Laurent Toutain (World IPv6 Launch) : “Sortir IPv6 du labo et le mettre en production”

Régulations

Enseignant-chercheur de Telecom Bretagne et membre de l’association G6 pour promouvoir l’IPv6 Launch (6 juin), Laurent Toutain revient sur les enjeux liés au protocole du futur de l’Internet.

Le 6 juin 2012, l’ISOC organise le lancement officiel et définitif d’IPv6 du nom du protocole pour l’Internet du futur.

De grands noms de l’Internet comme Google, Facebook ou Comcast se mobilisent.

Nom de l’opération : “World IPv6 Launch“.

Tous les services Internet à tous les niveaux sont concernés dans le monde : hébergeurs, éditeurs d’applications ou de services Internet, prestataires IT intermédiaires…

En France, l’association G6, réunissant des experts mais aussi des fournisseurs de solutions IT,  tentent de fédérer les initiatives mais elles demeurent timorées.

Explications et sensibilisation à ce thème majeur pour le futur de l’Internet avec Laurent Toutain, Enseignant-chercheur du Département Réseaux, Sécurité et Multimédia de Telecom Bretagne (situé à Brest).

(Interview réalisée le 5 juin 2012)

ITespresso.fr : Quels sont les grands enjeux du World IPv6 Launch ?
Laurent Toutain : L’IPv6 est en cours de déploiement. Maintenant, il s’agit de le passer en mode de production. Il y a une vraie pénurie d’adresses IPv4 en Asie. Tous les nouveaux entrants sur Internet ne peuvent plus disposer d’adresses IPv4.

Cela va arriver en Europe. On peut s’y attendre à partir de la mi-août.

L’existant IPv4 peut continuer à fonctionner mais on risque d’avoir une partition du réseau avec l’arrivée d’IPv6 qui a l’avantage d’offrir un nombre indéfini d’adresses IP pour tous.

ITespresso.fr : “L’IPv6 Launch” va changer quoi ?
Laurent Toutain : en 2011, “l’IPv6 Day” consistait à allumer IPv6 pendant toute une journée. Il s’agissait juste de prouver que l’activation d’IPv6 ne cassait pas Internet. C’était l’apport majeur.

L’an dernier, on a vu que la France était bien lotie lors de l’activation IPv6 qui représentait 0,3% du trafic mondial. C’était relativement négligeable mais la contribution de l’Hexagone a été importante : 3% du trafic IPv6. On peut remercier l’implication de Free.

Pour l’édition 2012, nous avons élaboré un “World IPv6 Launch” : au lieu d’être activé une seule journée, l’IPv6 va fonctionner de manière permanente. Les grands sites en termes d’audience comme Google ou Facebook vont participer à cette initiative.

Ce n’est pas une bascule IPv4 – IPv6 mais une activation parallèle en IPv6. Mais cela ne suffit pas à assurer ce que j’appelle l’Internet des contenus. Il faut que tous les maillons soient compatibles IPv6.

ITespresso.fr : Combien d’acteurs Internet (fournisseurs d’accès, services Internet, prestataires,  etc.) vont participer à cette IPv6 Launch dans le monde et en France ?
Laurent Toutain : Aux Etats-Unis, le câlo-opérateur Comcast va activer IPv6. En France, Free fait de l’IPv6 depuis longtemps en exploitant une passerelle IPv4 – IPv6. Les autres opérateurs ont la possibilité d’activer IPv6 sur leurs boxes comme SFR mais c’est une démarche volontaire de la part des abonnés du FAI. En revanche, France Telecom – Orange aura une approche à plus long terme en introduisant IPv6 sur son réseau et en effectuant une bascule progressive de son infrastructure.

En France, les contributions seront assez timorées. A ma connaissance, il y aura peu de participants. Le mois dernier, nous avions organisé un évènement à l’école Télécom ParisTech ENST pour préparer l’IPv6 Launch du 6 juin*.

Quelques opérateurs comme Neo Telecoms ont annoncé qu’ils allaient mettre en place des dispositifs pour passer du monde IPv4 à IPv6. Mais je ne sais pas s’ils l’activeront pour demain pour coller à l’IPv6 Launch.

On devrait pouvoir compter sur une centaine de participants en France, à en croire les inscriptions prises en compte. Chez OVH ou Gandi, on peut adopter des machines configurées sous IPv6. De son côté, l’AFNIC propose de son côté un service DNS compatible IPv6.

Cela peut prendre du temps. L’idée est de sortir IPv6 du laboratoire et de le mettre en production. Les éléments se mettent en place au fur et à mesure chez les hébergeurs et dans les réseaux. Par contre, c’est le dernier kilomètre pour atteindre l’utilisateur qui manque.

(Lire la fin de l’interview page 2)


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