La vidéo à la demande cherche sa voie face au piratage

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Les studios de cinéma et les FAI se sont rencontrés pour discuter de l’élaboration d’offres légales de vidéo à la demande. Tout le monde est d’accord sur le principe mais la mise en oeuvre reste ardue.

A l’occasion des 14èmes Rencontres cinématographiques de Beaune(Bourgogne), organisées par la société des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP), les professionnels du cinéma et de la fourniture d’accès Internet se sont de nouveau rencontrés pour évoquer la question du piratage de films sur Internet.

Samedi 23 octobre, à l’occasion d’un débat intitulé “Pour une nouvelle alliance entre les fournisseurs d’accès à internet et l’industrie cinématographique?”, les groupes cinématographiques ont exprimé leurs inquiétudes auprès des FAI représentés par Marie-Christine Levet, présidente de T-Online France (Club-Internet) et de l’Association française des FAI (AFA), et par Michaël Boukobza, directeur général d’Iliad, qui a lancé une offre Free sous ADSL 2+ la semaine dernière (voir notre dossier sur l’ultra haut débit).

Les FAI sont généralement montrés du doigt comme incitateurs au partage illégal de fichiers à travers leurs offres d’accès haut débit. Selon le Centre national du cinéma (CNC), près de 500 films ont été piratés en un an (voir édition du 11 octobre 2004). En réponse à ces griefs, les FAI ont répondu, étude à l’appui, que 40 % de leurs utilisateurs étaient prêts à acheter de la musique et des films en ligne, et que le piratage n’arrivait qu’en 5ème position dans les usages qu’offrent le haut débit. Une affirmation corroborée par l’Autorité de régulation des télécommunications (ART) pour qui, selon une étude de mars 2004 de Data Nova, les téléchargements et transferts de fichiers représentent moins de 33 % des applications utilisées sur Internet en France. Malgré ces assurances, l’industrie du cinéma craint une explosion du piratage de longs métrages avec le développement des accès Internet à plus de 5 Mbit/s voire plus de 10 Mbit/s.

Techniquement prêts

Catherine Colonna, récemment nommée à la tête du CNC, a proposé trois voies pour prévenir le piratage. Trois directions qui ressemblent à celles empruntées par l’industrie musicale : la pédagogie, la répression et le développement d’offres légales. Ce dernier point étant l’une des priorités de l’ARP qui, dans un communiqué, a demandé “le développement dans les plus brefs délais d’offres sécurisées et payantes conformes au principe de diversité”. Une offre à laquelle les FAI se sont déclarés prêts d’un point de vue technique pour sécuriser les téléchargements. Un discours cohérent avec la précédente rencontre sous l’égide du gouvernement en vue de l’élaboration d’une charte antipiratage (voir édition du 20 octobre 2004).

Dan Glickman, avait, comme son prédécesseur Jack Valenti les années antérieures, fait le voyage en Bourgogne. Le nouveau président de la Motion Picture Association of America (MPAA, le syndicat des intérêts l’industrie hollywoodienne) est venu soutenir les cinéastes et producteurs français en rappelant la menace que fait peser le piratage sur la création et la diversité. “Une action urgente et coordonnée avec les professionnels concernés est donc indispensable”, a-t-il souligné dans une déclaration commune avec le ministère de la Culture.

Aux éventuelles difficultés techniques s’ajoutent la problématique de la commercialisation des titres soumis à une chronologie de sortie. Où placer la fenêtre d’exploitation de la vidéo à la demande dans la chronologie des médias ? Canal Plus, principal bailleur du cinéma français avec TPS, pourrait se montrer réticent à l’idée qu’une nouvelle fenêtre d’exploitation commerciale comme la VOD émerge parallèlement à la diffusion de films en accès restreint. Il ne faut pas oublier que la majorité des abonnés de la chaîne cryptée souhaitent d’abord bénéficier d’exclusivités cinématographiques.


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