La délocalisation ne touchera pas les SSII

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La réalisation de prestations informatiques par des techniciens résidant à l’étranger, ou développement offshore, est restée une pratique confidentielle en Europe. Le contexte économique actuel conduisant les responsables informatiques à se focaliser sur la réduction des coûts offre-t-il à cette pratique de nouvelles perspectives?

La délocalisation de prestations informatiques vers des pays où la main d’oeuvre est moins chère, pratique connue sous le nom de offshore, est apparue en France au moment de la récession économique qui a suivi la guerre du Golfe, dans les années 1992-1993. Elle a connu un regain d’intérêt vers 1996, au moment de la prise de conscience des problèmes informatiques posés par le passage à l’an 2000. Dans les pays européens cette pratique est restée marginale. Seuls quelques pour-cent des prestations informatiques sont actuellement sous-traités en offshore. Mais le contexte actuel de rétraction des investissements informatiques des entreprises, contexte qui ne devrait pas s’améliorer de si tôt alors qu’une deuxième guerre du Golfe se profile à l’horizon, ne va-t-il pas inciter les entreprises à recourir plus massivement à l’offshore? Quelles seront les conséquences sur l’emploi des pays qui y auront recours?

Menace sur le développement applicatif

Une étude du cabinet américain Foote Partners, réalisée à partir de sondages conduits auprès de 1 880 entreprises américaines des secteurs privés et publics, estime ainsi que 35 à 45 % des informaticiens nord-américains devraient être remplacés d’ici 2005 par des consultants externes et des techniciens travaillant à l’étranger, en offshore donc. L’activité la plus menacée serait le développement applicatif, en raison du coût de la main d’oeuvre informatique nord-américaine supérieure de 20 à 50 % à celui de régions du monde comme l’Inde ou l’Europe de l’Est. Plus proche de nous, la SSII française Teamlog a ouvert fin 2002 en Espagne, à Barcelone, un centre de support réseaux (TCP/IP, technologies LAN/WAN, firewall…) et systèmes (Unix, NT, Oracle, Microsoft IIS, Websphere…). Le choix de Barcelone lui permet de proposer ces prestations à des coûts de 35 % inférieurs à ce qu’ils seraient si cette activité avait été localisée en France, tout simplement parce que la main d’oeuvre est moins chère là-bas qu’ici. La proximité géographique du pays choisi amène Teamlog à préférer le terme de nearshore à celui d’offshore pour qualifier son service. Cette proximité résout en effet le problème du décalage horaire, crucial dans le cas du help desk, puisque la France est dans le même fuseau horaire que l’Espagne. La langue n’est elle pas un obstacle? “Non, explique Vincent Billiet, directeur du développement de Teamlog. Barcelone est une ville attractive; du coup, il n’a pas été difficile de convaincre de jeunes techniciens provenant de la plupart des pays européens de venir y travailler, de sorte qu’un client français, par exemple, aura à faire à un technicien francophone.”

S’il est vrai que l’approche nearshore convient bien au help desk, pourquoi n’y avait on pas pensé plus tôt? “Un premier élément de réponse réside dans le contexte économique actuel qui amène les DSI à se focaliser sur la réduction des coûts, explique Vincent Billiet. Mais surtout le passage à la monnaie unique facilite la comparaison entre les coûts des prestations informatiques des divers pays européens. Grâce à l’euro, les disparités sont particulièrement flagrantes pour les responsables informatiques des entreprises pan-européennes. Ce qu’ils constatent c’est un très net clivage entre d’un côté les pays d’Europe du nord, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, les pays Scandinaves… et de l’autre les pays d’Europe du sud : Espagne, Italie et France. Le niveau de facturation d’un jour de développement homme est plus élevé dans les premiers que dans les seconds. Ainsi la journée d’un consultant spécialiste de l’informatique financière sera-t-elle facturée entre 450 et 500 euros à Paris, et entre 700 et 800 euros à Londres. Pour ce prix là, vous avez un consultant SAP en Allemagne alors que c’est, en France, le niveau de facturation d’un directeur de projet. Bien évidemment, ces différences ne se justifient pas par un niveau de compétence supérieur.” L’approche tayloriste n’est plus de mise

Du coup, est il envisageable de délocaliser d’autres activités traditionnelles des SSII ? Dans le cas de Teamlog, il n’y a aucun projet en ce sens. Et la SSII se montre même très réservée sur la délocalisation des activités de conseil et de service informatique. Cela se comprend aisément car l’informatique de gestion requiert une proximité entre les développeurs et les utilisateurs du système développé afin que les besoins fonctionnels de ces derniers soient bien pris en compte. En outre, note Vincent Billiet, “les développeurs ont à leur disposition de plus en plus d’outils de développement, de sorte qu’ils sont moins amenés à “coder””. En somme, les projets informatiques actuels se prêtent de moins en moins à une approche tayloriste avec d’un côté la phase de conseil et de l’autre sa décomposition en tâches de développement, éventuellement délocalisables.

La menace pour les informaticiens français de voir les opportunités d’emploi dans les SSII se réduire drastiquement dans les années à venir en vertu d’un phénomène similaire à ce qui frappe certaines industries est donc assez faible. Au vu de ce qui précède, il semble que ce soit surtout, comme le montre Teamlog, les seules prestations de type help desk qui soient concernées. Que deviendront les techniciens affectés à ces tâches? Là encore, Vincent Billiet se veut rassurant : “Les informaticiens ont toujours la possibilité d’évoluer vers d’autres fonctions. Si le support de premier niveau se délocalise massivement, il leur reste à évoluer vers des fonctions de support de 2e ou 3e niveau”.

Comme le note l’étude précédemment citée, la situation est, en revanche, tout autre pour le secteur de l’édition logicielle dont le coeur de métier réside bien dans la production de lignes de code. Dans ce cas, la délocalisation vers des pays comme l’Inde paraît une tendance inévitable. Du reste, cela fait déjà plusieurs années que les principaux éditeurs ont créé des centres de recherche et développement dans ces pays. Le mouvement devrait se poursuivre et s’accentuer dans les années à venir. Mais dans un pays comme la France où il y a peu ou pas d’éditeurs d’envergure, ce phénomène ne devrait pas se faire ressentir trop durement.


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