Les sondages selon AOL Europe

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AOL Europe nous gratifie, avec la complicité du cabinet Roper Starch Cyberstudy, d’une étude sur la relation que les Européens entretiennent avec Internet. En fait d’Européens, il s’agit de l’Angleterre, l’Allemagne et la France. Sympa pour les autres. Le plus grave n’est pas là mais dans les résultats dont l’évidence permet de mettre en doute la qualité et l’intérêt des questions. Globalement, les Européens en question veulent plus d’Internet. Ca tombe bien, AOL ne demande qu’à les servir.

AOL aime bien les études. Déjà à l’occasion du débat sur l’interconnexion forfaitaire illimitée (voir édition du 28 février 2001), AOL sortait de son chapeau magique un sondage Sofres d’où il ressortait que pour “83 % des Français, les offres ‘tout compris illimité’ sont une des clés du développement d’Internet en France”. Un résultat qui méritait bien un sondage. Aujourd’hui, AOL récidive avec une étude du cabinet américain Roper Starch Cyberstudy sur “la croissance d’Internet en Europe” où les “Européens” étudiés se limitent aux habitants de trois pays : la France, l’Angleterre et l’Allemagne. Il est vrai qu’il s’agit d’un cabinet d’experts américains aux yeux desquels l’Europe doit apparaître comme une terre bien lointaine. Enfin bref, venons en aux chiffres.

“Plus des trois quarts des internautes européens (sic) s’accordent pour dire que savoir utiliser Internet est important pour les enfants (77 %) et pour les adultes (77 %) dans le monde d’aujourd’hui”. Amusant comme les études d’AOL ont tendance à abonder dans le sens du fournisseur de service en ligne au moment où celui-ci inonde les chaînes hertziennes de spots sur la protection des enfants face à Internet. AOL devrait peut-être surveiller ses propres forums où nombre d’abonnés se sont plaints de constater des échanges à caractères pédophiles. Ne soyons pas mesquins. AOL fait des efforts dans ce sens et a récemment mis en place une nouvelle technologie de filtrage qui, espérons-le, fonctionnera mieux que les précédentes. Continuons.

“Plus de la moitié (54 %) des internautes européens déclarent avoir déjà effectué un achat en ligne [c’est le cyber-commerçant qui va être content], 43 % disent le faire régulièrement ou occasionnellement, 40 % pensent augmenter le nombre de leurs achats dans les années à venir et plus des deux tiers (68 %) vont sur Internet pour obtenir des informations sur les produits [Internet sert donc à s’informer, c’est fabuleux !]”. Tant de précision nous sidère. Ce genre de résultat fait penser aux sondages que proposent parfois les sites de loterie gratuite en ligne et auquel on répond généralement n’importe quoi juste histoire de valider sa grille. Faites donc un petit test et demandez donc autour de vous qui se connectent, combien ont réellement effectué des transactions en ligne, en quel nombre et sur quelle période. L’étude précise tout de même que “les internautes britanniques achètent beaucoup en ligne ; les Français s’intéressent à la communication et aux divertissements ; les Allemands privilégient les activités financières”. On n’en saura pas plus sur la différence entre “acheter beaucoup en ligne” et “privilégier les activités financières”. Quant aux Français, c’est bien connu, ils ne pensent qu’à s’amuser ou à faire grève.

Internet, le medium de l’île déserte

Mais ce n’est pas fini. “43 % des internautes européens utilisent l’e-mail pour rester en contact avec des personnes d’autres pays européens et 49 % pour communiquer avec des contacts en dehors de l’Europe.” Et les 8 % qui restent, ils s’envoient des e-mails à eux-mêmes pour tromper leur solitude ? Mais le grandiose est atteint lorsque l’étude souhaite “évaluer l importance accordée par les internautes aux différents médias [livres, radio et journaux n’étant pas considérés comme des médias]. Pour cela, les sondeurs ont demandé de choisir parmi les trois technologies – télévision, téléphone et ordinateur connecté à Internet – celle dont ils souhaiteraient disposer s’ils étaient retenus sur une île déserte [situation quasi quotidienne pour nombre d’entre nous, n’est-ce pas]. Résultat : “la grande majorité des personnes interrogées choisirait Internet (62 %)”. Pourquoi ? On n’en sait rien. On suppose que c’est parce que Internet permet de faire les trois à la fois mais on n’est pas sûr, la question ne précisant pas s’il s’agissait d’une connexion bénéficiant d’un forfait limité ou illimité…

Et ça continue comme ça longtemps. Une dernière pour la route : “27 % des internautes ‘européens’ [les guillemets sont de l’auteur] gèrent leur compte bancaire en ligne, soit largement plus que leurs homologues américains avec 14 %”. S’ils le disent. Mais deux lignes plus bas on passe à 39 % “des internautes européens [on ne s’en lasse pas] vont régulièrement ou occasionnellement en ligne pour gérer leur compte bancaire”. Alors ? 27 ou 39 %? C’est vous qui voyez !


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