille (enfants, adolescents, adultes, et par genres) dans lesquelles le cinéma du monde entier se retrouve. Une aide supplémentaire s’avère très utile. En effet, “Alfred” (comme le majordome dans Batman) est un moteur de recommandations intelligent. Il se base sur les habitudes de nos utilisateurs et les commentaires des chroniqueurs qui viennent enrichir les bases de données. Alfred peut ainsi proposer directement certains films ou contenus éditoriaux de nos chaînes.

ITespresso.fr : L’Américain Netflix pourrait débarquer en France et bousculer le marché local, comment réagissez-vous ?
Bruno Delecour : Nous avons de fortes inquiétudes puisque, aujourd’hui, les acteurs présents sur le marché français partagent les mêmes règles du jeu. La concurrence est donc équilibrée. En revanche, la grande difficulté sur Internet est qu’il n’existe pas de réelles frontières entre les pays. Si Netflix choisissait d’opérer en France depuis un autre pays comme le Luxembourg, il ne serait pas soumis aux mêmes obligations que les acteurs opérant en France (pas de quotas, pas de taxes à payer, pas de financement du cinéma français et européen, et une TVA avantageuse). C’est notamment le cas d’iTunes qui est présent en France et est capable de proposer des films à la location pour un euro de moins que les éditeurs français puisqu’il bénéficie d’une TVA plus favorable.

ITespresso.fr : Comment FilmoTV adapte son offre au boum du nomadisme ?
Bruno Delecour : Dès que nous avons été présents sur les tablettes, nous avons très vite fait le choix de permettre les téléchargements. La plupart du temps les services de VOD sont disponibles en streaming ce qui est peu pratique lorsque la connexion mobile est instable. De notre côté la capacité à télécharger du contenu permet de le lire de n’importe où, peu importe la connexion.

Ensuite, nous avons mis en place FilmoCloud. Il s’agit d’une solution qui permet de synchroniser les différentes recommandations, favoris enregistrés, films téléchargés (ou déjà commencés) avec vos différents périphériques.

ITespresso.fr : Quels sont vos objectifs pour 2014 ?
Bruno Delecour : Nous souhaitons continuer notre déploiement et être présents sur le maximum de plateformes pour toucher un maximum d’utilisateurs. FilmoTV est d’ores et déjà disponible sur Numéricable, les box d’Orange et en “over the top” sur Mac, télés connectées, tablettes et bientôt les consoles de jeux.

bruno-delecour-filmotv-vod-france
Bruno Delecour, Président de FilmoTV.
Crédit photo : Bruno Delecour | FilmoTV

———-Quiz———–

Connaissez-vous les grands groupes français du web ?


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur