Interview Edouard Beaucourt – Tableau Software : « On démocratise le big data »

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Directeur Europe du Sud de Tableau Software, Edouard Beaucourt présente les ambitions de cet éditeur à la croisée du décisionnel et de la visualisation des données.

Après avoir travaillé chez Hyperion, Microsoft et Clarity Systems, Edouard Beaucourt est désormais directeur France et Europe du Sud de Tableau Software, un éditeur de progiciel à la croisée du décisionnel (business intelligence ou BI en anglais) et de la visualisation des données (dataviz).

Quelle est l’ambition de cet éditeur et ses facteurs de différenciation face aux autres grands noms du progiciel ?

ITespresso.fr : Comment est né Tableau Software et pourquoi avoir donné un nom français à un éditeur américain ?

Edouard Beaucourt : Notre CEO Christian Chabot est américain mais sa famille est originaire de La Rochelle et du Québec.

Mais au-delà de ses origines françaises, il cherchait un nom à la croisée de ses deux passions : l’univers de l’analytics et celui… de l’art contemporain. Le mot « tableau » s’est ainsi imposé assez naturellement.

Quand à l’entreprise, elle est née au début des années 2000, au sein de l’Université de Stanford, qui travaillait alors sur un projet pour le ministère américain de la Défense. L’idée était de conjuguer l’expertise d’un data scientist en gestion des données, avec celle d’un créatif spécialiste des effets visuels…

ITespresso.fr : Tableau entend donc réconcilier informatique décisionnelle ET visualisation de données ?

Edouard Beaucourt : Oui, les grands analystes ont tendance à nous mettre dans la case « BI » [ndlr : business intelligence] ou « dataviz » (visualisation des données) mais notre mission est tout simplement d’aider les gens à manipuler et à comprendre leurs données.

Grâce à notre langage breveté VizQL, notre logiciel est capable de nettoyer des jeux de données hétérogènes, de comprendre la nature des données d’une feuille de calcul et d’afficher le bon diagramme qui les rendra plus facile à analyser. Pour l’utilisateur, c’est un gain de temps fantastique.

ITespresso.fr : Votre spécificité, c’est cette volonté de démocratiser l’accès aux données ?

Edouard Beaucourt : Je vais vous faire une confidence. Cela fait près de 20 ans que je travaille dans l’univers du décisionnel et c’est la première fois qu’un profil vente et marketing comme le mien utilise réellement le logiciel au jour le jour.

Dans l’univers de la BI, les utilisateurs expriment généralement leur besoin à un assistant maitrise d’ouvrage, qui va ensuite transférer la demande à un informaticien capable de réaliser une requête dans la base de données.

Tout ceci peut prendre des jours, parfois des semaines, et quand la réponse arrive enfin, l’utilisateur n’en a plus besoin ou a déjà une autre question en tête. Ce processus est très frustrant.

L’ambition de Tableau Software est au contraire de permettre à n’importe quel utilisateur, qu’il travaille au département RH, marketing, commercial ou financier, de pouvoir instantanément interroger des données et disposer d’outils de visualisation avancés pour prendre les bonnes décisions.

ITespresso.fr : Mais comment vous démarquez-vous des autres grands noms du progiciel qui se lancent également dans l’univers de la visualisation des données ?

Edouard Beaucourt : Pour Oracle, IBM ou SAP, la BI n’est qu’un produit d’appel pour vendre de la base de données qui est, et qui restera, leur vrai produit phare. Ils proposent effectivement de la visualisation de données mais comme je l’indiquais, ces outils sont infiniment plus complexes à utiliser que ceux de Tableau Software.

Et nous pourrions également parler du pricing, qui oblige certains de leurs clients à disposer désormais de véritables « licensing specialists » pour ne pas se ruiner lors de l’achat de leur progiciel.

Chez Tableau, le prix des licences est connu à l’avance, les tarifs n’ont pas changé depuis 5 ans, et certaines de nos produits sont même gratuites comme Tableau Public et Vizable, pour faciliter le partager et la consultation de nos data visualisations.

ITespresso.fr : Des licences qui peuvent représenter de gros investissements pour vos clients. Qu’en est-il du retour sur investissement ?

Edouard Beaucourt : Oui, il faut compter environ 500 dollars par an et par utilisateur pour la version cloud, 1000 dollars pour la version desktop et environ 2000 dollars pour la version desktop étendue, avec une soixantaine de connecteurs (Salesforce, Google Analytics, etc.) pour le moment.

Mais ce coût, très accessible dans l’univers de la BI, est à mettre en perspective avec les économies réalisées par l’entreprise puisque les utilisateurs n’ont plus besoin de solliciter des consultants ou des informaticiens pour interroger la base de données.

Quand au retour sur investissement, il est très variable. Nous avons récemment aidé un client qui cherchait à lutter contre la fraude. En croisant les bons jeux de données, il a immédiatement compris l’origine du problème et fait réaliser à son entreprise plus d’un million de dollars d’économies en seulement 3 jours !

ITespresso.fr : Avec l’open data ou le big data, on assiste à une explosion des données mais plusieurs études pointent la pénurie de data scientists. C’est une menace pour le développement de Tableau Software ?

Edouard Beaucourt : Oui, le big data est une réalité. Et au-delà la massification des données, issues de l’Internet des Objets (IoT), des réseaux sociaux ou de l’open data, nous observons une massification des sources de données.

Il faut être très naïf pour penser que toutes ces données pourront être « mises en cage » dans une immense base de données, de l’un des grands éditeurs du marché. Nous allons au contraire devoir gérer de multiples sources de données, qu’il faudra pouvoir relier entre elles, ce qui donnera d’ailleurs beaucoup de travail aux départements informatiques.

Mais une fois cet effort de connectivité réalisé, il faudra bien évidemment pouvoir exploiter ces données. Selon une étude McKinsey, près de 200 000 emplois seront créés dans les prochaines années dans ces métiers de la gestion des données.

On peut miser sur les 200 ou 300 data scientists formés chaque année par la filière d’enseignement supérieure en France ou tout simplement utiliser les logiciels Tableau Software qui entendent rendre le big data accessible à tous.

A lire également en complément : interview Edouard Beaucourt – Tableau Software : « Nous misons sur la multiplicité des sources de données » (Silicon.fr, mars 2015)


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