Le grand blues des fabricants de modems ADSL

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Au pays de l’ADSL, France Télécom est roi : seules deux marques de modems trouvent grâce à ses yeux. L’opérateur historique invoque l’obligation de respecter des standards draconiens. Les fabricants hors circuit, eux, soupçonnent la collusion commerciale.

L’ADSL passera pour l’instant exclusivement par les modems d’Alcatel et de ECI, les fabricants responsables de l’infrastructure du réseau français, a décrété France Télécom. La concurrence n’a qu’à ronger son frein, alors même que leurs produits ont presque tous passés avec succès de rigoureux tests internes, validés par France Télécom (voir édition du 15 février 2001). La situation est aujourd’hui ubuesque : le fabricant Olitec commercialise par exemple un modem ADSL/V92…dont la fonction ADSL ne sert à rien, l’opérateur historique refusant systématiquement de raccorder le produit. Olitec nous a même expliqué qu’un certain nombre de ses clients ayant contacté l’opérateur historique se sont vu menacés par e-mail. En substance, s’ils se raccordaient et qu’ils étaient ensuite la cause d’un problème sur le réseau, ils pourraient écoper “d’une amende de 50 000 francs”. On se demande bien de quel droit.

De telles pratiques sont-elles légales ? La question est immédiatement balayée par France Télécom : “Que cela plaise ou non, c’est notre réseau, on fait ce que l’on veut”. D’ailleurs, “même l’ART n’a pas pu nous contester cela”. Pratiquement, en effet, la responsabilité de France Télécom dans le cas d’une liaison ADSL s’étend jusqu’à la prise modem de l’abonné. L’opérateur est donc parfaitement en droit de refuser de raccorder un client sous prétexte que le modem choisi ne rentre pas dans ses petits papiers.

Nos chers amis d’Alcatel

Pour Olitec, les risques techniques avancés par France Télécom sont inexistants, puisque ses modems ont été “officieusement” validés depuis de nombreuses semaines.

Le fabricant verrait plutôt une entente tacite en l’opérateur historique et Alcatel : “ils font traîner les choses pour prendre six mois d’avance et une bonne partie du marché”. Paranoïa ? Peut être, mais force est de constater que France Télécom aime beaucoup traîner la patte, comme en témoignent ses incessants contentieux avec le régulateur sur la question du dégroupage (voir édition du 2 mars 2001).

France Télécom, bien entendu, réfute énergiquement ces accusations. “Alcatel ou Olitec, tous les fabricants sont traités de la même manière”, assène-t-on chez l’opérateur. Une affirmation à relativiser : notre interlocuteur ne s’était-il pas étendu auparavant sur le solide partenariat et les “excellentes relations commerciales” qui lient France Télécom à… Alcatel ? Mais n’allons pas chercher la petite bête : l’opérateur a simplement “pris du retard” dans la certification des modems, et c’est tout. Le leitmotiv habituel.


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