Kevin Browne : Mac OS X peut mieux faire

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Monsieur “seulement sur le Mac”, alias Kevin Browne, le responsable de l’équipe de développement Mac chez Microsoft, ne mâche pas ses mots : le lancement de Mac OS X s’avère pour lui un échec ! La suite Office pour Mac s’est vendue à 300 000 exemplaires seulement depuis son lancement et le patron des aficionados du Mac à Redmond accuse Apple de ces chiffres pitoyables. Et Corel charge la barque ! Mouvement d’humeur ou problème de phasage ?

Kevin Browne est catégorique : la suite Office v.X – développée pour Mac OS X sur la base d’Office 2001, une version antérieure pour Mac OS 9.x, mais avec un certain nombre d’améliorations destinées à profiter à plein des effets magiques et de l’architecture du dernier système d’exploitation d’Apple – ne se vend pas ! Ou si peu : 300 000 copies selon Browne qui tablait sur 750 000 ventes lors de son lancement en septembre 2001 (voir édition du 21 septembre 2001). Un objectif raté à 60 % pour l’instant, ce qui fait monter au créneau le patron des développeurs Mac chez Microsoft. Ce que Kevin Browne ne dit pas, c’est qu’il dispose encore de quelques mois pour atteindre sa cible. Mais c’est assez mal parti pour le moment? Interrogé par nos confrères du Wall Street Journal (WSJ), monsieur “seulement sur le Mac”, ainsi qu’il avait été surnommé à l’occasion de MacWorld New York 2000, ne mâche pas ses mots : “Il n’y a pas eu d’efforts concertés pour promouvoir Mac OS X bien que les opportunités de marché existent et que notre volonté soit là. S’il n’y a pas de changement majeur, nous aurons à faire l’évaluation du marché avec Apple.” Autrement dit : un petit effort pour faire savoir que Mac OS X est là serait bien vu par les éditeurs partenaires de Cupertino, sinon? ils risquent fort de disparaître. Pour Office, 6 millions de dollars (6,4 millions d’euros) ont été mis sur la table aux USA. Sans compter les autres pays.

Et Microsoft n’est pas le seul à faire du ramdam autour du taux d’adoption et de la publicité à faire à Mac OS X : la directrice du marketing de Corel aussi y va de sa critique ! Annette McCleave a indiqué à notre consoeur du WSJ que sa société n’avait pas eu de réponse d’Apple lorsqu’elle avait émis sa préoccupation à propos du taux d’adoption du nouveau système. Seul Adobe paraît se réjouir pour l’instant : il faut dire que ses ventes de logiciels pour Mac ont connu une progression de 31 % sur le dernier trimestre qui a justement vu le lancement de la version de son logiciel phare, Photoshop pour X? Du côté d’Apple, Phil Schiller, le patron du marketing, se dresse contre les propos de ses partenaires. Et de renvoyer Microsoft dans ses buts en soulignant que si les ventes ne décollent pas, c’est peut-être dû au niveau de prix trop élevé de la suite du géant de Redmond. Il faut dire que sans suite bureautique concurrente, la tarification de Microsoft pour Office n’est pas minime, même s’il faut reconnaître sa valeur (environ 600 euros TTC pour Office X et près de 700 pour Office 2001) !

Une adoption massive et rapide est nécessaire

La question du taux d’adoption n’est sans doute pas la pomme de discorde entre les deux frères ennemis de l’informatique : en 18 mois de commercialisation de Mac OS X, près de 10 % des utilisateurs Mac sont passés sur X selon Apple. Un bon taux. Reste que la firme pourrait bien être gênée par la concordance de plusieurs facteurs : d’une part la stagnation de l’économie qui a eu tendance à limiter les ventes de nouvelles machines (toute l’industrie informatique en pâtit), d’autre part ses fonctions limitées et l’introduction progressive de Mac OS X, (dont la version 10.1 est aux yeux de nombreux utilisateurs moins fonctionnelle que la dernière version de Mac OS 9.x). Enfin, les défauts de jeunesse du système et l’importante puissance de calcul nécessaire, alors même qu’Apple l’avait annoncée pour tous les ordinateurs équipés de G3, ont sans doute également joué un rôle. Et Cupertino qui n’est pas en mesure de fournir de nouvelles machines dotées de processeurs plus puissants? Bref, Kevin Browne ne s’est fait que le messager d’un état de fait : Mac OS X peut certainement mieux faire ! A condition de réunir les facteurs clés de son succès? comme sa promotion. La version Jaguar du système pourrait atteindre en août le niveau de fonctionnalité sur lequel Cupertino pourrait s’appuyer pour communiquer. De même qu’elle devrait permettre à Apple de faire attendre à sa clientèle une nouvelle vague de machines plus puissantes. On touche en fait maintenant aux limites de la transition de Mac OS : désormais, son adoption doit être forte et rapide, pour jouer de l’effet de levier fourni par le support des éditeurs déjà impliqués. Convaincre les vieux utilisateurs de Mac et gagner une nouvelle clientèle paraissent véritablement nécessaires, quitte à perdre quelques clients dans le processus. Mais pour cela, il faut faire connaître les avantages du nouveau système. Bref, un cercle vicieux à transformer en cercle vertueux?


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