La Fondation Mozilla déploie la nouvelle version de Firefox

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Firefox 1.5 permet de déplacer les onglets de navigation. Il s’enrichit des formats graphiques Canvas et SVG.

Après 18 mois de développement, une poignée de versions alpha et bêta et trois Release Candidates (versions dont les développements sont arrêtés pour se concentrer sur la correction des bugs), le tant attendu Firefox 1.5 devrait être disponible dans la soirée du mardi 29 novembre 2005. “Le logiciel est finalisé depuis quelques jours mais il nous restait plein de choses à faire”, commente Tristan Nitot, président de Mozilla Europe, la branche européenne de la Fondation Mozilla.

Notamment la localisation du navigateur. Firefox “Deer Park” (nom de code de cette version 1.5) sera disponible simultanément dans une dizaine de versions linguistiques, dont une française. A terme, le navigateur alternatif supportera une quarantaine de langues, y compris quelques idiomes comme le basque ou le catalan. “Le principe du logiciel libre permet à quiconque de traduire, bénévolement, l’application ou le site Web”, explique le représentant européen de Mozilla. Un avantage certain sur le monde propriétaire où les localisations ne sont envisagées que si l’entreprise peut en tirer des avantages (généralement financiers) du marché.

Mise à jour automatique de l’application

Aussi nombreuses soient les nouveautés (“des centaines d’évolutions depuis les versions 1.0”, écrit Tristan Nitot dans son blog), les changements ne sauteront pas, dans un premier temps, aux yeux de l’utilisateur habitué à Firefox 1.0x. “On a beaucoup travaillé sur les performances et sur le moteur Gecko 1.8”, souligne Tristan Nitot, “et quelques petites améliorations sur l’interface pas faciles à remarquer.” La plus visible d’entre elles est la possibilité de pouvoir déplacer les onglets de navigation, ou encore l’affichage en mode Web (au lieu d’une pop-up précédemment) d’une page d’erreur de saisie d’adresse Web, avec explications et aide pour trouver le site recherché.

Autre nouveauté aussi importante que pratique : la mise à jour automatique de l’application. La petite flèche rouge de Firefox 1.0x disparaît au profit d’une vérification quotidienne des mises à jour du navigateur avec, si nécessaire, le téléchargement du correctif (quelques dizaines de Ko au lieu des 5 Mo environ de la version complète) et installation dans la foulée après validation par l’utilisateur. Le respect de la vie privée est renforcé à l’aide d’une commande (un bouton ou une combinaison de touches) qui permet d’effacer en une seule fois, selon les paramètres choisis, toutes les traces d’une session de navigation : historique de navigation et de téléchargement, saisie de formulaires, cookies, mots de passe, cache et session authentifiée.

Utilisateurs avancés et grand public

Gecko, le moteur graphique de l’application, s’enrichit lui du support de Canvas et du SVG, deux formats qui permettent, à coup de Javascript, d’intégrer des images, qui plus est dynamiques, dans la page Web, évitant ainsi les requêtes serveur. Outre les jeux d’action (Doom-like) ou d’habileté (Tetris), ces formats autorisent la génération de graphiques (courbes, camemberts, etc.) en temps réel, sans avoir à solliciter le serveur à chaque saisie de données. Gain de temps et amélioration des applications Web en perspective.

“Firefox est aussi innovant par sa faculté à attirer les utilisateurs les plus avancés tout en séduisant le grand public grâce à un mécanisme d’extensions faciles à installer”, ajoute le porte-parole de Mozilla Europe. Il existe environ 700 extensions validées par la communauté Mozilla, “même s’il n’y en a que 20 ou 30 réellement utiles”. Certaines finissent d’ailleurs par être intégrées à l’application comme les flux RSS ou, dans Firefox 1.5, la possibilité de déplacer les onglets. Bref, en plus d’être innovant, Firefox est modulaire et évolutif selon les besoins de chacun. Une souplesse qui participe à son adoption face à l’offre de Microsoft.

Contrairement à la première mouture du navigateur, la Fondation Mozilla ne s’est pas fixé d’objectif en termes de nombre de téléchargements. “Nous souhaitons surtout gagner des parts de marché”, rappelle Tristan Nitot, afin de “rétablir le choix et l’innovation”, motivation première des animateurs de la communauté Mozilla et du logiciel libre en général. Firefox est aujourd’hui crédité de près de 17 % de part de marché en Europe par Xiti Monitor (voir édition du 16 novembre 2005). La barre des 20 % pourrait donc être allègrement franchie avec Deer Park.

Une avance technologique certaine

L’arrivée prochaine d’Internet Explorer 7, soutenue par la puissance marketing de Microsoft, ne risque-t-elle pas de mettre un frein à l’adoption du navigateur symbolisé par le panda rouge ? “Je pense que nous bénéficions d’une avance technologique”, soutient le président de Mozilla Europe. “En matière de support des standards, nous sommes à des années-lumières”, notamment à travers l’adoption de SVG et Canvas qui seront par ailleurs respectivement intégrés dans Opera et Safari.

Notons également que Firefox 1.5 se dote d’un outil (le Report broken web site) qui permet de signaler à la Fondation les sites incompatibles avec Firefox. “Après, nous allons voir leurs éditeurs pour tenter de trouver une solution.”

Paradoxalement, le succès de Firefox risque de susciter toujours plus de tentatives d’attaques au risque de voir l’application, et l’ordinateur qui l’héberge, corrompus par des pirates. “Je ne partage pas cette analyse”, réagit Tristan Nitot, “le serveur Apache est beaucoup moins attaqué que les serveurs IIS de Microsoft et pourtant il concentre 70 % des serveurs Web.”

Pour autant, le porte-parole de Mozilla ne prétend pas disposer du produit parfait. “C’est tout bonnement impossible mais la libre disponibilité du code source rend l’application complètement transparente et nous force à l’honnêteté. C’est la meilleure des sécurités.” D’autant que, jusqu’à présent, la communauté s’est montrée très réactive sur les bugs, permettant ainsi une correction rapide des failles.

Une version 2 de Firefox en mai 2006

Outre les correctifs continus, le navigateur évoluera vers une version 2 (nom de code The Ocho) prévue pour mai 2006. “Nous souhaitons sortir une nouvelle version tous les 6 à 9 mois pour maintenir la pression avec une nouvelle version du moteur prévue une fois sur deux”, explique Tristan Nitot. Un dynamisme qui fait effectivement défaut à Microsoft dont la version 6 d’IE date déjà de cinq ans (même si le SP2 de Windows XP a renforcé la sécurité du navigateur en 2004).

La version 1.5 de Thunderbird, le client de messagerie également basé sur Gecko 1.8, sortira elle dans la foulée de Firefox. “Disons avant fin janvier 2006”, promet Tristan Nitot.


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