Witbe entre en Bourse : améliorer l’expérience vidéo des OTT

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Witbe entre sur Alternext, fort d’une expertise qualité de l’expérience vidéo quels que soient les terminaux et les réseaux. Il compte lever entre 10 et 12 millions d’euros.

C’est inattendu mais la première société IT française à entrer en Bourse en 2016 devrait être…Witbe.

La société, qui développe depuis 16 ans des technos permettant d’analyser la qualité côté client des services exploités par les opérateurs et les services numériques, compte lever 11,7 millions d’euros sur Alternext d’Euronext Paris.

C’est un volume global d’1,2 million d’actions qui seront mises sur le marché.

La fourchette indicative du prix du titre Witbe (code mnémonique ALWIT) est située entre 8,23 euros et 11,13 euros.

Une clause d’extension (+180 807 maximum cédées complémentaires) et une option de surallocation est prévue (maximum de 207 927 actions cédées supplémentaires).

Après validation du visa par l’AMF, la période de souscription de souscription a démarré le 31 mars et s’étendra jusqu’au 12 avril 2016.

Si les conditions de marché sont jugées satisfaisantes par la direction de Witbe, le début des négociations des actions surviendra le 18 avril. Avec cette IPO, 41,6% du capital va basculer au flottant.

Sur l’hypothèse du milieu de fourchette finalement retenue (9,68 euros), la capitalisation boursière pourrait atteindre 37,1 millions de dollars en cas d’émission à 100%.

Alors que les IPO dans le domaine du numérique se sont raréfiées autant du côté des Etats-Unis que de la France, le pari de Witbe de passer le cap de la Bourse est osé.

« Nous sommes time to market [pour le volet qualité de l’expérience ou QoE, NDLR]. Nous avons besoin de faire connaître Witbe sur le marché et nous avons besoin un peu d’essence pour faire décoller la fusée », explique Marie-Véronique Lacaze, co-fondateur et P-DG de la société Witbe, lors de la présentation du projet IPO qui s’est déroulé vendredi à Paris.

En 16 ans, Witbe a levé (seulement) 15 millions d’euros auprès d’Odyssée ventures et Saints Capital.

« L’OTT, c’est la consécration de la pertinence de la vision de Jean-Michel [Planche, DG de Witbe et époux de Marie-Véronique Lacaze]. Aucun client n’est plus volatile que dans le monde OTT. On ne peut le retenir qu’avec un service de qualité. »

Witbe : le marché « TV et vidéo » en vue

OTT…Le mot-clé est lâché. Les services Over-The-Top représentent une catégorie d’acteurs qui exploitent des services numériques de divertissement et/ou communautaires (musique, vidéo, gaming, réseau social…) sans la participation d’un opérateur télécoms.

Dans ce cercle qui s’agrandit, on y retrouve Netflix, Hulu ou YouTube pour la partie vidéo à la demande. C’est ce segment que Witbe veut exploiter et les perspectives sont mirobolantes à en croire une étude de Digital TV Research réalisée en 2015. Le marché « TV & Vidéo » en mode OTT va passer de 26 milliards de dollars en 2015 à 51,1 milliards de dollars à l’horizon 2020.

Fort de cette orientation de marché, Witbe compte mettre à disposition des fournisseurs de services concernés ses sondes visant mesurer la qualité vidéo perçue par l’utilisateur final (disponibilité, performance, intégrité des flux). Ce qui est censé favoriser la disparition des parasites quand on regarde une vidéo à la demande : saccades (jerkiness en anglais), blocs (blockiness) et flou (bluriness).

Le dispositif de monitoring de Witbe permet d’alerter et d’identifier les causes de ces dysfonctionnements. « Ce qui nous intéresse, ce sont les usages de la technologie. Pas la technologie », martèle Jean-Michel Planche.

Witbe a pu exploiter les innovations françaises dans l’IPTV et le triple play à partir de 2004 pour affiner son expertise.

Son cœur technologique est concentré dans sa solution Video MOS, qui mesure en temps réel la véritable qualité audio et vidéo ressentie par l’utilisateur. Ces mesures sont effectuées à partir de robots déployés dans des data center du monde entier (on parle de millions de sondes, déployés en mode hardware ou exploités sous  forme de machines virtuelles).

La société a étoffé sa gamme de solutions (plateforme de pilotage, cartographie, résolution de soucis techniques à distance…) pour faciliter l’analyse des utilisateurs pros (responsables du contrôle qualité, directeurs techniques, équipes de maintenances réseaux).

Difficile de considérer Witbe comme une start-up. Créée en 2000, elle a fait ses preuves dans le monde avec 300 clients actifs dans 45 pays. Logiquement, les premiers clients ont été les opérateurs télécoms et broadcasters (c’est le cas d’Orange et SFR en France mais aussi de Comcast aux Etats-Unis).

Puis le cercle a été élargi à des clients corporate comme Total ou BNP Paribas, qui veulent avoir une idée claire de la disponibilité de la myriade d’apps mises à disposition de leurs collaborateurs dans le monde. Et maintenant, le monde des OTT…

Alors qu’est ce qui échappe à l’œil de Witbe ? Pas évident. L’offre de mesure de qualité est multi-services (TV, VoD, téléphonie…), multi-devices (PC, set-top boxes, téléphones mobiles…), multi-réseaux pour des communications fixes ou mobiles (DSL, câble, Ethernet, Wi-Fi, 3G/4G…)…

« Nous entendons tous parler des bots, que nous serons en mesure de monitorer demain », explique Jean-Michel Planche, un des experts français les plus pointus en termes de réseaux. « On pourra regarder sur du Web ou dans d’autres systèmes si l’action par le bot a bel et bien été mené. Pour l’achat d’un billet par exemple. »

Avantage sur la concurrence : l’offre de Witbe est horizontale quand les autres prestataires ont plutôt adopté une approche verticale dans les sphères data IT, voix mobiles, vidéo. On y retrouve des acteurs comme IP-Label, Keynote, Volicon (récemment acquis par Verizon) ou Conviva. « Nos concurrents analysent soit la qualité d’expérience ou la qualité de service mais pas les deux », estime Jean-Michel Planche.

« Rentabilité élevée » liée au modèle d’éditeur

Rappelons quelques indicateurs financiers : en 2015, Witbe affiche un chiffre d’affaires de 15,2 millions d’euros. C’est une légère d’1,6% par rapport à 2014. 66% du business est réalisé à l’international.

Sur la même période, l’EBITDA apparaît en baisse de 12,6% et l’EBIT de 8%. Le résultat net tourne autour de 1,8 million d’euros (-17%). Au 31 décembre 2015, la trésorerie disponible s’élevait à 702 000 (contre 910 00 au 31 décembre 2014). L’endettement financier net se situe autour de 1,5 million d’euros.

La direction insiste sur la « rentabilité élevée » en lien avec son modèle d’éditeur (86,5% de marge brute en 2015, 11,8% de marge nette et 21,7% en EBITDA).

58% du chiffre d’affaires est réalisé avec le volet robots et licences. Entre le cloud et la maintenance, 26% du chiffre d’affaires est récurrent. Vu sous un autre angle, le top 10 des clients Witbe permet de générer 41% du CA.

Witbe dispose d’une équipe de 91 collaborateurs (dont 30% en R&D) éparpillés entre Paris (siège social) et New York (où sont installés Marie-Véronique Lacaze et Jean-Michel Planche depuis 4 ans), Montréal, Hong Kong et Singapour.

Décidément, l’aventure Witbe est également une aventure familiale puisque l’on retrouve le fils Mathieu Planche, qui est passé par le Georgia Institute of Technology et qui officie en qualité de Chief Experience Officer depuis 5 ans. C’est lui qui a pris en charge la présentation de l’offre technologique lors de la présentation de Witbe à Paris.

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Le trio familial de Witbe (de gauche à droite) : Mathieu Planche (Chief Experience Officer), Jean-Michel Planche (Vice-Président en charge de la technologie et de l’innovation) et Marie-Véronique Lacaze (P-DG).

(Photo article une : Jean-Michel Planche, co-fondateur Witbe)

 


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