L’entreprise, cible privilégiée d’Apple en 2004 ?

Mobilité

Sur le marché des serveurs, dont le chiffre d’affaires annuel est estimé à un peu plus de 12 milliards d’euros, Apple n’occupe encore qu’une place symbolique. Mais selon Jean-René Cazeneuve, P-DG d’Apple France, l’intérêt des grands comptes pour ses solutions croît de jour en jour.

L’institut d’étude Gartner évalue le chiffre d’affaires annuel du marché des serveurs à près de 15 milliards de dollars (12 milliards d’euros), en ne prenant en considération que les segments les plus concurrentiels. Celui des grands serveurs de bases de données d’entreprises, d’applications et de calcul pèse à lui seul près de 5,5 milliards d’euros. Quant à celui des petits serveurs (1 à 4 processeurs), il représente 90 % des unités commercialisées en 2002 pour un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros. Selon le cabinet d’études IDC, ce marché est dominé largement par IBM (environ 31 % du marché), HP (28 %), Sun (11 %) et Dell (9,5 %). Apple n’y fait encore que de la figuration, les entreprises privilégiant les gros vendeurs de solutions Unix, Windows et Linux. Mises à part les bases de données d’entreprises, la firme compte pourtant bien tirer parti de son excellent rapport performances/prix sur quelques segments de ce marché en forte croissance. En France aussi, la machine a quelques belles cartes à jouer (voir édition du 28 avril 2003). Jean-René Cazeneuve, le DG d’Apple France, a bien voulu nous éclairer sur le rôle que le Xserve G5 pourrait prendre dans l’Hexagone.

Vnunet : Qu’apporte la commercialisation du Xserve G5 en France ?

Jean-René Cazeneuve : Le Xserve G5 est avant tout une évolution du Xserve G4. Il est d’abord un tout petit peu moins cher et surtout, il s’agit d’un monstre de calcul [30 gigaflops théoriques contre 19 pour le Xserve G4, Ndlr]. Il doit avant tout permettre à nos clients de disposer d’une offre plus puissante en complément du Xserve précédent. Le Xserve reste la machine que nous destinons aux entreprises pour leur permettre de réaliser leur migration vers Mac OS X. Vous savez qu’il s’agit d’une opération un peu compliquée aujourd’hui en entreprise. L’année dernière, près de 50 % de nos clients des grandes entreprises ont réalisé des comparatifs avec nos concurrents et testé la machine. Mais elle intéresse aussi d’autres sociétés qui nous interrogent désormais sur ce qu’elle est en mesure d’offrir. L’année dernière, nous avons ainsi fourni quelques Xserve à certaines entreprises non clientes pour leur permettre de réaliser des comparatifs et des benchmarks. Actuellement, on peut dire qu’entre la moitié et les deux tiers des entreprises qui nous approchent en France n’ont aucun Mac dans leur organisation.

Vnunet : Mais les entreprises peuvent-elles se fier à Apple alors que vous n’avez pas de plan clair sur plusieurs années (voir édition du 6 janvier 2004) ?

J-R. C : Je ne suis pas du tout de votre avis ! Notre roadmap est claire : nous nous engageons sur la voie de l’informatique 64 bits, le G5 est notre processeur de choix, il aura évolué d’ici à 3 ans et aura augmenté sa fréquence. Côté logiciel système, nous faisons monter en puissance Mac OS X : près de 40 % de notre base installée en est pourvue, ce qui crée un effet d’entraînement sur le reste de notre clientèle. Cette adoption est accélérée par deux éléments : nous ne vendons plus qu’une seule machine fonctionnant sous Mac OS 9 [le PowerMac G4, Ndlr] et nous proposons des licences en volumes pour les entreprises. Dans les années à venir, nous ne changerons pas ce logiciel. Essayez de me montrer une roadmap aussi claire côté Wintel ! Il y a bien AMD qui a un boulevard avec ses processeurs 64 bits compatibles 32 bits, mais du côté Intel on nage dans le flou le plus total. Quant à Windows, Microsoft compte faire avaler aux entreprises deux migrations dans les trois années à venir : le passage à Windows 2003 d’abord et l’adoption du 64 bits sous peu. Je crois qu’il y a beaucoup plus d’incertitudes aujourd’hui côté PC que de notre côté. Les entreprises ne sont d’ailleurs pas dupes, elles qui évaluent plus souvent Linux et restent coincées avec Windows malgré elles. Nos confrères constructeurs informatiques s’inquiètent eux aussi, et vous pouvez être sûr qu’ils se posent des questions pour les années à venir.

Vnunet : Y a-t-il des entreprises françaises qui commencent à penser à Apple pour ce qui est des calculs intensifs, des superordinateurs et des clusters ?

J-R. C : Le Xserve G5 est une machine capable de se positionner particulièrement bien sur le marché du calcul intensif. La démonstration de l’Université de Virginie (voir édition du 4 septembre 2003) est intéressante pour tout le monde : elle est parvenue à dépasser le seuil des 10 téraflops, pour un coût de près de 5 millions de dollars, en quelques semaines et de manière très flexible. Pensez que les autres supercalculateurs sont souvent moins puissants, qu’ils coûtent entre 40 et 70 fois plus cher et qu’ils demandent des années à être mis au point. Conséquence pour Apple : oui, les entreprises françaises s’intéressent aux calculs intensifs sur Mac. En fait, les tenants du top 50 des entreprises françaises y regardent de près et nous espérons décrocher quelques contrats d’ici peu. Il y a en tout cas, c’est une certitude, un gros marché des petits clusters et la solution Xgrid que nous venons de dévoiler devrait nous aider à faciliter l’adoption de nos matériels, grâce à sa simplicité de mise en place.


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