Le cinéma indien investit Kazaa

Mobilité

Exploiter les réseaux d’échanges de fichiers pour distribuer des films qui n’ont quasiment aucune chance d’être vus sur les écrans occidentaux. En signant un accord de distribution en ligne sur Kazaa, la société de production indienne Aum Creates espère accroître son audience et, pourquoi pas, initier un nouveau modèle économique.

Bientôt, on ne dira peut-être plus “Prochainement sur vos écrans” mais “Prochainement sur votre Kazaa”. Depuis le 12 novembre 2003, il est en effet possible d’acheter légalement des films à partir de la célèbre application d’échange de fichier. Sharman Networks, l’éditeur de Kazaa, a signé un accord avec la société de production indienne Aum Creates pour distribuer en ligne le thriller Supari (Un contrat pour tuer). Le fichier au format WMV de Microsoft est protéger par la technologie de gestion des droit numérique (DRM) d’Altnet qui gère également l’interface de paiement. Supari est accessible pour moins de 3 dollars. Le fichier est programmé pour s’autodétruire après visionnage et ne peut être copié.

60 millions de spectateurs

Pour le distributeur du film, le modèle peer-to-peer proposé par Kazaa offre un potentiel de 60 millions d’utilisateurs environ. Certes, Supari n’est pas le Seigneur des anneaux, et il serait étonnant que les internautes se ruent sur le film indien. Mais, Kazaa offre une bande passante et un réseau de distribution bien moins onéreux qu’une solution “classique” de serveur vidéo. Selon Kazaa, son modèle permet d’économiser jusqu’à 90 % des coûts de bande passante. Quand aux utilisateurs, ils sont certains de bénéficier d’une version officielle et de bonne qualité du film ainsi que d’une fluidité du téléchargement. Un rapide test nous a permis de constater un téléchargement supérieur à 200 Kbits/s en moyenne. Dans le cas de Supari, cela pourrait notamment intéresser la communauté indienne expatriée.

Supari est un premier pas de l’industrie cinématographique dans l’univers du P2P. Evidemment, la production indienne n’a pas la puissance marketing de Hollywood et reste marginale pour les exploitants de salles occidentaux. C’est pourquoi les réseaux numériques de distribution présentent une chance pour ces productions locales qui ne trouvent que trop rarement grâce aux yeux des distributeurs européens et américains. Il reste que, si la sauce prend, Hollywood, ainsi que l’industrie du disque, pourrait regarder d’un oeil nouveau les réseaux P2P. Après tout, ce modèle leur offrirait un réseau de distribution dont la plupart des coûts reste à la charge des internautes (via leur abonnement d’accès Internet). Le modèle du P2P pourrait réussir là ou la vidéo à la demande a tant de mal à s’imposer.


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