Kazaa : un pas vers le téléchargement légal

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Parmi les nouveautés de la nouvelle version du logiciel d’échange de fichiers Kazaa, une option permet de télécharger des fichiers distribués légalement sur le réseau. Un système de cumul de points incite l’utilisateur à concentrer ses téléchargements sur ces fichiers légaux. Mais leur contenu les intéressent-ils seulement?

Convertir les utilisateurs de Kazaa, qui téléchargent essentiellement des fichiers soumis à copyrights, en consommateurs honnêtes? Telle serait la volonté de l’éditeur de Kazaa, Sharman Networks, qui, à travers la nouvelle version 2.5 (pour le moment en anglais) de l’application, propose le téléchargement de contenus légaux. Fichiers audio, vidéo, jeux ou logiciels, ces documents licenciés sont reconnaissables à leur icône dorée (gold icon). Leur téléchargement, légal, ouvre une période d’essai à l’issue de laquelle l’utilisateur est libre d’acquitter les droits d’utilisation ou de supprimer le fichier (au cas où il serait encore exploitable).

Que l’utilisateur conserve ou non le fichier “Gold”, il gagne des points (des Peer points) en le partageant à son tour sur son disque dur. La comptabilisation des points se fait sur la base du nombre de téléchargements réalisés. Et ce capital de points est, à terme, convertible en bons d’achat (matériels, logiciels, contenu légal, voyages…). Un lot de 1 million de dollars (sur quarante annuités) est même proposé. Le principe étant de motiver l’utilisateur à redistribuer ce qu’il a téléchargé tout en l’incitant à consommer un maximum de fichiers “Gold”. Ce programme s’appuie sur le réseau Altnet qui permet à n’importe quel détenteur de droits de mettre en ligne son propre contenu numérique. Altnet se charge ensuite d’offrir l’audience la plus large via des partenaires comme celui noué avec Kazaa.

S’il faut saluer les efforts des dirigeants de Sharman Networks pour légaliser l’usage de leur application, il est difficile de croire que la méthode va éradiquer le piratage. Du moins dans un premier temps. D’abord parce que le nombre de Peer points à acquérir avant d’être en mesure d’en bénéficier risque de décourager plus d’un utilisateur, même motivé. D’autre part, Altnet recense environ 200 000 fichiers “Gold”. Cela peut paraître énorme mais ce n’est qu’une goutte d’eau face aux millions de fichiers partagés. Est-il utile de préciser qu’aucun MP3 issu d’une major du disque n’en fait partie? Car le système d’Altnet s’adresse avant tout à ceux qui ne bénéficient pas de réseau de distribution commercial traditionnel. On pense ainsi aux artistes musiciens en recherche de maison de disque et autres réalisateurs en herbe avides de montrer leur travail.

Il n’en reste pas moins vrai que le système Kazaa-Altnet pourrait introduire une ébauche de solution économique et légale à la commercialisation de contenus numériques sur les réseaux d’échanges. Avant les majors, il pourrait intéresser les labels modestes qui y trouveront un complément de revenu à la distribution classique de leurs produits qui, de toute façon, doivent être protégés à la source (sur le support natif comme le CD). Mais tout dépend de l’attitude de l’utilisateur final. La méthode incite à consommer à outrance des fichiers “Gold” pour collectionner les points et non pour leur contenu. Un effet pervers qui pourrait, à terme, se retourner contre les artistes.


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