L’Etat héraut du logiciel libre

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Si l’Etat ne peut se permettre d’imposer le logiciel libre d’un seul coup à ses administrations, il peut les y inciter. D’où l’intérêt de la journée de rencontres autour de l’usage du logiciel libre. But : rassurer les acteurs et leur faire prendre conscience de l’intérêt de se tourner vers des standards ouverts.

La norme, c’est le standard ouvert. C’est, en résumé, le discours que Michel Sapin, ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, a cherché à faire passer dans une lettre lue en introduction de la première “Journée du libre dans l’administration”, qui se tenait lundi 5 mars au Conseil économique et social à Paris. Organisée par la Mission interministérielle de soutien technique pour le développement des technologies de l’information et de la communication dans l’administration (MTIC), la Journée du libre avait pour mission de faire se rencontrer responsables des administrations, notamment les directeurs informatiques, et industriels de l’informatique et particulièrement de l’univers du logiciel libre. Ce choix pour le monde du libre repose sur un enjeu de taille : rendre les administrations, ministères comme collectivités territoriales, indépendantes d’un fournisseur ou prestataire unique en adoptant un standard ouvert et non propriétaire.

Standard ouvert, premiers pas vers le libre“On ne peut pas ne pas être d’accord sur la proposition du respect des standards ouverts”, explique Stéfane Fermigier, président de l’Aful (Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres), “sinon, c’est prendre le risque de se retrouver pieds et poings liés à un seul interlocuteur. Et le fait de se tourner vers le standard ouvert facilitera le passage vers l’usage du logiciel libre”. Car si le gouvernement a bien compris l’intérêt du logiciel libre (gratuité, pérennité des formats et sécurité apportée par la publication des codes sources), il se refuse à l’imposer tout de go aux administrations et préfère privilégier la concurrence. Aux administrations de lancer des appels d’offres ouverts (et non plus limités aux gros acteurs de l’industrie informatique) et de choisir leurs prestataires selon des critères de qualité, de pérennité et de coût.

Chaque administration libre d’avancer à son rythme

Certaines administrations ont déjà franchi le pas : les ministères de l’Education nationale, de la Défense, de l’Intérieur et de la Culture, ainsi que le territoire du Bas-Rhin qui a ouvert son portail. Et les journées organisées par la MTIC rassurent les responsables administratifs en leur permettant de rencontrer les prestataires. “Une rencontre de ce type sur une demi-journée avait déjà eu lieu il y a deux ans“, se souvient Stéfane Fermigier, “aujourd’hui, il y avait une quinzaine d’industriels, soit beaucoup plus que la fois précédente.” Le président de l’Aful se montre confiant dans l’avancée du logiciel libre dans l’administration. “Même si nous ne sommes pas au niveau de certains pays européens qui présentent des projets de loi sur l’usage des standards ouverts, les choses ont bien progressé en France.” Et la MTIC a promis de multiplier ce genre de rencontres et les points d’informations à travers un “Atelier du libre” en ligne sur son site. Et la livraison prochaine du rapport Carcenac (voir édition du 16 juin 2000) devrait proposer de nouvelles pistes pour tirer parti des logiciels libres. S’il est trop tôt pour savoir quand Linux deviendra un standard de l’administration, il semble aujourd’hui certain qu’il en prend le chemin.


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