Mercredi dernier, sur le plateau de l’émission Ce soir ou jamais diffusée sur France 3 (disponible en VOD), Frédéric Taddei a invité un panel de journalistes pour débattre de l’avenir de la profession à l’heure des blogs et autres « nouveaux » supports d’information.
Un avenir visiblement difficile à cerner.
Robert Ménard (fondateur de Reporters sans frontières, directeur de la rédaction du magazine Médias), Laurent Joffrin (directeur de la rédaction de Libération), Bernard Poulet (rédacteur en chef de L’Expansion), Philippe Merlant (La Vie), Philippe Gavi (Président de l’Association des Journalistes Médias) et Benoît Raphaël (ex-rédacteur en chef du média collaboratif LePost, groupe Le Monde) ont été invités à témoigner.
La première partie de l’émission était une sorte de debriefing du reportage « choc » des Infiltrés sur la pédo-pornographie sur Internet diffusé la veille sur France 2 et sur les risques de perdre le statut neutre du journaliste vis-à-vis des forces de police.
Laurent Joffrin s’est interrogé sur le rôle du journaliste et a défendu la protection des sources. Mais le malaise était perceptible : comment un journaliste, qui est aussi un citoyen, peut cautionner sans dénoncer un pédophile actif ?
La question n’aura pas été tranchée au terme de ce débat.
Globalement, les invités ne semblent pas prêts à abandonner leur modèle actuel subventionné par l’Etat, hélas souvent perçu comme l’une des causes du discrédit de la presse aux yeux de la population.
Ce qui alimente la réflexion de Robert Ménard. « La presse crève de connivences, de convenances. »
« Le 100% pub ne finance pas un média de façon pérenne » (dixit Laurent Joffrin)
Seul invité issu de la sphère « e-média », Benoit Raphaël, ex-rédacteur en chef du Post, monte aujourd’hui un nouveau projet en dehors du groupe Le Monde.
Le journaliste en ligne prône l’émergence d’un journalisme en réseau dans une « révolution » qu’il convient d’embrasser.
Autrement dit, il pousse « un nouveau mode de journalisme en lien avec les contributions des internautes ».
Benoit Raphaël défend la pertinence du Post disposant d’un rédaction avec des « journalistes professionnels vérifiant les informations des internautes avant de les publier ».
« Internet, c’est une révolution comme l’imprimerie » , poursuit Benoit Raphaël. Mais on ne pourra pas se passer de journalistes dans ce nouveau monde.
Alors, il suffirait juste d’adapter les supports de diffusion ? « Simpliste et ridicule » , estime Laurent Joffrin.
Le patron de Libération prend l’exemple des sites médias (dont celui de Libération) qui sont, à ses yeux, les plus en pointe face aux millions de blogs et autres sites indépendants.
Bien entendu, le débat a glissé vers le modèle économique de l’info à l’heure du Web sur fond de « tout gratuit ».
Laurent Joffrin souhaiterait que le public prenne conscience de la nécessité de payer un journal pour avoir de l’information. Car produire de l’information de qualité a un coût.
La seule ressource publicitaire ne suffirait pas à financer un média de façon stable et pérenne.
Auparavant, Laurent Joffrin avait d’ailleurs proposé de taxer les fournisseurs d’accès pour financer l’info.
En fin d’émission, le cinglant Robert Ménard lancera à Benoit Raphaël, « je ne suis pas sûr qu’en termes d’information de qualité [...] le monde que vous nous préparez sera meilleur « .
L’ex-rédacteur en chef du Post trouvera une défense en la personne de Philippe Merlant, journaliste à l’hebdomadaire La Vie et autour d’un ouvrage sur les dérives du journalisme (Médias, la faillite d’un contre-pouvoir).
Visiblement, la révolution française de l’information est loin d’être engagée…
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Derniers commentaires
One Response to La presse à l’heure d’Internet, un débat qui reste houleux-
Le 15 avril 2010 à 11:03 par webreac
Le 100% pub n’est pas un bon modèle de financement pour internet (surtout avec la diffusion de pluggins permettant de la filtrer). Pour l’instant c’est le seul.
L’apparition d’Internet provoque une révolution vis à vis de la presse (tout le monde peux toucher tout le public grâce à un banal blog).
La presse utilise un modèle moribond qui avait déjà été perverti par la publicité (journaux gratuits) avant le développement d’internet.
Les consommateurs aiment leurs journalistes et voudraient leur donner un peu d’argent, mais payer un journal serait cautionner le maintien d’un modèle dépassé. Je n’ai pas envie que mon argent serve au gaspillage de papier, paie des livreurs qui chient dans mon jardin et des actionnaires rentiers. La part qui va chez les journalistes est trop faible.
Ce que l’utilisateur veut, c’est un système de micro paiement (genre 0.01€ par article lu et apprécié) qui aille directement vers le journaliste, sans que des intermédiaires prennent 90%.
C’est le même problème que pour les artistes. Les consommateurs veulent récompenser les artistes, mais ne pas cautionner des multinationales qui les considèrent comme des pompes à fric.
Internet permet de supprimer les intermédiaires. Il faut que les banques facilitent ce modèle et que les anciens exploiteurs s’éteignent comme les dinosaures.