La lutte antipiraterie, ça marche, estiment les producteurs de disques

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Le marché du disque a repris des couleurs au premier trimestre 2005, grâce à la baisse des prix et aux initiatives contre le téléchargement illégal, selon l’analyse du SNEP.

“Ça va mieux mais c’est pas ça.” Par la voix du Syndicat national des éditeurs phonographiques (SNEP), les producteurs ont fait le point le 19 avril sur les ventes de disques en gros en France sur le premier trimestre 2005. Globalement, le marché a progressé en volume de 16,3 % (36,3 millions d’unités vendues, tous supports et genres confondus) pour un chiffre d’affaires en progression de 5,8 % (236,6 millions d’euros).

Pour Hervé Rony, secrétaire général du SNEP, “la chute est enrayée”. Cependant, “il faudra attendre un an et demi à deux ans avant d’avoir une vraie stabilité”, relativise Gilles Bressand, le président, qui préfère ne pas se montrer “trop optimiste”. Deux facteurs sont avancés pour expliquer ces bons chiffres. Les efforts faits sur les prix des disques en rayon et les actions contre le téléchargement illégal. La Société civile des producteurs phonographiques (SCPP) a d’ailleurs confirmé qu’elle a déposé, la semaine dernière, une demande d’autorisation de surveillance et conservation des données de connexions sur les réseaux peer-to-peer auprès de la CNIL. La SCPP a choisi la société Advestigo comme prestataire technique pour la surveillance et le routage des messages d’avertissement à l’encontre des internautes.

Du trafic sans valeur

“La lutte antipiraterie, ça marche”, estime Hervé Rony. Aucun chiffre ou étude n’a cependant été présenté pour étayer cette hypothèse que partage par ailleurs la SCPP à l’origine des actions en justice à l’encontre d’internautes indélicats avec les droits d’auteur (voir édition du 7 octobre 2004). Le SNEP a donc bien l’intention de poursuivre ses efforts contre le piratage en ligne et attend notamment des fournisseurs d’accès (FAI) un “soutien efficace”. Soutien fixé dans le cadre de la charte antipiratage signée dans le courant de l’été 2004 entre les FAI, les acteurs représentant le secteur du disque et le gouvernement (voir édition du 28 juillet 2004).

De son côté, si la baisse des prix de détail des disques présente une piste intéressante pour enrayer la crise du secteur, elle ne constitue pas la solution. “Cela génère du trafic mais pas de valeur”, constate Gilles Bressand. D’où l’écart significatif entre le volume des ventes et le chiffre d’affaires présenté plus haut. Il n’en reste pas moins que ce dernier a progressé malgré tout.

Le SNEP envisage donc l’avenir plus sereinement. “Si 2004 a été l’année de la piraterie, 2005 sera l’année de la diversité des médias”, résume Hervé Rony. Nouvelles radios, nouvelles chaînes de télévision (notamment la TNT), nouveaux supports (téléphones mobiles), négociations avec les diffuseurs pour installer la musique dans le paysage audiovisuel… Et sur Internet. “Il est urgent de faire la promotion de la musique légale en ligne”, prévient le secrétaire général qui reconnaît que le tarif de 99 centimes d’euro par titre téléchargé “n’est pas tenable”. “Il y aura forcément un débat à la fois sur les problèmes de répartition et sur le prix du titre […] mais c’est très compliqué d’augmenter les tarifs dans les mois qui viennent.” Augmenter les tarifs de la musique en ligne risquerait en effet de briser un marché naissant. Le SNEP compte communiquer ses résultats à ce sujet avant l’été.

450 000 titres numérisés

D’ici là, les producteurs préfèrent se concentrer sur les affaires en cours. A savoir la poursuite de la numérisation des catalogues (en France, 450 000 titres sont désormais accessibles sous forme de fichiers informatiques contre 130 000 il y a un an). Et la transposition en droit français de la directive européenne sur le droit d’auteur et les droits voisins dans la Société de l’Information dont les premiers débats se dérouleront à l’Assemblée nationale les 6 et 7 juin prochain (si tant est qu’ils soient maintenus après le référendum sur la Constitution européenne). Le SNEP tient à rappeler qu’il soutient le texte, s’oppose notamment à toute nouvelle exception à la copie privée et reconnaît le droit à la mise en place de protection contre le piratage sur les supports physiques.

Les producteurs en profitent pour rappeler leur opposition totale à l’idée de licence légale défendue notamment par l’Adami/Spedidam (voir édition du 18 mars 2005). “La licence légale, c’est l’expropriation des droits de propriété intellectuelle”, soutien Gilles Bressand qui en profite pour rappeler que la mise en place de cette licence passerait par une augmentation d’une dizaine d’euros des abonnements Internet.

Systèmes de protection des CD : l’UFC/Que choisir débouté en appel
Le 15 avril, la cour d’appel de Versailles a débouté l’UFC/Que choisir face à la maison de disques EMI. Suite à une première victoire en 2003 face aux maison de disques pour “vice caché” dans un CD audio protégé contre la copie pirate, l’association de consommateurs avait demandé le retrait de tous les dispositifs de protection des supports. Le tribunal a donc refusé la demande de l’association mais oblige EMI a lui verser 10 000 euros de dommages et intérêts.

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