Lenovo France : un spectre large de produits pour séduire les entreprises

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Pêle-mêle, la branche France de Lenovo a évoqué Motorola Mobility, les serveurs x86 d’IBM, la gamme ThinkPad, les objets connectés et le datacenter.

Glisser, dans la même phrase, les mots « smartwatch » et « hyperconvergence » : à première vue, on pourrait penser à un pari entre potaches avant un examen oral ; sauf que pour Stéphane David, c’est du sérieux.

Des objets connectés au datacenter, le président de Lenovo France s’est employé, dans le cadre d’un point presse organisé ce jeudi, à illustrer l’étendue de la gamme de produits inscrite au catalogue du groupe chinois.

Parmi les cas pratiques exposés, on retiendra cette analyse de données biométriques recueillies sur une montre connectée, transmises à un PC via un smartphone, envoyées vers une appliance SAP HANA et restituées sur une tablette.

Au premier abord, cette stratégie transversale est d’autant plus difficile à lire que Lenovo revendique, dans l’Hexagone, une « position équilibrée entre les gammes professionnelles et consumer ».

Stéphane David clarifie les objectifs : il s’agit avant tout de conquérir, d’ici à l’année prochaine, la première place sur le marché français du PC, devant HP. Selon les données d’IDC pour 2015, Lenovo en a capté 17,7 % en 2015, avec environ 1,5 million de machine vendues.

Entre deux mondes

Sur le segment des tablettes, les ambitions sont plus mesurées : atteindre les 15 % de part de marché, toujours à l’horizon 2017 (sachant qu’IDC crédite Lenovo de 4,6 % des volumes de ventes au 4e trimestre 2015).

Dans cette optique, un projet est en cours de gestation autour d’Android for Work. Mais Lenovo n’en a pas plus à dire que lorsque nous avions rencontré, fin 2015, le chef produits BtoC Jean-Philippe Castelain et le directeur marketing Europe du Sud Laurent La Rocca.

Le discours se porte plutôt sur cette montée progressive en spécifications orchestrée sur des modèles grand public pour les rendre exploitables en entreprise.

Dans le domaine des tablettes, la Miix 700 en est l’exemple : Lenovo adapte le produit distribué dans les canaux BtoC en l’agrémentant d’une puce TPM, d’un stylet, de Windows 10 Pro et des services associés (dont une garantie de 3 ans sur site) ; le tout étant uniquement commercialisé via les revendeurs BtoB.

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Même approche avec le convertible Yoga 900, décliné en « Business Edition », toujours en 13,3 pouces avec la QHD+ en option (3 200 x 1 800 pixels) et une sélection de puce Intel Core jusqu’à l’i7. Le ticket d’entrée étant fixé à 1 299 euros TTC, le public visé est surtout constitué de cadres qui en feraient l’utilisation pour le travail dans un scénario BYOD (« Bring Your Own Device »).

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ThinkPad-mania

Le cœur d’activité de Lenovo sur le marché des entreprises reste la marque ThinkPad. Et l’heure est à la diversification des formats : si l’ultrabook ThinkPad X1 Carbon reste d’actualité, il est décliné en une tablette et un convertible.

Parmi les éléments communs à cette famille X1, une protection contre les environnements difficiles, des puces Core de dernière génération (m7 ou i7), la connectivité 4G à 300 Mbit/s descendants sur modem Qualcomm Snapdragon X7 LTE et des SSD M.2 NVMe signés Samsung (jusqu’à 5 fois plus rapide que les modèles SATA).

Il faut compter au minimum 1 299 euros TTC pour la version 2016 du ThinkPad X1 Carbon, un 14 pouces (1 920 x 1 080 ou 2 560 x 1 440 pixels) qui fait l’impasse sur l’USB Type-C et sur le tactile, mais associe le HDMI à un MiniDisplayPort et prend en charge le WiGiG – communication Wi-Fi à courte portée sur la bande à 60 GHz – pour une station d’accueil.

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Les capacités de stockage SSD et de mémoire vive peuvent respectivement être portées à 1 To et 16 Go. Il en va de même pour la ThinkPad X1 Tablet, une 12 pouces (2 160 x 1 440) dont le premier prix est fixé à 1 499 euros TTC et qui a la particularité d’être livrable sous Windows 10 Home.

Pas de WiGig et uniquement des puces Core m. Lenovo mise davantage sur l’évolutivité du produit, qui dispose d’un panneau amovible pour faciliter la maintenance et auquel on peut greffer trois modules : Productivité (149 euros, avec batterie, port HDMI et interface dock OneLink+), Présentation (279 euros, avec pico-projecteur et port HDMI) et 3D Imaging (149 euros, avec caméra à technologie Intel RealSense).

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Wintel inside

« Sur les stations d’accueil, on n’est pas parvenu à imposer un standard, reconnaît Alexandre Wallyn, chef produits BtoB. On va probablement s’ouvrir, au fur et à mesure, à des solutions plus ‘traditionnelles’ comme l’USB. »

Le ThinkPad X1 Carbon en version convertible, cela donne le ThinkPad X1 Yoga. D’un modèle à l’autre, l’essentiel du hardware est reconduit, avec quelques ajouts, dont un stylet intégré et une option OLED pour l’écran QHD (2 160 x 1 440). On reste dans une gamme de produits relativement fins et légers (16,8 mm pour 1,27 kg), avec 3 ports USB, un HDMI et un MiniDisplayPort.

Dans cette offre x86 qui comprend au total une douzaine de références, on note l’absence d’AMD. Sur le front des systèmes d’exploitation, pas un mot concernant Chrome OS.

Quant à Ubuntu, on a pu recenser quelques initiatives comme le lancement du ThinkPad L540 l’année dernière en Inde, mais « c’est la niche de la niche », selon Stéphane David. Un foyer existe dans une moindre mesure au sein du secteur public, Lenovo proposant par ailleurs une offre de support de l’OS open source sur « certains » de ses PC.

En France, si certaines collectivités se sont tournées vers les machines Lenovo (mairie de Paris, conseils généraux d’Alsace et d’Auvergne…), c’est souvent après avoir amorcé une réflexion sur la partie infrastructure.

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Ça bouge dans le datacenter

En la matière, le maître mot pour 2016 est l’hyperconvergence – ou comment je gère de concert mes serveurs et mon stockage.

Avec l’objectif de doubler sa part de marché sur les serveurs (8,3 % dans l’Hexagone au 4e trimestre 2015 selon IDC, en associant les ThinkServer et les System x hérités d’IBM), Lenovo se concentre sur la définition d’architectures de référence et s’entoure de partenaires comme IBM, Nutanix ou Simplivity pour la virtualisation des ressources dans une approche software-defined.

La multinationale reconnaît que les infrastructures hyperconvergées ne constituent encore qu’un marché de quelques millions de dollars, quand le convergé en représente plus de 10 milliards, avec une croissance à deux chiffres. Mais elle y voit une tendance lourde de ces prochaines années, avec l’explosion des besoins en stockage et en puissance de calcul.

Sur le court terme, en l’occurrence l’année prochaine, devrait intervenir la fusion des gammes ThinkServer et System x, la première étant plutôt orientée vers les PME et les approches décentralisées, quand la seconde répond à des besoins plus évolués, dont les environnement convergés. La R&D des deux entités a déjà fusionné. Le nouvel ensemble pour le marché français est basé à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).

Pour l’heure, Lenovo France a son contrat référence dans sa stratégie d’acquisition client. Et quel contrat : 160 millions d’euros sur 4 ans avec le ministère de la Défense.

Ce n’est pas tant le fondement de l’accord qui avait suscité la polémique, mais le fait que Lenovo se soit glissé, à la faveur du rachat des System x, dans les datacenters des armées. À l’origine (mai 2014), le contrat avait effectivement été signé avec Computacenter sur la base de serveurs IBM x86.

Pour Stéphane David, il n’y a pas de polémique. Non seulement du fait que la Dirisi, DSI de la Défense, était déjà équipée en PC Lenovo, mais aussi parce que le groupe chinois n’intervient que comme sous traitant, la maintenance étant assurée par les équipes d’IBM.

Quelle place pour Motorola ?

L’autre acquisition majeure intervenue dernièrement portait sur Motorola Mobility, acquis auprès de Google pour près de 3 milliards de dollars. L’opération avait été bouclée à l’automne 2014, entraînant un mouvement de restructuration, plusieurs milliers de postes étant supprimés par la consolidation avec les activités de Lenovo.

Lors de notre entretien fin 2015, Jean-Philippe Castelain nous avait confié que la quasi-totalité des ingénieurs avait été conservée. Les réajustements d’effectifs se sont concentrés sur le commercial et l’industriel, Lenovo déclarant disposer d’une usine « capable de produire 100 millions de smartphones par an ».

Sur le marché européen et plus particulièrement en France, la franchise Moto restera exploitée, avec un positionnement orienté haut de gamme. Les autres terminaux seront commercialisés sous la marque Vibe, à commencer par les K5 et K5 Plus, présentés lors du dernier Mobile World Congress.

En entreprise, Lenovo mise sur une offre Android sans surcouche pour faciliter le déploiement de l’OS et sa mise à niveau. Pour les utilisateurs en mal de respect de leurs données personnelles, il y a la série des ZUK sous Cyanogen OS (le Z2, annoncé en novembre 2015, n’est pas encore arrivé en France).

Sur le volet Windows, c’est le désert. Et quand on évoque des produits ambitieux comme l’Elite x3 de HP, Alexandre Wallyn, bien placé en tant qu’ancien du groupe informatique de Palo Alto, esquisse un sourire. « Il faut de ces acteurs qui poussent le marché, […] mais je ne crois pas vraiment à ce type d’appareil qu’on glisse dans un dock pour en faire un PC ».

Il conclut : « Pour le moment, il ne peut pas y avoir un ‘device à tout faire’. On en reparlera le jour où on pourra mettre un processeur de PC dans un smartphone ».

Crédit photos : Lenovo


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