La stratégie d’Apple tend-elle vers le 64 bits ?

Mobilité

Si l’acquisition récente de Nothing Real par Apple vise bien l’industrie du cinéma, la firme se doit de disposer d’un logiciel de traitement 3D. Une rumeur court en ce sens au sujet de Maya. Si elle s’avère, la Pomme pourrait avoir intérêt à profiter de son architecture PowerPC pour proposer des solutions 64 bits à cette industrie, la seule avec le domaine des sciences et le marché des serveurs à avoir de réels besoins dans ce domaine. Un nouvel indice sur la prochaine sortie du G5 ?

Le marché de l’informatique pour l’industrie cinématographique est très restreint : seuls quelques pays dans le monde l’ont développé et Hollywood le domine de la tête et des épaules, même si le cinéma indien produit également en nombre. L’année dernière, les industriels du cinéma américain ont dépensé la bagatelle de 530 millions de dollars (580 millions d’euros) dans les seuls logiciels de création de contenu numérique pour leurs films ! Soit près de 30 % d’un marché informatique du cinéma évalué à 1,9 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) ! Tous les studios cinématographiques passent par ces technologies : Industrial Light and Magic (ILM), la firme de Georges Lucas, le créateur de la Guerre des Etoiles, à l’origine des effets spéciaux de Men In Black, de Pearl Harbor ou de Mission Impossible s’avère particulièrement courtisée. Apple, Autodesk, Intel, Compaq ou AMD font partie des sociétés qui viennent frapper à sa porte, selon Newsfactor. La Pomme semble en train de préparer une entrée tonitruante sur ce marché (voir édition du 22 mars 2002). Mais le marché du cinéma ne s’arrête pas là : il compte également une multitude d’indépendants, aux budgets plus serrés, et pour qui les solutions logicielles permettent de réaliser des économies non négligeables.

Pour Sean Ashley et Joshua Hong, par exemple, deux indépendants basés à Singapour interrogés par Asiaone.com, la solution complète de logiciels et d’équipements Apple s’avère 7 fois moins chère à l’acquisition que les systèmes numériques traditionnels utilisés par les gros studios et proposés notamment par Avid ou Discreet. Le différentiel s’appuie sur la combinaison de Final Cut Pro et de son utilisation spécifique du processeur PowerPC qui équipe les Mac. Même raisonnement chez Orphanage, une société créée par trois anciens d’ILM. Son équipement se base sur les machines professionnelles d’Apple, et sur des logiciels vendus dans le commerce : After Effects, Photoshop, FormZ, ElectricImage, QuickTime ou Maya, dont une version gratuite (voir édition du 27 février 2002) a récemment été un succès pour son éditeur avec plus de 110 000 téléchargements ! Ce dernier logiciel, le spécialiste du 3D, vient de voir son prix baisser pour passer sous le seuil des 2 000 dollars (2 349 euros) dans sa version de base et 6 999 dollars (8 149 euros) dans une version illimitée.

Effets spéciaux et G5…

La pression du marché et les opportunités présentes dans l’industrie cinématographique, ainsi que d’incessantes rumeurs de mise en vente d’Alias/Wavefront pourraient tout aussi bien pousser la Pomme à en faire son acquisition pour proposer une solution complète logiciel et matériel “à la Apple”. Le site américain Think Secret souligne la possible volonté de Cupertino de devenir un acteur significatif dans le domaine des effets spéciaux et de la post-production. Mais pour se singulariser de manière déterminante, Apple pourrait bien avoir déjà monté une stratégie plus complexe, visant à s’appuyer sur la puissance de calculs 64 bits de ses prochains microprocesseurs G5. Ses processeurs actuels, les G4 traitent des “mots informatiques” plus courts, de 32 bits. Le G5, dont la rumeur a révélé l’existence à la fin 2001 (voir édition du 30 novembre 2001) et dont Motorola a déjà commercialisé un dérivé, pourrait faire son apparition avant la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. Le temps pour Apple de monter son offre dans le domaine du cinéma et des arts graphiques et d’en commencer la commercialisation. Les puces 64 bits n’apportent en effet pas de valeur significative à d’autres marchés que ceux demandant des calculs intensifs. Le grand public n’en verra donc sans doute pas la couleur avant longtemps. Avec son G5, Apple pourrait renouveler son offre principalement sur le marché de l’éducation, de la recherche et des sciences, des arts graphiques et éventuellement dans le domaine des serveurs. Mais la route reste longue avant l’introduction d’un G5 à 64 bits, et une version 32 bits dérivée du G4 pourrait d’abord faire son apparition histoire d’en profiter pour faire du cinéma !


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