Interview Martin Péronnet – Monaco Telecom : « Ce qui a changé avec Xavier Niel ? En fait, tout »

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En marge des Rencontres ROOMn, ITespresso.fr a rencontré Martin Péronnet, Directeur général de Monaco Telecom (opérateur qui a pour actionnaire majoritaire Xavier Niel via la holding NJJ Capital).

Cela fait deux ans que Xavier Niel a pris le contrôle de Monaco Telecom.

A titre individuel via sa holding NJJ Capital, le dirigeant d’Iliad-Free a acquis 55% du capital de Monaco Telecom (montant de l’investissement : 325 millions d’euros). Le reliquat des parts de la société télécoms demeurant sous le contrôle de l’Etat monégasque.

En marge des Rencontres ROOMn qui se sont déroulées courant mars à Monaco, ITespresso.fr s’est rendu dans la principale boutique Monaco Telecom de l’opérateur pour rencontrer Martin Péronnet, Directeur général de l’opérateur.

Cette société, qui dispose de plusieurs traits spécifiques en termes de marché et de territoire à couvrir (deux kilomètres carrés avec 35 000 habitants), a parié sur l’innovation et une ouverture sur l’international.

(update : chiffres 29/04/16) L’opérateur monégasque, qui affiche un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, dispose de 36 000 clients dans le mobile, 17 000 clients pour l’accès Internet, 14 000 pour la télévision et 20 000 comptes clients pour le fixe.

Comment s’est transformé Monaco Telecom avec l’arrivée de Xavier Niel ? Interview à 360 degrés sur les activités de l’opérateur, l’innovation insufflée et le tournant pris en termes de management avec l’arrivée du trublion des télécoms venu de France.

(Interview réalisée le 09/03/16, updatée le 29/04/16)

ITespresso.fr : Quel est le spectre global de vos activités ?

Martin Péronnet : Nous disposons d’une palette d’activités au niveau nationale et internationale. Sur le premier volet, 70% de nos chiffres d’affaires est réalisé avec les entreprises.

C’est lié à l’une des particularités de Monaco : il y a plus de jobs que d’habitants dans la Principauté. Nous sommes un pays doté d’une forte vitalité économique. Nous accueillons des sièges d’entreprises (banques, shipping, manufactures, trading…) qui ont besoin de services télécoms mondiaux au regard de leur rayonnement : transport data, hébergement de serveurs et solutions de communication avancée.

Le reste (30%) est réalisé avec le grand public à travers une offre multi play. Nous disposons de notre propre set-top box.

A côté, un peu plus du tiers de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’international : nous sommes un carrier voix sur des marchés de niche. Nous proposons des gateways (services de gestion de trafic international) à un certain nombre d’opérateurs, principalement au Kosovo, Afghanistan pour les avions avec OnAir et en cours en Afrique.

Toujours au niveau international, on soutient des opérateurs émergents pour lesquels on amène notre expertise. On a des ingénieurs de très haut niveau à Monaco. On peut utiliser ces talents pour qu’ils accompagnent d’autres opérateurs dans le monde.

Notre plus grand partenariat à ce niveau a été signé avec Roshan, premier opérateur mobile en Afghanistan. Nous disposons de 37% du capital et nous avons en charge leur politique d’investissement et nous menons des projets techniques pour améliorer là-bas la qualité de leur réseau.

Autre axe de développement : le partage de nos infrastructures. Nous avons des équipements importants pour un territoire exigu. Nous pouvons proposer à des opérateurs de gérer leurs infrastructures, notamment dans le domaine du mobile.

Nous disposons de l’un des premiers cœurs mobiles entièrement virtualisés sur le marché, réalisé par Huawei. Sur ce cœur, on aura nos propres abonnés mais aussi ceux de OnAir (opérateur leader dans les avions). On opére également un service dans le domaine de l’Internet des objets avec Gemalto.

ITespresso.fr : Comment exploitez-vous vos ressources data center ?

Martin Péronnet : Dans cette spécificité entreprise, nous avons lourdement investi dans les data centers. Ce type d’équipement n’existait pas à Monaco et l’on pressentait une demande des entreprises dans ce sens. Avec une tendance à l’externalisation d’une partie de leurs serveurs et de leurs données. Nous disposions déjà de 150 baies actives réparties dans des salles informatiques pour le compte de nos clients.

En juin 2015, nous avons créé un centre de 220 baies, qui sera bientôt plein. On pense à des extensions futures.  C’est le troisième data center rattaché à Monaco Telecom. Nous avons investi 5 millions d’euros sur ce projet. Au niveau local, il en existe un autre exploitant plus petit (Telis).

ITespresso.fr : Quel est la structure du marché télécoms à Monaco ?

Martin Péronnet : En raison du territoire exigu, il a paru logique qu’un seul opérateur déploie les infrastructures fixes. L’Internet fixe, la télévision via le réseau câblé et la téléphonie fixe sont traditionnellement des monopoles de Monaco Telecom. Sur le mobile, l’ensemble des réseaux des opérateurs français sont présents à Monaco.

ITespresso.fr : Pour le fixe, ce cadre pourrait-il faire l’objet de modification ? Les opérateurs internationaux doivent regarder le marché à Monaco…

Martin Péronnet : Je ne suis pas sûr que ce cadre soit amené à changer sur la partie fixe parce que, ce qui compte finalement, c’est d’arriver à proposer de façon concertée le meilleur de ce qui se fait dans les télécoms. Et je pense qu’avec l’arrivée de Xavier Niel, Monaco Telecom s’est transformé en laboratoire des télécoms en Europe.

ITespresso: Quels projets ont émergé par exemple ?

Martin Péronnet : L’an passé, nous avons décidé que l’ensemble des foyers soient éligibles à une offre d’1 Gigabit/s. Tout en minimisant l’impact sur l’urbanisme et les immeubles.

En profitant de l’actif réseau câblé de Monaco Telecom. Avec l’évolution des technologies DOCSIS 3.0, c’était une première mondiale. La fibre arrive jusqu’aux pieds des immeubles. Ensuite, des équipements décentralisés de type D-CMTS relaient le signal sur le réseau coaxial. On a réalisé ce projet avec Huawei. On va rester sur cette architecture évolutive pour tous les immeubles existants.

A partir de 2017, pour les nouveaux immeubles, le plus simple sera de monter en fibre (FTTH). Nous serons en mesure de proposer un débit similaire. Nous sommes également en train de renouveler notre offre set top box pour le grand public. La génération actuelle avait été lancée en 2010 avec Netgem. Un projet important de refonte devrait aboutir dans les semaines à venir.

ITespresso.fr : Sur le volet réseau mobile, Monaco Telecom a lancé un service 4G ++.  Une première là aussi en Europe. Alors que le récent Mobile Wolrd Congress se concentrait davantage sur la 5G, comment allez-vous gérer la transition ?

Martin Péronnet : Les débits évoluent très vite mais il faut passer par un certain nombre de phases pour y parvenir. La 5G, ce sera le fait d’avoir en même temps plusieurs types de technologies. La première capacité sera celle d’agréger des bandes de fréquences différentes. La 4G ++, c’est la possibilité d’agréger trois bandes différentes (60 mégahertz) pour atteindre 450 Mbit/s. Pour atteindre ensuite le gigabit potentiel, il faudra agréger d’autres technologies. Mais il faut d’abord placer convenablement les pièces du puzzle.

Il faut également prendre en compte l’évolution des terminaux qui, du coup, sont un peu à la traîne. Les nouveaux Samsung comme le GS7 sont compatibles. Comme tous ceux annoncés au MWC.

La 5G permettra trois choses : atteindre des débits jusqu’à 70 Gbit/s, une latence extrêmement faible permettant de piloter des choses en temps réel et des capacités de connexion massive sur un même réseau en simultané.

Chez Monaco Telecom, les premières expérimentations 5G sont prévues en 2018. Les premiers déploiements sont prévus dans la période 2018-2020.

ITespresso.fr : Avec l’arrivée de Xavier Niel aux commandes de Monaco Telecom, qu’est-ce qui a changé ? 

Martin Péronnet : En fait, tout. Enfin presque. Nous avons une culture d’entreprise qui est compatible avec la dynamique de Xavier Niel. Factuellement, on a changé le réseau fixe en passant du VDSL au DOCSIS 3.0. On a changé le réseau mobile en passant du statut de suiveur à celui d’innovateur avec la 4G++.

D’un point de vue de l’intégration réseaux, nous gérons de manière différente notre partenariat avec Orange : les abonnés Orange sont clients de Monaco Telecom lorsqu’ils sont à Monaco et vice-versa quand nos clients se rendent en France. Il y a un accord de continuité territoriale, qui est remis à plat de manière technologique. Pour gagner en efficacité et respecter les normes.

Autre chantier déjà évoqué : les développements en termes de data center. Enfin, en coulisse, nous sommes en train de refondre notre système d’information. On ré-écrit tout en interne à partir d’open source pour gagner en agilité. C’est la concomitance de ces chantiers qui est très importante.

ITespresso.fr : Et en termes de management ?

Martin Péronnet : Personnellement, je ne connaissais pas Xavier Niel avant. Je l’ai connu en tant que manager. Nous avons beaucoup revu notre façon de prioriser nos dépenses, d’organiser l’entreprise de façon plus plate pour gagner en efficacité.

Auparavant, nous étions associés à un opérateur coté en Bourse [le britannique Cable & Wireless Communications Plc, ndlr]. Nous avions une grosse activité liée au reporting financier en raison de La City. Le fait de travailler avec un entrepreneur permet de nous concentrer sur le métier.

ITespresso.fr : Dans quelle mesure Xavier Niel s’implique-t-il de manière opérationnelle ? 

Martin Péronnet : Il apporte une vision moderne et exigeante, tourné vers l’innovation et l’efficacité et l’indépendance. Nous avons un dialogue permanent avec Xavier Niel. Il vient régulièrement à Monaco. Et on échange très souvent par mail. J’ai été surprise de la rapidité avec laquelle il écoute, comprend les choses et prend des décisions.

ITespresso.fr : C’est assez cocasse que Xavier Niel se retrouve à la tête d’une entreprise disposant d’un monopole sur le fixe à Monaco alors qu’il s’est battu en France pour ouvrir le marché…

Martin Péronnet : Je me suis fait la même réflexion lorsque Xavier Niel est arrivé. Il faut reconnaître que la situation est spécifique dans chaque pays. On ne peut pas raisonner de la même façon sur un territoire de deux kilomètres carrés avec 35 000 habitants de la même façon que pour innover en France.

ITespresso.fr : A travers Xavier Niel, Existe-t-il des passerelles entre Iliad-Free et Monaco Telecom ?

Martin Péronnet : Nous n’avons pas du tout de relation directe avec Iliad.

ITespresso.fr : Donc la prochaine set top box de Monaco Telecom, ce n’est pas une Freebox ?

Martin Péronnet (sourire) : Non. Ce sont deux sociétés gérées de façon totalement indépendantes.


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