Lernout & Hauspie n’échappe pas à la faillite

Mobilité

Un des porte-drapeaux de la reconnaissance vocale ferme ses portes. En difficulté depuis près d’un an, L&H n’a pas eu droit au délai supplémentaire de deux mois d’administration judiciaire qu’elle réclamait pour procéder à quelques ventes de divisions. IBM se retrouve ainsi quasiment seul sur le marché.

Triste fin pour une des sociétés phares de la reconnaissance et de la synthèse vocales. Un tribunal belge vient en effet de prononcer la faillite définitive de Lernout & Hauspie (L&H). En difficulté sérieuse depuis près d’un an, la société avait été placée sous administration judiciaire, le but étant de trouver un moyen de la redresser et de sauver ainsi un maximum d’emplois. Aucune solution n’a donc été trouvée. La firme avait pourtant demandé deux mois supplémentaires, ce qui lui aurait donné le temps, dit-elle, de trouver des repreneurs pour toutes les divisions qu’elle comptait vendre. Un dernier effort sans grand espoir, si l’on en croit un employé du Tribunal de Ypres, cité par le New York Times : “Le total des dettes de la société atteint 520 millions d’euros. La vente des derniers actifs n’atteindrait même pas les 25 millions d’euros.” Le verdict est sans appel, L&H ne vaut plus rien.

Le coup est rude, pour les salariés de L&H bien sûr, mais aussi pour Dragon Systems, un des pionniers dans le domaine de la reconnaissance vocale. Dragon Systems a en effet été racheté par L&H l’année dernière (voir édition du 28 mars 2000). La transaction, d’un montant évalué entre 400 et 600 millions de dollars, avait été réglée par échange d’actions… aujourd’hui sans valeur. Interrogé par VNUnet en mai dernier, des dirigeants de L&H justifiaient ce rachat comme étant une “opération de nettoyage du marché”. Opération réussie, diront les plus cyniques. D’après le quotidien américain Boston Globe, Janet et James Baker, fondateurs de Dragon Systems, envisageraient de sauver leur ancienne société. Leur logiciel de dictée, Dragon Naturally Speaking, comptait parmi les meilleures de sa catégorie, en compétition serrée avec ViaVoice d’IBM. L&H avait d’ailleurs fini par quasiment abandonner son propre logiciel, VoiceXpress, pour porter l’essentiel de ses efforts de développement sur celui de Dragon Systems. Le dernier communiqué au sujet d’une nouvelle version de Naturally Speaking date même du 23 octobre dernier…

Un vrai feuilleton judiciaire

Au printemps dernier, Jo Lernout et Pol Hauspie, les deux fondateurs de la société, avaient été arrêtés et emprisonnés en Belgique (voir édition du 30 avril 2001). Ils sont sortis de prison un peu moins de trois mois plus tard, mais toujours sous le coup d’accusations de fraude et de manipulations boursières douteuses. Début avril 2001, la filiale coréenne était aussi épinglée pour avoir inscrit dans ses comptes des recettes fictives d’un montant de 373 millions de dollars, entre 1998 et 2000. Les cinq liquidateurs nommés par le tribunal belge devront également négocier avec les autorités américaines, L&H étant encore sous administration judiciaire aux Etats-Unis.


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