Les raisons du prix élevé de l’iPod

Mobilité

Le nouveau baladeur numérique d’Apple s’appuie sur trois technologies innovantes : une batterie lithium-polymère, une prise FireWire et un disque dur au format carte de crédit ! Ajoutez-y une interface pilotée par cinq touches et une roue, un service antipiratage, un casque utilisant de nouveaux types d’aimants, et l’analyse de la valeur du produit révèle un coût de production particulièrement bas. Même si le prix public semble élevé ! Dissection.

Quelles technologies l’iPod (voir édition du 24 octobre 2001) renferme-t-il et combien celles-ci coûtent-elles sur le marché ? Après la tempête de commentaires, une analyse technique du produit s’avère indispensable pour expliquer son prix qui paraît si élevé. L’appareil, simple d’aspect (il est aussi long – 10 cm – qu’un téléphone portable moyen, quoi qu’un peu plus large – un peu plus de 6 cm), a reçu le même traitement esthétique que le G4 Cube en ce qui concerne sa face avant. Il est toutefois habillé de blanc sur son recto, comme l’iBook, tandis que son verso est fait de métal inoxydable. Mais c’est à l’intérieur que se cache la combinaison innovante de trois inventions récentes. Première avancée de poids, l’utilisation de batteries lithium-polymère. Introduits très récemment sur le marché, ces accumulateurs permettent un gain de place et de poids important par rapport à leurs grands frères lithium-ion qui équipent les générations actuelles d’ordinateurs portables. Leur introduction sur le marché s’est faite principalement en l’an 2000 et le coût de ce type de batterie avoisine les 80 dollars (89 euros) sur le marché. L’intérêt de l’utilisation de ce type de batterie sur l’iPod tient aussi bien à sa faible dangerosité qu’à la possibilité de lui donner la forme que l’on veut. Enfin, la batterie lithium-polymère fournit une autonomie améliorée et ne souffre pas de “l’effet mémoire” qui use les batteries traditionnelles plus rapidement si elles n’ont pas été totalement déchargées avant d’être rechargées.

La deuxième avancée technologique participant à l’innovation d’Apple, c’est bien sûr l’utilisation de la prise FireWire en lieu et place de l’USB, traditionnellement utilisé sur les lecteurs de MP3 actuellement sur le marché. La prise FireWire apporte à elle seule deux fonctions : une fonction de recharge (qui permet d’éliminer le coût d’implantation d’une prise de courant sur l’iPod), qui autorise la charge de la batterie de l’appareil en 3 heures, et une fonction de transmission de données à très haute vitesse (400 Mbits/s, un débit plus de 30 fois supérieur à l’USB). Le moindre contrôleur FireWire est disponible sur le marché pour environ 7 dollars les 1 000 unités (7,77 euros). Dernière pièce du puzzle, le disque dur de 5 Go utilisé est au format carte de crédit et ne pèserait que 45 à 55 grammes. Ce type de mémoire de masse ne se trouve pas en dessous de 399 dollars (443 euros) l’unité. Peu de constructeurs proposent ce produit en catalogue. Toshiba dispose de deux modèles à 2 et 5 Go tournant à environ 4 000 tours/min et fonctionnant à 3 et 5 volts. Il s’agit d’un disque très résistant capable de subir 200 G (200 fois son poids) en fonctionnement et 1 000 G au repos.

Peut-être pas si cher que ça…

L’iPod n’est toutefois pas uniquement composé de ces trois technologies puisqu’il intègre également une interface très facile d’utilisation, une fonction antipiratage qui interdit de partager la musique d’un ordinateur à l’autre, ainsi qu’un casque équipé d’aimants en néodymium, un phosphate de couleur argentée ou blanche se vendant à 100 dollars (111 euros) le gramme, à la conductivité excellente et qui permet d’obtenir une acoustique de premier ordre (sur une plage de fréquence allant de 20 à 20 000 Hz). La valeur totale (hors négociation sur les prix) des trois composants innovants avoisine donc les 487 dollars (près de 541 euros), loin devant le prix public conseillé par la firme de Cupertino pour l’iPod (399 dollars – 459 euros en France). Ce coût ne comprend pas les autres composants et les efforts de recherche et développement réalisés par la firme. A 3 600 francs TTC, l’iPod s’avère donc en réalité – compte tenu des composants utilisés et des fonctions offertes – bien tarifé. Même si la concurrence se positionne dans des fourchettes de prix moins élevées. Mais si celle-ci se décidait à réaliser un produit comparable, il y a fort à parier que le prix proposé par Apple aujourd’hui serait égal voire inférieur. Reste l’impact psychologique : à 3 600 francs, les jeunes utilisateurs devront être sacrément convaincants pour obtenir l’iPod en cadeau pour Noël ! Surtout s’ils n’ont pas de Mac pour l’utiliser !


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