La Pomme bénéficiaire… et sans plan social

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Il y a des sociétés à qui il convient de tirer son chapeau. Apple en fait partie. Première à avoir annoncé que ses résultats n’atteindraient pas ses espérances, il y a six mois, la voilà à nouveau bénéficiaire, comme prévu. Les leviers sur lesquels a agi la firme sont des plus classiques. Un seul manque à l’appel : les licenciements. De quoi se poser des questions sur les méthodes de gestion d’autres sociétés…

Apple vient d’annoncer ses résultats pour son deuxième trimestre fiscal. La firme a réalisé un chiffre d’affaires de 1,43 milliard de dollars (environ 10,6 milliards de francs) et dégage un bénéfice net de 40 millions de dollars (près de 300 millions de francs). Apple compte atteindre un chiffre d’affaires total de 5,6 à 5,8 milliards de dollars cette année, un peu en dessous de son objectif de 6 milliards, et cela malgré une conjoncture morose. Fred Anderson, le CFO (directeur financier) d’Apple (voir édition du 29 août 2001) considère qu’il convient de rester sur une position de conservatisme, en raison de l’environnement économique actuel. Il a souligné toutefois auprès de Reuters qu’Apple “s’y prend très bien comparé à beaucoup d’autres sociétés comme Cisco”. “Nous n’avons pas licencié et nous nous portons bien, mais je pense qu’il est prudent de rester modeste”, a-t-il ajouté. La firme est bien en recul de 500 millions de dollars (environ 3,7 milliards de francs) par rapport à ses ventes de la même période l’année dernière, mais elle a réussi à redresser son modèle bénéficiaire après qu’il s’est écroulé il y a près de six mois (voir édition du 2 octobre 2000). Elle termine même le trimestre avec un peu plus de trésorerie qu’au début (4,1 milliards de dollars, en augmentation de 1,4 %) !

Cette annonce ne fait que souligner la pertinence du modèle de développement choisi par la Pomme : son redressement très rapide s’appuie sur une politique de marges supérieures à celles de l’industrie (27 % contre 20 % pour les autres sociétés du secteur), sur un dynamisme continu de sa recherche et développement dont le budget moyen s’élève à 3,75 % du chiffre d’affaires annuel, sur une politique drastique de stocks d’invendus (la firme est revenu à un niveau de quatre semaines de stocks pour une valeur de 10 millions de dollars après avoir atteint plus de dix semaines à l’automne) et enfin sur ses nouveaux lancements. Les nouveaux PowerBook et PowerMac se vendent bien, le lancement de Mac OS X a généré 19 millions de dollars (environ 140 millions de francs) dès sa première semaine sur le marché, et les logiciels gratuits tels iTunes ou iDVD sont très convoités.

Un exemple pour les entreprises européennes ?

Tous ces leviers de gestion d’une entreprise sont bien traditionnels : relancer les ventes avec des produits proposant plus de valeur, lisser les stocks et compter sur l’innovation pour susciter l’intérêt. Il manque pourtant un des ressorts les plus bruyamment utilisés par les sociétés : le licenciement ! Pas de débarquement d’employés, si ce n’est la démission de certains cadres d’Apple ! Curieux, alors, que les autres acteurs du secteur passent presque tous par là ! Alors, Apple, un contre-exemple ou un bon élève ? Il est trop tôt pour le dire, surtout quand des risques multiples continuent de planer sur la firme. Mais les six derniers mois chez Apple ont montré ce que peuvent faire des entreprises quand elles ont décidé que leurs forces vives étaient un actif sur lequel s’appuyer pour se redresser. Notons qu’Apple a énormément besoin de son personnel actuellement, alors qu’elle s’apprête à une nouvelle montée en puissance autour de son système d’exploitation Mac OS X. Mais quand même, certaines sociétés du Vieux Continent seraient bien inspirées de penser différemment…

Pour en savoir plus :Le site des investisseurs Apple (en anglais)


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