Interview Guillaume Blanc – Exotic Systems : les usages IoT pousseront la loi

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Président d’EXOTIC SYSTEMS, Guillaume Blanc aborde les activités de cette entreprise auvergnate de la French Tech dédiée à la conception d’objets connectés.

Créé en 2007, EXOTIC SYSTEMS est passé du stade de la start-up à celui d’une entreprise performante en misant sur son agilité sur toute la chaine de développement dans le domaine des systèmes connectés et de la sphère Internet des objets (IoT).

A son actif figurent des projets aboutis avec le géant du pneu Michelin, Limagrain dans le domaine agricole ou Philips.

A suivre : un projet avancé de voiture connectée autonome par Automobiles Ligier, auquel EXOTIC contribue.

Interview de Guillaume Blanc, co-fondateur et Président d’Exotic Systems, réalisée le 16 septembre 2015 dans le cadre du salon i-Connect de Lyon qui s’est tenu en septembre à Lyon.

ITespresso.fr : Sur quelle vision s’est développé Exotic Systems?

Guillaume Blanc : J’ai co-fondé Exotic Systems en 2007 avec 2 autres ingénieurs Laurent Gineste et Juline Coudon, tous spécialisés dans le domaine de l’informatique et de l’électronique embarqués, dans le but de proposer des services réellement innovants.

Nous sortions d’une démarche de recherche technologique : d’abord, développer un projet puis chercher des applications. Notre vision était de renverser cela en analysant les demandes et l’usage du client pour recommander le bon produit ou service.

Nous voulions trouver la plus grande cohérence entre les usages et les meilleures technologies disponibles. Nous avons débuté en créant pour Nokia les premières balises Bluetooth permettant d’observer les parcours clients dans un magasin connecté.

Mac Donald’s et Decathlon figuraient parmi nos clients mais la crise de 2008 a réduit drastiquement les budgets.

Nous avons rebondi, grâce à nos points forts dans le Machine To machine avec des compétences pointues dans le domaine des systèmes embarqués, des protocoles de communication, des plateformes de services web.

Cette connaissance des systèmes connectés nous a permis de proposer des prestations en termes d’objets connectés dans le secteur de l’automobile et de la mobilité.

ITespresso.fr : Quels partenaires financiers vous ont appuyé lors de la création et du développement d’Exotic Systems ?

Guillaume Blanc : D’abord, les plateformes d’initiative locale. A Clermont-Ferrand, il y a un contexte très favorable aux entrepreneurs innovants. Après avoir bénéficié de prêts d’honneur à taux zéro, nous avons été appuyés par Oseo [intégré dans Bpifrance, ndlr], ce qui nous a permis de lever des fonds [200 000 euros].

En 2010, le fond de participation Jeremie-Auvergne (géré conjointement par SOFIMAC Partners et la Chambre de Commerce et d’Industrie Région Auvergne et financé au niveau de la Commission européenne) nous a permis d’amorcer les activités de la société pour bien négocier le retournement de conjoncture économique (après la crise de 2008).

ITespresso.fr : Quelles sont les réalisations concrètes et quels sont les retours dans les différents secteurs d’activité (,transport, agriculture, etc.)  ?

Guillaume Blanc : Michelin travaillait déjà sur le concept du pneu connecté avec un capteur intégré remontant les informations de pression et de température afin de prévenir les risques d’explosion des pneus d’énormes engin de chantier capables de transporter 400 tonnes de minerai. Nous leur avons apporté un ensemble de briques technologiques depuis le capteur jusqu’à la plateforme de gestion de flottes.

Michelin était capable de réaliser une bonne partie du projet mais il recherchait en nous l’agilité technologique qui lui a permis de gagner du temps. D’autre part, Michelin utilise les données produites pour optimiser son service car il connait mieux les conditions d’exploitation des pneus.

L’Iot permet un cercle vertueux entre le service délivré et le consommateur final.

Dans le monde agricole, il existe des plateformes pour récupérer de l’information qui doit être saisie par l’agriculteur mais ce n’est pas sa vocation. Nous proposons une approche connectée, par exemple, croiser les informations de géolocalisation et les paramètres de consommation de carburant des tracteurs puis les remonter automatiquement vers la plateforme de gestion. Le but est, par exemple, d’optimiser le cout énergétique de l’exploitation.

ITespresso.fr : Quels sont les freins que vous constatez concrètement pour le développement de l’Iot ? Sur le plan législatif ou technique ?

Guillaume Blanc : La loi court après les usages et elle évolue très lentement, notamment sur l’aspect de la propriétés des données. A qui appartiennent les données générées dans la chaîne de valeur ? Au fabricant du capteur ? Au client qui les produit ?  A la plateforme de gestion? Le cadre législatif pose que les données n’appartiennent à personne. Sans contrat pour fixer les conditions de la propriété, il y a un blocage.

Ce sont les usages qui vont trancher et pousser la technique et le législatif. L’aspect technique peut être maîtrisé,  l’enjeu est surtout sur un aspect peu cité, l’autonomie des capteurs et systèmes connectés miniatures. Il y a énormément de progrès à faire sur les technologies des batteries qui ont très peu évolué.

Si on veut que demain le marché de l’Iot se déploie, il est hors de question de travailler avec des objets connectés qui demandent une recharge fréquente. Même tous les 2 mois, c’est encore trop.


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